Souvent plane, riche en eau, la région de Münster rappelle les Pays-Bas voisins. D'autant que le vélo y est roi et le néerlandais seconde langue. Avec ou sans la petite reine, activement promue par les services touristiques, le grand attrait du Münsterland, ce sont ses châteaux. Non seulement ils sont nombreux, mais en plus, ils présentent une riche personnalité : beaucoup ont gardé leurs douves et celles-ci sont très larges, parfois même doubles. D'où leur qualification de " wasserburg " ou " wasserschloss ", soit château sur l'eau. Les amateurs de vieilles pierres ne sont dès lors pas seuls à apprécier le charme de cette rare combinaison d'édifices majestueux et de plans d'eau romantiques, souvent libres d'accès.
...

Souvent plane, riche en eau, la région de Münster rappelle les Pays-Bas voisins. D'autant que le vélo y est roi et le néerlandais seconde langue. Avec ou sans la petite reine, activement promue par les services touristiques, le grand attrait du Münsterland, ce sont ses châteaux. Non seulement ils sont nombreux, mais en plus, ils présentent une riche personnalité : beaucoup ont gardé leurs douves et celles-ci sont très larges, parfois même doubles. D'où leur qualification de " wasserburg " ou " wasserschloss ", soit château sur l'eau. Les amateurs de vieilles pierres ne sont dès lors pas seuls à apprécier le charme de cette rare combinaison d'édifices majestueux et de plans d'eau romantiques, souvent libres d'accès.A tout seigneur, tout honneur : le Wasserburg Anholt n'est pas seulement le premier château rencontré en venant de Belgique. C'est aussi le plus richement doté : on y admire même un Rembrandt ! Il accompagne de nombreuses oeuvres originaires de nos contrées : des armoires et une tapisserie anversoises, ou encore des tableaux signés Teniers et Snyders. Plusieurs représentent le château de Hoogstraten, près d'Anvers. Normal : les ancêtres du maître des lieux actuel, le prince de Salm-Salm, eurent également parmi leurs possessions le duché de Hoogstraten, où ils résidaient régulièrement. Le château d'Anholt a eu de la chance dans son malheur. Il a été détruit à 70 % quelques jours avant la fin de la dernière guerre, mais avait été vidé de son contenu sur ordre de Goering. On n'oserait jurer que ce grand prédateur d'oeuvres d'art avait pour seul dessein la protection du patrimoine allemand, mais le résultat est là : la famille a récupéré ses biens, de sorte qu'on peut contempler les cuirs muraux décorant le petit bureau et les trésors de la salle des chevaliers, sans oublier un exceptionnel plancher constitué de lames d'épicéa de 16 mètres, arrivées de Lorraine par flottage voici quatre siècles. Toujours habité par la famille de Salm-Salm, le château d'Anholt est entouré de jardins et d'un vaste parc. Une trentaine de kilomètres plus à l'est, la ville de Borken possède un bel exemple de ces châteaux généreusement entourés d'eau. Occupé par une école, le Wasserburg Gemen est plus imposant qu'harmonieux, mais il domine un plan d'eau de dimensions respectables que bordent un chemin, des pelouses et des bois. La promenade favorite des gens du coin, on le comprend. Statut semblable pour le château de Raesfeld, situé un peu plus au sud ; il est quant à lui occupé par des espaces de restauration, de sorte qu'il attire la foule par beau temps. Il faut l'observer par-delà l'étang, qui ne l'entoure que partiellement, pour découvrir la majesté de ses deux ailes et de son donjon déguisé en clocher. Abritée dans un immeuble tout de verre, la maison du parc naturel attend les visiteurs 100 mètres plus loin. Tout près de là, se dresse, en rase campagne, le Wasserschloss Lembeck, beau spécimen de propriété possédant de doubles douves : le château est entouré d'eau et, en outre, il est précédé d'un très grand bâtiment (l'ancienne exploitation agricole) qui forme lui aussi une île. Lembeck a conservé sa riche décoration intérieure des xviie et surtout xviiie siècles, et sa visite, patins aux pieds, s'impose autant que celle d'Anholt. Nouveau bon quelque 30 kilomètres plus à l'est pour admirer un autre trio remarquable. Le château de Vischering, construction Renaissance sur un socle moyenâgeux, apparaît entre les arbres, planté dans un grand étang. Aussi