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Bruce Springsteen, Neil Young ou Peter Cincotti ont mis en chanson celle qui, en septembre 1787, servit de décor de l'acceptation de la Constitution américaine - loi suprême du pays -, faisant entrer pour toujours son nom dans l'histoire. Trois ans plus tard, Philadelphie devient même la capitale provisoire des Etats-Unis pendant une petite dizaine d'années, alors que Washington D.C. était encore en chantier. Autant dire que les traces du passé sont ici nombreuses, à découvrir parmi les gratte-ciel ultramodernes, les bâtiments géorgiens ou néoclassiques, mais aussi ses nombreuses habitations aux façades en briques rouges, typiques de certains quartiers. L'une de celles-ci ne cache rien d'autre que l'Independance Hall, symbole patriotique par excellence, en face duquel se trouve l'imposante Liberty Bell - la cloche de la liberté - dont les 900 kilos de métal fondu sont gardés par un ranger. Anciennement conçue pour marquer l'ouverture des sessions parlementaires et annoncer les proclamations ou les rassemblements publics, elle est aujourd'hui l'un des objets les plus photographiés de la cité. A ne pas manquer non plus : l'ancien hôtel de ville - nommé Old City Hall - ainsi que la nouvelle mairie aux toits mansardés inspirés par le palais du Louvre, ou encore le National Constitution Center qui retrace les souvenirs américains à travers son théâtre et ses expositions.Cadenasser son amour sur un pont de la Seine ou gondoler à Venise, c'est déjà fait. Philadelphie offre une alternative aux tourtereaux pour prendre la pose devant le Love géant de la John F. Kennedy Plaza. Désormais connu sous le nom de Love Park, le lieu abrite en effet la célèbre sculpture de l'artiste Robert Indiana, dont les copies ont envahi New York, Singapour ou Montréal. C'est ici, à Philadelphie, que ce logo en métal a été planté pour la première fois, en 1977. Trônant à côté de la fontaine centrale du parc, il est devenu l'un des emblèmes du pop art, comme la banane de Warhol. Notons que, depuis 2015, on retrouve, à l'entrée du musée d'art, son équivalent latin, Amor, placé là pour célébrer la venue du Pape François, dont la langue maternelle est l'espagnol. Pour s'y rendre, rien de mieux que d'emprunter Kelly Drive, une route verdoyante longeant la rivière Schuylkill. Au bord de l'eau, on peut apercevoir des maisonnettes qui semblent avoir atterri là par hasard, mais forment en réalité le site historique Boathouse Row. A l'origine, cette digue étrange avait été imaginée pour fournir de l'eau propre à la ville. Rapidement, elle est devenue un lieu de détente et de rassemblement pour observer l'une des compétitions sportives favorites de la région : la course à la rame. A la nuit tombée, la rangée de bateaux-maisons s'éclaire, offrant ses reflets à l'obscurité du fleuve Delaware. Romantique à souhait, là aussi. Rien d'étonnant, finalement, puisque Philadelphie est la ville de " l'amour fraternel ", comme le suggère sa traduction grecque.Sorti en 1976, le premier opus de la saga Rocky est encore dans toutes les mémoires. Racontant l'ascension d'un jeune boxeur italo-américain qui finira par ravir le titre mondial au champion Apollo Creed, le film a notamment marqué les esprits pour la " montée des marches " entamée par Sylvester Stallone lors de l'entraînement de Balboa. Cet escalier mythique se trouve au Museum of Art et, lorsqu'on l'arpente, la chanson Eye of the Tiger résonne inévitablement dans les oreilles. Septante-deux marches plus haut, on se retourne pour admirer la statue en bronze à l'effigie du personnage, offerte par Stallone à la ville en 1982 et qui prendra longtemps la poussière dans les caves du musée (d'après les conservateurs, Rocky et l'art, ce n'était pas le même combat) avant d'être officiellement inaugurée... en 2006, lors de la sortie du sixième volet de la série, en grande partie tournée à Philly. La ville a également inspiré d'autres cinéastes américains, puisque des longs-métrages comme Sixième sens, Incassable, A.I. Intelligence Artificielle, World War Z, In Her Shoes ou bien sûr Philadelphia ont installé leurs plateaux de tournage ici ou là.Le centre commercial Macy's constitue une escale quasiment incontournable pour les touristes urbains qui se rendent aux Etats-Unis... et qui aiment le shopping. Fondée en 1851 par Rowland Hussey Macy dans une petite cité du Massachusetts, l'enseigne est aujourd'hui devenue un véritable empire de l'emplette, qui a pris ses quartiers dans les principales villes US. Sa version new-yorkaise est implantée dans l'un des plus grands bâtiments commerciaux... du monde. Celle de Philadelphie n'a pas à rougir, logée dans un très bel immeuble du xixe siècle que l'on pénètre en poussant d'énormes portes battantes. La suite s'appelle Ralph Lauren, Calvin Klein, Clinique, Estée Lauder, Levi's et compagnie, qui s'imposent parmi un catalogue impressionnant de quelque 740 boutiques réparties sur trois étages. Sur la place centrale dominant l'immensité des lieux, un orgue majestueux aux tons dorés a survécu à toutes les rénovations connues par l'endroit au fil des décennies. Même pas besoin de passer la porte du musée Rodin pour profiter de sa plus célèbre création. Le penseur, sombre et imposant, siège à l'entrée de l'édifice, le visage posé sur le poing. L'homme en pleine méditation compte de nombreuses reproductions à travers le monde. Plus d'une vingtaine en tout, qui rendent toutes hommage à l'original de 1880 et qui s'intitulait alors Le poète, représentant Dante observant les cercles de l'enfer et méditant sur ses écrits. Bonne nouvelle pour les fans (et les autres, d'ailleurs) : le musée réunit la plus grande collection d'oeuvres du Français en dehors de Paris, et pour cause : Philadelphie a été la première cité américaine à s'accaparer Rodin, et ce grâce au philanthrope Jules Mastbaum qui, originaire d'ici et passionné par l'artiste, offrit sa propre collection à la ville dans les années 20. Le baiser, Les bourgeoises de Calais ou encore La porte de l'enfer sont exposés dans des allées lumineuses, tandis que les sculptures extérieures sont embellies par un joli décor fait d'eau et de pelouses. Le bâtiment est installé sur une avenue portant le nom de l'une des personnalités les plus fameuses du continent, Benjamin Franklin. Le savant, bien qu'originaire de Boston, a vécu une partie de sa vie dans cette ville qui, à la fin du xviiie siècle, était vue comme l'antre des Lumières révolutionnaires. L'inventeur du paratonnerre participa d'ailleurs à la rédaction de la Déclaration d'indépendance des Etats-Unis, bien avant de figurer sur les plaques d'une avenue aujourd'hui souvent comparée aux Champs-Elysées parisiens pour sa beauté empreinte d'histoire et de modernité. Par Nicolas Balmet et Laura Ferreira Porto