Thomas Lavachery entre chez " Franz ", à Ixelles, comme on franchirait le seuil de sa maison. " C'est le café d'un ami ", indique l'auteur en s'installant confortablement sur sa chaise. L'homme est grand, très grand. Au point que la table autour de laquelle nous sommes assis semble s'être considérablement rétrécie. Si celui qui se décrit comme un raconteur d'histoires est aujourd'hui face à nous, c'est pour se replonger dans la sienne. Et bien que, de son propre aveu, il ne soit pas fan de récits introspectifs, c'est avec beaucoup d'aisance qu'il revient sur ses débuts.
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Thomas Lavachery entre chez " Franz ", à Ixelles, comme on franchirait le seuil de sa maison. " C'est le café d'un ami ", indique l'auteur en s'installant confortablement sur sa chaise. L'homme est grand, très grand. Au point que la table autour de laquelle nous sommes assis semble s'être considérablement rétrécie. Si celui qui se décrit comme un raconteur d'histoires est aujourd'hui face à nous, c'est pour se replonger dans la sienne. Et bien que, de son propre aveu, il ne soit pas fan de récits introspectifs, c'est avec beaucoup d'aisance qu'il revient sur ses débuts. Gamin, le Bruxellois se destine à la bande dessinée - " J'allais montrer mes essais à des dessinateurs qui habitaient près de chez moi et qui avaient la gentillesse de me recevoir " - et fait paraître ses premières planches dans le journal Tintin à l'âge de 18 ans. " Je me disais que ça allait être mon métier ", se souvient le quinqua. Mais c'était sans compter sur la découverte de la littérature qui " balaya tout sur son passage ". Alors animé par l'envie de devenir romancier, mais ne se trouvant pas assez mature ni armé techniquement, il décide d'entreprendre des études pour " passer le temps ". Dans la lignée de son grand-père, Henri Lavachery, figure familiale importante et archéologue reconnu, il devient historien de l'art et se spécialise dans les civilisations non européennes. Inspiré par l'expédition de son aïeul sur l'île de Pâques, le petit-fils décide lui aussi de se rendre sur place et de retracer ce périple jusqu'au-boutiste dans un documentaire... Pour parler de lui, il discute des autres, cite Henry Miller, rappelle quelques grands noms de la littérature. L'homme puise également énormément dans son entourage, de manière inconsciente selon lui, mais criante vue de l'extérieur. Quelques éléments autobiographiques sont toutefois assumés et même revendiqués, comme dans son album Ma famille verte, qui aborde la difficulté de l'adoption, clin d'oeil à sa soeur. Il parle avec détachement, s'arrête parfois, mais jamais pour cause d'hésitation. Chez lui, tout semble être affaire de confiance en le hasard et d'opportunités. " Je fais partie de ces nombreux auteurs qui se tournent vers la jeunesse parce qu'ils ont eux-mêmes des enfants ", fait-il observer. Pour Bjorn le Morphir, il évoque son fils aîné, Jean, son premier lecteur comme il aime l'appeler. " Il voulait un récit avec des dragons et des trolls. Je suis persuadé que s'il m'avait demandé autre chose, je n'aurais jamais écrit cette saga ", explique-t-il, avouant par la même occasion ne pas être un inconditionnel du genre Heroic fantasy. L'histoire chérie du fils et du père, racontée de nombreuses fois le soir avant d'aller se coucher, sera à l'origine d'une série à succès dont il vient d'écrire la dernière ligne. Après plus d'une dizaine de romans et cinq albums jeunesse, Thomas Lavachery a décidé de renouer avec ses premières amours, la bande dessinée. " J'aime cette situation insécurisante d'être un quasi-débutant dans quelque chose ", dit-il. Et s'il ne cache pas les projets de son avenir proche, il reste vague sur le long terme - " Je ne dresse pas de planning de ma vie. " Un principe qui fait écho à sa conception de l'écriture : " Pour être crédible, un roman doit accueillir une part du chaos qui est dans toutes nos existences. Mais il ne peut pas être que cela. Il faut trouver un équilibre passionnant entre ordre et désordre ", conclut-il, alors qu'une montagne de tasses dégringole en cuisine et se fracasse au sol.Par Eloïse Pirard