Sur la place de Brouckère dont les travaux viennent (enfin) de s'achever, ce bon vieux Métropole récolte à nouveau les regards fascinés qu'il mérite. Sous l'emblématique auvent rouge de sa longue terrasse, les clients papotent en sirotant des cafés ou des bières blondes "bien de chez nous". L'histoire, ici, se répète à perpétuité: en 1890, le houblon constitue déjà l'appât de la famille Wielemans, célèbres brasseurs de Forest qui se mettent en tête de populariser leurs breuvages dans tout le centre-ville en créant le Café Métropole. L'architecte Alban Chambon se charge de la décoration, misant sur un style bourgeois sophistiqué. Bingo: le bar connaît un succ...

Sur la place de Brouckère dont les travaux viennent (enfin) de s'achever, ce bon vieux Métropole récolte à nouveau les regards fascinés qu'il mérite. Sous l'emblématique auvent rouge de sa longue terrasse, les clients papotent en sirotant des cafés ou des bières blondes "bien de chez nous". L'histoire, ici, se répète à perpétuité: en 1890, le houblon constitue déjà l'appât de la famille Wielemans, célèbres brasseurs de Forest qui se mettent en tête de populariser leurs breuvages dans tout le centre-ville en créant le Café Métropole. L'architecte Alban Chambon se charge de la décoration, misant sur un style bourgeois sophistiqué. Bingo: le bar connaît un succès fou. Aussi, les Wielemans décident de se montrer encore plus ambitieux, en rachetant le bâtiment voisin occupé par les bureaux de la Caisse Générale d'Epargne et de Retraite. Non plus pour y faire couler la bière, mais pour y façonner un véritable palace - le concept est alors récent en Europe - qui sera pourvu des innovations dernier cri: chauffage central, électricité à tous les étages et même... ascenseur. L'intérieur, lui, est à nouveau confié à Chambon, qui convoque des artisans de renom afin de conférer aux lieux une atmosphère exceptionnelle. Dorures, marbres de Numidie, fers forgés, teck poli, lambris, vitraux... Aucun détail n'est laissé au hasard et, lors de l'ouverture officielle de l'Hôtel Métropole en l'an 1895, les regards des visiteurs sont tout aussi ébahis qu'aujourd'hui. Chef-d'oeuvre d'Art nouveau, cette majestueuse maison 5-étoiles est désormais le seul hôtel du XIXe siècle encore en activité à Bruxelles. Y entrer, c'est la promesse d'une promenade à travers les âges. L'incroyable photo en noir et blanc où figurent Albert Einstein, Marie Curie ou Henri Poincaré rappelle que le Conseil de Physique Solvay se déroule en ses murs depuis 1911. Le fameux ascenseur à la structure acajou - commandé à la firme française qui réalisa les élévateurs de la tour Eiffel quelques années plus tôt -, l'immense escalier reliant les étages, la salle de petit-déjeuner baptisée Le Jardin Indien ou la fontaine surmontée d'une nymphette en bronze de la superbe brasserie témoignent tous du goût du voyage des fondateurs. Les 251 chambres, elles, possèdent ce charme si particulier qu'il serait trop facile de qualifier de vieillot: au contraire, elles constituent des plaisirs démodés difficiles à refuser. Quant aux suites baptisées Jacques Brel, Sarah Bernhardt, Rudolf Nureyev ou Giacomo Puccini, elles ne sont pas là uniquement pour rendre hommage aux centaines d'invités prestigieux qui y ont passé la nuit: elles proposent un raffinement qui n'a rien d'ostentatoire, avec des touches plus modernes qu'il n'y paraît, comme les écrans de télévision apparaissant derrière les miroirs. Sur le curriculum vitae du palace, on trouve aussi une annexe bâtie dans les années 30, où se côtoyaient des boutiques de luxe, la mythique discothèque La Frégate ou la plus grande salle de cinéma du pays. Et ce n'est pas un hasard s'il fut le premier hôtel de Belgique à se doter d'un téléphone puis d'un fax, et même d'un site Internet. L'art d'être hors du temps sans être hors du coup, le Métropole le maîtrise à merveille.