charmant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Un peu plus au sud, bienvenue au Versailles de Westphalie. C'est ainsi que se présente le château de Nordkirchen. Sans modestie mais pas sans raisons. Tout ici est grandiose : l'île formée par l'ensemble des constructions, les douves, le jardin et le bassin, sans oublier le parc de 176 hectares. Brièvement propriété des ducs d'Arenberg au début du xxe siècle, le domaine est public depuis 1950 et libre d'accès. Le château n'est pas d'une grande richesse à l'intérieur, d'autant qu'une importante tapisserie aurait été emmenée par... les troupes belges d'occupation, affirme le guide. Vraiment ? On ne quitte pas la région sans admirer Westerwinkel, superbe exemple de château protégé par de doubles douves, où l'on vient aujourd'hui surtout pour jouer au golf. Une petite pointe vers le nord-est permet de flâner dans le charmant centre historique de Warendorf et, pour les amateurs, d'aller voir les diverses installations de cette " capitale allemande de l'équitation ". Les châteaux sur l'eau ne sont pas loin : à Harkotten. Mais tandis que le château von Korff s'est imposé comme halte pour les cyclotouristes, c'est son superbe voisin von Ketteler qu'il faut surtout aller admirer. Sans pouvoir l'approcher, hélas. Retour vers l'ouest pour poser ses valises à Münster. Ville ancienne... toute neuve, car détruite à 90 % en 1945. Ville universitaire et animée, où le vélo règne en maître. Cité historique aussi où fut signé, en 1648, le traité de Westphalie, véritable tournant dans l'histoire de l'Europe du Nord. L'événement eut lieu dans la Friedenssaal de l'hôtel de ville, reconstituée avec le riche mobilier d'origine. Une visite obligatoire. Outre cette pièce maîtresse et les jolies ruelles des alentours, la ville offre au visiteur une majestueuse cathédrale Saint-Paul et une Eglise Saint-Lambert réputée pour une curiosité macabre : les cages suspendues sur le clocher exposèrent les cadavres des anabaptistes après leur renversement en 1536 ! On avait déjà admiré l'imposant palais des princes-évêques en se garant sur l'esplanade voisine, base idéale pour parcourir la cité à pied. Et le Münster contemporain ? Deux endroits pour en prendre la mesure : les alentours du lac de l'Aa et le Kreativkai, quartier de l'ancien port fluvial, aujourd'hui conquis par les restaurants branchés et les boutiques trendy.En quittant Münster, un arrêt s'impose au château de Hülshoff. Un chemin boisé fait le tour du bâtiment, par-delà les douves, permettant d'admirer sa superbe façade arrière. On peut zapper la visite de l'intérieur, qui est d'un intérêt moyen ; quitte à déculpabiliser en prenant un rafraîchissement... Etape suivante vers le nord-est : Steinfurt. Son château fait partie des incontournables, affirme-t-on. En réalité, ses occupants ne risquent pas d'être gênés par les touristes car on n'aperçoit cette imposante bâtisse que d'assez loin, même en pénétrant sur le golf voisin. Déception assurée si on ne le sait pas, mais compensée par les ruelles pittoresques et édifices intéressants de la localité, dont ce café Schwan remontant au début du xvie siècle. Osons recommander chaudement une halte au château de Welbergen, quelque 10 kilomètres plus loin. Le bâtiment principal est coquet sans être ni imposant, ni exceptionnel, mais l'endroit a un charme fou, avec sa cour intérieure, le moulin à eau voisin, les douves qui cernent la propriété et les arbres vénérables qui l'ombragent. On ne soupçonne pas un tel enchantement en circulant sur la route proche.Dernière visite avant de quitter le Münsterland, pour découvrir un château fort très différent. Bâti sur une colline dominant la ville, Burg Bentheim offre au visiteur de belles murailles, une entrée majestueuse et une imposante tour fortifiée. Le bâtiment plus récent situé au fond de la cour intérieure réserve deux surprises. Quelques tortueux escaliers plus bas, on se retrouve au Moyen Age, avec ses caves, ses couloirs... et ses geôles. A l'étage, par contre, règne le style néogothique tellement prisé en Allemagne à la fin du xixe siècle. On évite toutefois le mot kitsch pour qualifier cette salle d'apparat extravagante car, dans son genre, elle ne manque pas d'allure ! Par Pierre Leconte / Photos : Sylvie Bresson