Ce vendredi 6 octobre, après 24 000 km, 145 jours sur les routes et 17 pays traversés, je pose enfin mon sac-photo dans le hall de mon appartement liégeois. Pour mettre les choses en perspective, la distance parcourue correspond pratiquement à un aller-retour Bruxelles/Johannesburg. Je savais que l'Europe était loin d'être petite, mais j'ignorais à quel point elle offrait une variété de paysages aussi immense, et un réseau routier permettant d'accéder à peu près partout.
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Ce vendredi 6 octobre, après 24 000 km, 145 jours sur les routes et 17 pays traversés, je pose enfin mon sac-photo dans le hall de mon appartement liégeois. Pour mettre les choses en perspective, la distance parcourue correspond pratiquement à un aller-retour Bruxelles/Johannesburg. Je savais que l'Europe était loin d'être petite, mais j'ignorais à quel point elle offrait une variété de paysages aussi immense, et un réseau routier permettant d'accéder à peu près partout. L'idée de ce road trip est survenue il y a déjà un an. Ayant fait de la photographie des grands espaces et des régions montagneuses ma spécialité, j'avais passé ces quatre dernières années aux quatre coins du monde. Australie, Canada, Namibie, Nouvelle-Zélande, USA... Autant de pays réputés pour leurs magnifiques décors, mais qui, finalement, m'avaient fait oublier que l'Europe n'avait pas à rougir. Ma décision était prise : en cet été 2017, point de vols long-courriers. Après sept mois de préparation, je quitte la Belgique le 15 mai. Je relierai chaque pays par avion, tandis qu'un 4x4 prêté par l'un de mes sponsors m'attendra aux aéroports pour m'éviter de passer des semaines à relier chaque destination en bateau. Première partie du voyage : six semaines dans le Nord. Après une mise en jambes en Ecosse, je gagne la partie septentrionale de la Norvège, ma région préférée au monde. J'y vis enfin l'expérience du soleil de minuit. Durant une quinzaine de jours, je ne m'endors qu'à l'aube. Car pour profiter de la plus belle des lumières, je randonne la nuit, rentrant à l'hôtel vers 5 heures du matin. Plus loin, l'Islande, comme à son habitude, est à la hauteur de mes attentes. Pour ma quatrième visite dans le pays, je me concentre sur la région volcanique des Highlands, où j'ai la sensation d'être transporté sur une autre planète. Ensuite, bref retour en Belgique pour troquer ma grosse doudoune contre des tee-shirts, mais surtout pour finaliser l'aménagement du véhicule qui va devenir ma maison pour les trois mois à venir. Le 1er juillet, je mets le cap vers le sud, cette fois accompagné de ma copine. Durant quatre jours, nous enchaînons les voies terrestres et maritimes. 2 000 km de route et 33 heures de bateau plus tard, nous arrivons à Chania, point de départ de la deuxième partie de ce road trip : six semaines dans les Balkans. Pas d'hôtel pour cette aventure en couple : l'objectif est d'être le plus autonome possible. Nous passerons chaque nuit dans notre tente de toit, qui offre plus de confort que le camping traditionnel et, surtout, une plus grande mobilité. Le nord de l'Albanie nous surprendra agréablement. Malgré la pauvreté, les gens que nous rencontrons là-bas sont plus accueillants que dans tous les autres pays traversés. Atout majeur de la région : elle est à 1 000 lieues du tourisme de masse. Pourtant, les superbes parcs nationaux de Theth et Valbone n'ont clairement rien à envier aux Pyrénées. Après la Croatie et le Monténégro, direction la Slovénie pour un nouvel étonnement. Nous qui ne savions pas trop quoi espérer de ce pays méconnu nous y promenons dans des lieux d'une propreté incomparable, et des vallées alpines aux rivières d'une clarté sublime. Gros coup de coeur pour le fleuve Isonzo (So?a en slovène), un pur joyau de notre continent. La Suisse sera notre dernière étape. Nous la parcourons de long en large durant trois semaines, côtoyant les plus longs glaciers des Alpes ainsi que les plus hauts sommets d'Europe occidentale. Mais, gravé dans un coin de nos têtes, l'un de nos meilleurs souvenirs restera le coucher de soleil depuis les cimes de Chamonix, en France, avec une vue directe sur le mont Blanc. De retour chez moi, je prends le temps d'apprécier un emploi du temps moins chargé, où je ne dois pas arpenter quotidiennement 200 km de routes, ni plancher sur l'endroit à aller photographier au crépuscule. Il est l'heure de passer en revue les quelque 35 000 clichés ramenés. Mais aussi de me pencher sur un livre-photos résumant cette passionnante aventure, qui paraîtra dans quelques mois. Ce que j'ai retenu, au bout du compte ? Sans aucun doute les rencontres, à travers des pays aux cultures si différentes. Je suis désormais convaincu que la clé d'un voyage réussi n'est pas l'endroit où l'on se rend, mais les personnes dont on partage le chemin. Certainement le lieu qui m'a le plus impressionné de toute cette aventure. La région volcanique de Kerlingarfjöll, dans les Highlands islandais, m'a transporté dans un autre monde, avec ses fumerolles continues, ses dernières neiges résistantes aux prémices de l'été et sa couleur rouge orangé. Il ne devait pas y avoir de spectacle ce soir-là. Les nuages avaient occupé le ciel toute la journée, et j'avais très peu d'espoir pour un coucher de soleil digne de ce nom. Quand, tout à coup, surgit une petite éclaircie, dix minutes avant que la nuit ne tombe, et le plus grand massif montagneux d'Europe occidentale commence à s'illuminer de mille feux, comme s'il était en train de brûler. Inoubliable. Lors des deux mois de voyage à travers les Balkans, nous avons opté pour la liberté la plus totale en dormant tous les soirs dans notre tente de toit. Ici, nous nous réveillons avec le son des vagues et les premiers rayons de soleil, sur l'île paradisiaque d'Elafonissos, en Grèce, dans le sud du Péloponnèse. Cette photo a été prise en Slovénie, non loin de la source du fleuve Isonzo, l'une des rivières les plus limpides et les plus bleues que j'ai eu la chance de voir dans le monde. Mais attention : sa température est en dessous des 10 °C ! Expérimenter le soleil de minuit dans le nord de la Norvège est l'expérience la plus palpitante que j'ai pu vivre cette année. Cette photo a été prise à 1 h 30 du matin, alors que mes amis et moi redescendions de la montagne après une longue randonnée " nocturne ". Au moment de la photo, l'astre venait de terminer sa courbe descendante sur l'horizon. En deux semaines, je n'aurai jamais vu le soleil se coucher.Un instant irréel au sommet de l'Augstmatthorn, dans les Alpes bernoises, en Suisse. La brume créée par le lac de Brienz en contrebas donne à la crête où je me trouve des allures d'apocalypse. Cette scène n'a duré que 10 minutes, juste au moment d'atteindre le sommet. Un des clichés les plus intenses de mon road trip, photographiquement parlant. Par JOHAN LOLOS