L'aventure débute sur une terre improbable : la bande de Caprivi, petit doigt de Namibie à la croisée du Botswana, de la Zambie et du Zimbabwe, soit le seul endroit de la planète où quatre pays se rencontrent. C'est tout l'intérêt de ce voyage qui, en outre, permet de pénétrer ce système hydraulique riche et complexe qu'est le Zambèze, l'un des plus longs fleuves d'Afrique. Après une première étape à Johannesburg et une excursion à Soweto, direction Kasane et la brousse du nord du Botswana. De là, rejoindre le Cascades Lodge en slalomant au milieu des papyrus plonge d'emblée le voyageur dans les beautés du fleuve. Installé sur une île, blotti dans une végétation luxuriante entre hippopotames et oiseaux, on y séjourne en retrait du monde. Le bâtiment principal, habillé de bois, s'ouvre en terrasses sur le courant. Son paisible décor a été pensé pour que l'on s'y sente comme à la maison, tandis que vingt-et-un employés prennent soin de seize hôtes maximum. En cette fin de saison des pluies, le Zambèze est gonflé de toutes les eaux venues des affluents, et son courant arrache de temps à autre des pans entiers d'îles pour en créer de nouvelles en aval. On ne se lasse pas de ce spectacle fascinant et permanent qui défile devant la chambre...
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L'aventure débute sur une terre improbable : la bande de Caprivi, petit doigt de Namibie à la croisée du Botswana, de la Zambie et du Zimbabwe, soit le seul endroit de la planète où quatre pays se rencontrent. C'est tout l'intérêt de ce voyage qui, en outre, permet de pénétrer ce système hydraulique riche et complexe qu'est le Zambèze, l'un des plus longs fleuves d'Afrique. Après une première étape à Johannesburg et une excursion à Soweto, direction Kasane et la brousse du nord du Botswana. De là, rejoindre le Cascades Lodge en slalomant au milieu des papyrus plonge d'emblée le voyageur dans les beautés du fleuve. Installé sur une île, blotti dans une végétation luxuriante entre hippopotames et oiseaux, on y séjourne en retrait du monde. Le bâtiment principal, habillé de bois, s'ouvre en terrasses sur le courant. Son paisible décor a été pensé pour que l'on s'y sente comme à la maison, tandis que vingt-et-un employés prennent soin de seize hôtes maximum. En cette fin de saison des pluies, le Zambèze est gonflé de toutes les eaux venues des affluents, et son courant arrache de temps à autre des pans entiers d'îles pour en créer de nouvelles en aval. On ne se lasse pas de ce spectacle fascinant et permanent qui défile devant la chambre... Rallier le parc de Chobe tout proche nécessite un nouveau passage de frontière vers le Botswana. Un rituel qui se reproduira souvent depuis cette terre étroite qui prolonge la Namibie loin vers l'est. Une aberration géographique héritée d'un caprice du colonisateur allemand ayant négocié un couloir de passage vers le Zambèze. Aujourd'hui, les Capriviens, qui parlent un autre idiome que les Namibiens de l'ouest, se sentent un peu comme des captifs, ne pouvant pénétrer le Botswana voisin que moyennant un passeport coûteux. Ce qui explique que certains, même parmi les plus âgés, n'ont jamais quitté leur petite île d'Impalila, tout à l'extrémité du Caprivi. Un business s'est créé : les heureux titulaires d'un passeport monnaient aux familles les emplettes faites au Botswana... Coincés, les gens vivent bien sûr du fleuve. Qui comporte son lot de dangers. A l'affût des activités quotidiennes des villageois sur les rives, les crocodiles font de nombreuses victimes. Guide et pilote de canot, Lennon vit sur Impalila, et raconte comment son oncle s'est fait dévorer par un saurien et comment sa mère a été grièvement blessée au bras. Il arrive que des enfants qui se baignent disparaissent... Autre terreur, surtout des pêcheurs : l'hippopotame, d'apparence si placide, se révèle encore plus dangereux, n'hésitant pas à fracasser en deux les pirogues qui s'approchent trop près des troupeaux. Le Botswana a tellement bien compris que la faune est son capital le plus prometteur qu'il a érigé 25 % de son territoire au statut de parc national. Couvrant une superficie équivalente au tiers de la Belgique, le parc de Chobe abrite des dizaines de milliers d'éléphants : certains avancent même le chiffre de 100 000, soit la plus grande concentration de pachydermes de la planète. Leurs défenses sont en général plus courtes ici que dans des pays où les nutriments sont plus abondants. Notre guide nous emmène vers le Chobe Riverfront, en bordure de la rivière éponyme : en