Cette passion pour l'écriture que vous cultivez aujourd'hui, quand et comment est-elle née ?

Tardivement ! Adolescent, j'avais un vrai complexe par rapport à l'écrit, je l'ai toujours d'ailleurs. J'avais alors le profil type du mauvais élève et le professeur qui me trouvait nul a su trouver les mots durs pour me le faire savoir. Pendant les années 1990, j'ai commencé à rédiger une histoire de la parfumerie qui a servi de base au Que Sais-Je que j'ai publié plus tard. J'étais alors en recherche d'un vocabulaire pertinent pour parler du parfum autrement qu'à travers les figures imposées de l'époque. Cela m'a d'ailleurs amené jusqu'à l'UCL, où je me suis intéressé à la linguistique et à la sémiologie. C'est alors qu'est apparu ce que l'on appelle aujourd'hui le " storytelling " et le besoin de raconter l'histoire qu'il y a derrière le parfum.

D'ailleurs, lorsque vous étiez le parfumeur maison d'Hermès, vous compariez vos fragrances tantôt à des romans, tantôt à des nouvelles, tantôt à des haïkus ?

Oui, parce que cela traduisait la manière dont j'écrivais mes parfums. Lorsque je travaillais sur un jus de la collection Jardin, il fallait être populaire dans le bon sens du terme, donc séduire largement. Avec un Hermessence, j'écrivais ce que je voulais comme je le voulais, il n'y avait pas de nécessité de plaire. On a toujours, à tort je trouve, comparé la parfumerie à la musique parce que l'on parle de notes et d'orgue à parfums, mais pour moi c'est une écriture, un art, c'est d'ailleurs pour cela que je me suis employé à démontrer qu'il n'existait pas de genre en parfumerie. C'est la personne qui porte la fragrance qui en définit le sexe, pas le parfum lui-même.

On a souvent qualifié votre parfumerie de minimaliste. Comment décririez-vous votre écriture ?

© BAPTISTE LIGNEL / SDP

Je crois que j'écris comme je compose mes parfums, avec pas mal de pudeur. Je cherche à aiguiser la curiosité, la découverte, mais sans provocation. Ce livre est un peu le prolongement du Journal d'un parfumeur sorti en 2011. J'en suis le fil conducteur mais ce que je cherche à montrer, c'est la manière dont s'est transformée la parfumerie pendant les cinquante années de ma carrière. Ma pensée aussi a évolué. Je cherche encore.

L'écrivain d'odeurs, par Jean-Claude Ellena, Editions Le Contrepoint.

I.W.