Le Mexique nous attire dans ses filets à coups de "mi corazon, te quiero", synthés et trompettes. Les musiciens sont restés coincés dans les années 90 et, par nostalgie ou romantisme, le touriste plonge dans cette heureuse atmosphère à pieds joints.
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Le Mexique nous attire dans ses filets à coups de "mi corazon, te quiero", synthés et trompettes. Les musiciens sont restés coincés dans les années 90 et, par nostalgie ou romantisme, le touriste plonge dans cette heureuse atmosphère à pieds joints. A ce charme rétro, ajoutez des tacos au cacao, deux tequilas douces - pas plus - et le tour est joué, le voyage peut commencer. Par où vous voulez. Il y a tant à voir et à faire dans la péninsule du Yucatán qu'elle paraît sans limite. On a opté pour une promenade en voiture, d'est en ouest, en profitant des premiers mois de l'année. Avantage de cette période : il ne fait pas trop chaud et les hôtels ne sont pas encore bondés, laissant d'autant plus de place à l'improvisation... Bâtie dans les années 70, avant tout pour désengorger sa soeur aînée Acapulco, la Miami mexicaine ne demande pas qu'on s'y attarde. Mais on y atterrit, alors, forcément, elle devient un port d'attache. De là, on loue une voiture. Ou on prend un bus : confortables, fréquents et peu coûteux, ils permettent de partir dans n'importe quelle direction. Vers le sud, les rivages de Cancùn se prolongent en un trait sans fin de plages. Délimitées d'un côté par une étendue d'eau translucide sans horizon, de l'autre par des cocotiers. A une heure de trajet sommeille la baie d'Akumal. En forme de croissant et fermée par un récif de corail, elle permet de se baigner avec des tortues géantes. Encore plus loin, c'est Tulum et ses côtes paradisiaques qui se dévoilent. Un lieu très touristique - les prix des hôtels s'y envolent -, même si la ville a su conserver son charme " home sweet home ". Et puis, surtout, c'est là que les Mayas prenaient du bon temps, les doigts de pieds en éventail sur la plage (du moins, on imagine), quand ils ont vu débarquer les premières caravelles espagnoles en 1518. Unique vestige important de cette mythique civilisation posé en bord de mer, Tulum exige évidemment le détour. Prochaine étape, à 100 km de Tulum : Valladolid. A mi-chemin entre Cancùn et Mérida, c'est un point stratégique pour découvrir le site archéologique de l'une des sept nouvelles merveilles du monde (rien que ça). L'histoire de Chichén Itzá, qui fut l'un des plus grands centres mayas de la péninsule, s'étend sur presque mille ans. Mayas et Toltèques y ont laissé leurs empreintes, fascinantes. Outre cette escale inéluctable, Valladolid possède d'autres atouts, au premier rang desquels on place la sympathie de ses habitants mais aussi une particularité qui n'appartient qu'à elle : les cénotes. Ces bassins naturels, concentrés principalement dans le nord de l'Etat, sont creusés dans le calcaire. On les doit à l'astéroïde qui frappa la Terre il y a 65 millions d'années et qui, par la même occasion, extermina les dinosaures. Pour les Mayas, il s'agissait de fenêtres s'ouvrant sur " l'inframonde ". Certains étaient utilisés comme lieux de culte, où des enfants étaient sacrifiés. Aujourd'hui, on s'y baigne ! En fait, aucun fleuve ne traverse la péninsule du Yucatán, et l'eau douce est puisée dans ces fameux puits. Sous terre ou à ciel ouvert, ces piscines profondes émaillent la région par milliers. Suggestions au coeur même de Valladolid : le cénote Zaci, proche de la place principale, et Dzitnup, 4 km plus loin. La capitale du Yucatán est une ville aussi animée qu'agréable, à la fois bruyante et bigarrée. En de nombreux aspects, elle a su conserver l'âme de l'époque coloniale. Cela tout en se voulant moderne, avec ses galeries d'art, ses boutiques ou ses bars - on vous conseille La Negrita. On y trouve le remarquable Musée du Monde Maya, inauguré en septembre 2012 sous le nom de Gran Museo. Ses 1 600 m2 abritent une collection permanente de plus de 1 100 objets. Ici et là, le lieu joue la carte de l'interactivité. Et certains soirs, s'y invitent des spectacles de sons et lumières. Notons que Mérida est aussi un camp de base idéal pour rayonner dans la péninsule. Et s'en aller, par exemple, à la découverte d'Izamal, à 70 km de là. Un village colonial construit sur les ruines d'une cité maya. Au crépuscule ou à l'aube, les rayons du soleil, curieux, lorgnent les maisons peintes en blanc ou en jaune... et c'est très beau. Depuis Mérida, après avoir traversé des bourgades typiques et une végétation luxuriante parsemée de cactus semblant toucher le ciel, le village de Célestun s'offre comme le point culminant des vacanciers en quête de paix. A ne pas louper : une virée en bateau pour observer les flamants roses qui - c'est bon à savoir - doivent leur couleur aux crevettes qu'ils mangent, et qui teintent aussi bien les plumes des volatiles que l'eau des lagunes. De retour sur la terre ferme, nous faisons la connaissance de René. L'homme n'a jamais quitté le Yucatán. Deux nuits par semaine, il pêche. Parfois avec un ami, souvent seul. Toujours en se méfiant des barracudas qui attaquent les hommes, alors que les requins, eux, sont " tranquillos ". René tient le troquet de la place et les habitants viennent le trouver pour toutes sortes de bobos ou de pépins du quotidien. Comme la plupart des Mexicains, il travaille beaucoup, s'offrant des pauses en buvant quelques bières en terrasse - sa soeur est en salle - et cache les cadavres de bouteilles dans le laurier qui fait de l'ombre aux tables nappées de toiles cirées. Ainsi vit Célestun : dans la tranquillité. Loin du bruit de Mérida et des cartels qui gangrènent Cancùn. Ici, il n'y a pas d'argent, personne ne vient embêter René, les pêcheurs et les autres... On pourrait être le plus maladroit des photographes, manquer sa mise au point ou cadrer à l'envers, peu importe : à Isla Contoy, notre cliché sera quand même digne d'une carte postale. Parc national ultraprotégé, l'île aux oiseaux n'accueille que deux cents touristes par jour, maximum. Frégates, cormorans, pélicans ou hérons : plus de cent cinquante-deux espèces d'oiseaux y nichent. On y reste environ trois heures, tout au plus. Pour une halte plus longue, on suggère de pousser jusqu'à Isla Holbox, également protégée, dont le village principal est particulièrement charmant. Entre juin et septembre, le lieu se transforme en spot d'observation des requins-baleines. Pas de panique : ici non plus, nager avec ces énormes poissons ne comporte aucun risque, car ils ne se nourrissent que de plancton. Baignade hautement conseillée, donc. Tout comme une petite séance de plongée pour apprécier la beauté des fonds marins et sa variété unique de poissons colorés qui font la réputation des Caraïbes... PAR ASTRID JANSEN