cette fin de saison des pluies, les impalas sont légion, les oiseaux aussi, mais point de fauves ni d'éléphants à l'horizon, dispersés et camouflés par la dense végétation. Le voyage se poursuit au Zimbabwe voisin, sur le lac Kariba issu des flots du Zambèze. Une autre merveille que l'on rejoint par un petit vol de brousse. D'en haut, on perçoit mieux l'ampleur de cette étendue liquide de plus de 200 kilomètres retenue par l'un des plus grands barrages du monde. Ses eaux, une fois l'ouvrage achevé, montèrent tellement vite qu'elles surprirent nombre de grands animaux. Ainsi débuta l'opération Noé. Au moyen de bateaux de toutes sortes, la plus vaste entreprise de sauvetage de ce genre jamais organisée en Afrique permit de libérer 6 000 animaux : éléphants, fauves, zèbres, antilopes et même 44 rhinocéros noirs relogés dans le parc Matusadona. Construit par CroisiEurope au Zimbabwe, l'African Dream est le premier bateau de croisière à naviguer sur le lac Kariba. La compagnie a parié sur l'ouverture du pays il y a un peu plus d'un an pour initier un concept de navire d'un nouveau genre. Avec ses huit cabines tournées vers l'extérieur, ses salons vitrés et son rooftop qui sont autant de postes d'observation, il apparaît comme un véritable vaisseau d'exploration sillonnant le lac. Une manière singulière, à la fois luxueuse et confortable, de naviguer en pleine nature sauvage. Le lac marque la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe, mais c'est la partie appartenant à ce dernier pays qui est la plus intéressante, regroupant plusieurs parcs nationaux. L'African Dream entame son cabotage d'île en île au gré des observations et des concentrations d'animaux. De loin en loin, les troncs décharnés de la forêt immergée percent l'onde comme des fantômes du passé, ultimes survivants de ce monde englouti. Le must ? Le parc Matusadona, qui n'est accessible que par bateau. Encore une fois, ce sont les eaux bénéfiques du lac Kariba qui ont attiré ici une faune pléthorique et, avec elle, la seconde plus importante concentration de lions d'Afrique, après le Ngorongoro. Cliffy, notre pisteur pour cette nouvelle journée de safari, s'arrête à la vue de traces de fauves puis, un rien plus loin, de branches arrachées. Il explique que les éléphants raffolent du mopane, l'arbre à feuilles de papillon. Un végétal que l'on ne rencontre qu'en Afrique australe et qui a développé un système de défense surprenant : dès qu'un animal mange l'une de ses feuilles, il se protège en diffusant des tanins amers et prévient, via les racines, ses congénères du voisinage. Les éléphants ont trouvé la parade et arrachent directement des branches entières ! Le paysage se dégage sur un troupeau d'impalas mâles, qui s'entraînent et s'engraissent dans le but de tenter un jour de détrôner le " chef ", qui est le seul à pouvoir féconder les femelles. Justement, le mâle dominant se pose en retrait, éructant face à un danger invisible pour nous. Les rives du lac apparaissent alors comme un vrai jardin d'Eden. A quelques mètres du rivage, le souffle des hippopotames. Et puis partout des éléphants, entourés de gazelles, et des oiseaux par centaines. Soudain, l'air siffle au-dessus du 4x4. Un aigle pêcheur vient littéralement de fondre sur une petite aigrette blanche qui se reposait au milieu des pachydermes, provoquant une panique parmi tous les oiseaux aux alentours. Ainsi va la vie dans la savane. Récompense ultime : abritée sous le feuillage, une famille complète de lions fait la sieste. Cliffy raconte que ceux-ci, dans cette région, se risquent à attaquer des crocodiles parfois de taille respectable, ce qui est unique en Afrique. Au coucher du soleil, le lac se fait d'huile, seulement remué par le passage de notre canot, et prend des reflets orangés puis bleutés. Une douce plénitude nous enveloppe, une autre dimension semble avoir pris le dessus... Ce merveilleux itinéraire au fil du Zambèze se poursuit aux chutes Victoria, " Mosi-oa-Tunya " (la fumée qui gronde) pour les locaux. Voilà qui définit le mieux le spectacle offert par l'une des merveilles du monde. Rebaptisées en 1855 par le fameux explorateur écossais Livingstone, elles ponctuent sur plusieurs centaines de mètres de façon sublime la fracture qui marque le plateau à la frontière entre Zambie et Zimbabwe. Le nuage de vapeur d'eau qu'il dégage est visible à quarante kilomètres à la ronde. Un final plein de fraîcheur au milieu des arcs-en-ciel et d'une végétation densifiée par une brume éternelle. Par Eric Vancleynenbreugel et France Gavroy