"À Maurice, le brassage culturel se fait dans le plus grand respect ", commente avec beaucoup de sérieux Jo, notre chauffeur, tandis que nous dépassons un groupe de femmes voilées sur notre droite et, sur l'accotement opposé, des chars surmontés d'ex-voto colorés. La veille a eu lieu le pèlerinage de Mahashivaratri à Grand Bassin et les kanwars, ces autels portatifs dédiés à Shiva, semblent temporairement à l'abandon sur le bas-côté. Ici, comme dans le sous-continent indien, ce festival est le plus important de l'année pour les hindous, et la coutume veut qu'ils partent des quatre coins de l'île pour converger vers le lac sacré, en direction de Bois Chéri. Habillés de blanc, les hommes portent sur leurs épaules ces arches de bambou sur lesquelles trônent des statues de la déesse, décorées avec soin de fleurs en papier, clochettes et guirlandes par leur village ou leur fédération.
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"À Maurice, le brassage culturel se fait dans le plus grand respect ", commente avec beaucoup de sérieux Jo, notre chauffeur, tandis que nous dépassons un groupe de femmes voilées sur notre droite et, sur l'accotement opposé, des chars surmontés d'ex-voto colorés. La veille a eu lieu le pèlerinage de Mahashivaratri à Grand Bassin et les kanwars, ces autels portatifs dédiés à Shiva, semblent temporairement à l'abandon sur le bas-côté. Ici, comme dans le sous-continent indien, ce festival est le plus important de l'année pour les hindous, et la coutume veut qu'ils partent des quatre coins de l'île pour converger vers le lac sacré, en direction de Bois Chéri. Habillés de blanc, les hommes portent sur leurs épaules ces arches de bambou sur lesquelles trônent des statues de la déesse, décorées avec soin de fleurs en papier, clochettes et guirlandes par leur village ou leur fédération. " Et demain, ce sera aux bouddhistes de célébrer la Fête du printemps ", poursuit l'employé de Mautourco, le principal tour-opérateur mauricien. " Un jour chômé de plus, nous en avons 16 en tout ", déplore celui qui, s'il est fier de la tolérance dans laquelle baigne son caillou perdu à l'est de Madagascar, voit dans cette démultiplication un désavantage pour l'économie locale. C'est que le tourisme, qui emploie pas moins de 120 000 personnes et draine près de 1,5 million de visiteurs chaque année, y est un pilier essentiel, de même que l'industrie textile et les services financiers, qui ont progressivement supplanté la monoculture de la canne à sucre. Une reconversion réussie expliquant que Maurice, dont la croissance devrait encore atteindre 4 % en 2018, caracole en tête des exemples de succès économiques du continent africain - ce qui ne devrait pas faire oublier pour autant de grandes inégalités au sein de la population. " Et encore, dans les années 80, on en avait pas moins de 23 ! " poursuit Jo, désormais amusé par la longue énumération des fériés officiels. Mais si c'est là la clé d'une entente cordiale entre les nombreuses communautés formant son jeune pays, qui s'en plaindra ? Car si l'hindouisme est le plus représenté (un Mauricien sur deux) dans ce paradis où le turquoise de la mer, le blanc des plages et le vert profond de la flore créent une douce harmonie, chrétiens, musulmans, athées, adeptes de Krishna ou du dalaï-lama vivent eux aussi en bonne entente. Un respect de l'autre et une zénitude de bon augure quand on est bien résolu à passer une semaine sous le signe de la connivence et de la relaxation, en duo mère-fille. Et l'arrivée au Beachcomber, somptueux resort installé depuis 2010 dans la petite ville de Trou aux Biches, sur la côte septentrionale, a de quoi mettre quadra et jeune adulte dans les meilleures dispositions. Ses cinq restaurants, ses espaces publics et privés, largement ouverts sur la végétation (mention spéciale pour la douche en plein air ! ), sont une invitation au lâcher-prise immédiat. Mais plus que tout, c'est le centre de bien-être holistique, donnant lui aussi sur l'environnement luxuriant, qui nous ravira pendant ces quelques jours dédiés au bonheur d'être à deux. Quelle meilleure manière, en effet, de se reconnecter à soi et à l'autre pour une maman surmenée professionnellement et une étudiante à la limite de l'être tout autant - sans doute pour d'autres raisons ? " Notre challenge, détaille David Cieslik, coach de vie et formateur des 140 praticiens des spas des sept hôtels Beachcomber de Maurice, c'est de proposer la cure la plus adaptée à chacun de nos clients. Au niveau des protocoles, on valorise les bienfaits de techniques ancestrales comme le shiatsu, la médecine chinoise, le massage thaï ou balinais, auxquelles nos thérapeutes ont été initiés pendant quatre ans. On y ajoute une série de soins signature, en commençant souvent par le Be Découverte, qui dure 1 h 30 et permet de cibler tel ou tel problème pour conseiller en conséquence massages, menus adaptés ou activités sportives comme le yoga pranayama. " A côté de ces programmes complets, il est toujours possible de s'offrir, sur réservation, un soin à la carte au retour d'une séance de snorkeling, d'une balade dans le bateau à fond de verre de l'hôtel - la vue sur le récif de corail est féerique - ou d'une conversation propice aux confidences sur sa plage privée, une des plus belles de l'archipel des Mascareignes. Le mieux est alors de se laisser conseiller par Nadine Dassin, spa manager, sachant qu'un forfait de 10 heures, à se partager, est une solution avantageuse. " Notre gamme de produits est fabriquée sur l'île, s'enthousiasme la jeune femme, et est garantie sans parabens ni conservateurs. Le concept, c'est à la fois de proposer quelque chose d'authentique et de valoriser les ressources insulaires. " Huile d'amande parfumée à la vanille bourbon, à l'ambre chamarelle ou à la cannelle acidulée : chacune choisit la sienne en se laissant guider par ses sens, pour ensuite profiter ensemble des gestes lents et profonds de deux masseuses très pros, dans une cabine double ouverte à une brise bienvenue par 30 degrés. Idéal après une excursion au jardin de Pamplemousses, tout proche, donnant à voir orchidées endémiques, lotus ou arums géants, manguiers, philodendrons... L'occasion, aussi, de s'émouvoir de concert sur le passé colonial du pays, que Stellio, notre guide, rappellera à travers l'évocation de ses ancêtres esclaves, à l'ombre d'un arbre de bouddha deux fois centenaire. Pas inutile, quand on passe des vacances dans un océan de voluptés. Par Delphine Kindermans