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Elle parle souvent de " chemins ", ceux qu'elle cherche avec son équipe, pour retranscrire une époque et donner vie à un personnage ; ceux qu'elle suggère, au travers d'une peau d'emprunt, aux acteurs qui s'engagent dans une incarnation. On la sent prête à bifurquer à tout instant du processus de création, à l'écoute d'un ressenti, faisant confiance au hasard des rencontres, guidée par un bouton ou un galon. " Je ne suis pas là pour imposer ma vision, note Madeline Fontaine. Avec le costume, on touche à l'intime, c'est le moment où les acteurs s'approchent du personnage, on doit les aider et ne pas les contraindre. " Sur son propre chemin, elle a trouvé l'ouverture de la première section arts plastiques dans un établissement scolaire parisien. A l'automne 1968, Madeline Fontaine fut donc l'une des trente jeunes femmes qui firent leur rentrée aux côtés des trois mille garçons du Lycée Claude Bernard. Elle y a cultivé une sensibilité pour la matière et les textures qui, lors de notre rendez-vous, la fit suspendre le temps pour regarder la projection en ombre d'un feuillage. Une dizaine d'années après Claude B., un embranchement essentiel lui fut proposé, sur les routes de Provence. " Des amis sont venus pour le tournage de L'été meurtrier et m'ont demandé d'être assistante-costumière. Je connaissais la région, les fripiers, je cousais un peu et je me suis retrouvée à travailler une semaine ou deux. J'ai ensuite décidé d'apprendre ce métier. " Quelques lieues et films plus tard, elle rencontra Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro qui préparaient La cité des enfants perdus " que signait Gaultier, mais que ne pouvait pas faire Gaultier. J'ai passé un an sur ce projet. Puis, Jean-Pierre m'a proposé Amélie Poulain. " Le duo semble, depuis, inséparable. Ce qui n'empêchera pas la costumière de collaborer avec Michel Deville (Un fil à la patte), Martin Provost (Séraphine), Noémie Lvovsky (Camille redouble) ou encore Jalil Lespert, pour Yves Saint Laurent. " Parfois, il y a des interférences, comme dans ce projet ou dans Jackie, mais notre travail n'a rien à voir avec la mode, précise-t-elle. Le vêtement n'est pas une finalité en soi, seul compte le personnage que l'on crée. " Dans la reproduction de l'iconique robe rouge Dior ou dans le tailleur rose Chanel taché de sang, Natalie Portman est Jackie Kennedy : " On ne pouvait pas inventer son dressing, tout le monde la connaît. Mais Natalie est très différente et ça devait être acquis au premier coup d'oeil. " Les défis sont multiples : observer les patrons d'origine, adapter les proportions pour créer l'illusion, mais aussi apprivoiser la caméra : " On aurait pu faire le tailleur avec le tissu d'origine car on a retrouvé la tisserande, mais on n'avait pas le temps. On devait être sûrs que la couleur serait la bonne devant la caméra. On a trouvé un lainage avec une texture similaire et on a fait des essais de rose qu'on a filmés ", relate la créatrice, comme une porte ouverte sur un univers de détails dans lesquels le vêtement est aussi pensé en fonction du son qu'il produit en se froissant. Un monde dans lequel les techniques d'excellence dignes de la haute couture sont encore la norme. Un territoire marqué par les multiples chemins d'une grande dame du costume.