A Perpignan (sud de la France), à Visa pour l'image, le plus important festival de photojournalisme au monde qui se déroule jusqu'au 15 septembre, les reporters Lynsey Addario et Kasia Strek témoignent avec des images bouleversantes de violences faites aux femmes à travers le monde.

"C'était extraordinaire pour moi de voir que le sujet était sous-couvert. Les gens pensent que donner la vie est une chose facile et que tu ne peux pas en mourir", explique à l'AFP la photographe américaine Lynsey Addario qui couvre depuis plus de 20 ans les conflits à travers le monde. Ses travaux ont été plusieurs fois récompensés. Elle a été enlevée en 2011 en Libye. Mais depuis 10 ans, elle documente en parallèle la mortalité maternelle. Ses clichés sont comme des coups de poing pour éveiller les consciences.

Sur une photo prise au Somaliland, des flaques de sang sur le carrelage blanc dans un établissement aux moyens rudimentaires. Ayesha Ciisa, 33 ans, déjà mère de sept enfants, a été transportée à l'hôpital en pousse-pousse. Elle a accouché chez elle d'un seul jumeau. Les médecins ont pu sauver la vie de la mère mais l'autre bébé est mort-né.

Au premier jour d'un reportage dans un hôpital de Sierra Leone, "j'ai vu Mamma Sesay mourir devant moi", raconte la photographe. Mamma Sesay avait 18 ans, elle a fait une hémorragie après la naissance de jumeaux.

Une première image la montre à l'hôpital, avec son visage doux, à peine sortie de l'enfance, alors que les infirmières tentent de stopper les saignements. Sur le deuxième cliché, des villageoises veillent son corps, enroulé d'un drap blanc. Puis sur la troisième image, l'inhumation dans son village de Mayogbah, en pleine terre.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), environ 830 femmes meurent chaque jour dans le monde du fait de complications liées à la grossesse ou à l'accouchement. Mais Linsey Addario a également travaillé sur son propre pays, les Etats-Unis, qui a un des taux de mortalité maternelle parmi les plus élevés dans les pays développés.

Nécessité morale

Que cela soit à Washington DC, où elle raconte l'histoire d'une femme qui a perdu son bébé car elle n'avait pas 20 dollars pour se rendre à l'hôpital ou dans des pays dévastés par la guerre, "on n'accorde pas assez d'attention aux femmes et pour moi, en tant que femme et mère de deux enfants, c'est très important de mettre l'accent sur ces questions", insiste-t-elle.

La photographe polonaise Kasia Strek a pour sa part choisi de documenter, avec tact et sensibilité, les interdictions et restrictions du droit à l'avortement, des Philippines au Salvador, en passant par l'Egypte.

La photographe Kasia Strek © AFP

"Je suis née dans un pays libre, une famille libérale, éduquée et je n'ai jamais dû souffrir à cause de mon genre, ce qui n'est pas le cas d'une majorité de femmes dans le monde", estime-t-elle. "C'était donc une nécessité morale" de travailler sur ce sujet, indique cette jeune journaliste à l'AFP.

Et dans une profession encore dominée par les hommes, être une femme constitue un avantage pour traiter de cette thématique: "Je n'aurais pas pu la traiter comme cela si j'avais été un homme et je travaille uniquement avec des traductrices femmes. Les femmes savent qu'elles vont être comprises différemment et cela ouvre énormément de portes".

Aujourd'hui, l'IVG est interdite ou extrêmement restreinte dans plus de 120 pays. Les mentalités sont lentes à évoluer, "cela va prendre encore beaucoup de temps pour que la situation des femmes change vraiment".

Son exposition s'achève sur une note d'espoir avec l'Irlande, pays de forte tradition catholique, "qui a réussi à faire bouger les choses" en autorisant l'avortement en décembre 2018.

Liens vers les travaux de Lynsey Addario et de Kasia Strek