Saint-Malo, la cité corsaire

Reliée à la terre ferme par une simple bande de sable, la cité intra-muros de Saint-Malo a déjà les fondations dans la mer. Fief des plus riches armateurs et des corsaires les plus téméraires, elle a envoyé des bateaux sur toutes les mers du monde. Aujourd'hui, la ville reste blottie derrière ses remparts du Moyen Age remaniés au XVIIIe siècle par Garangeau, nommé par Vauban ingénieur en chef et directeur des fortifications de Saint-Malo. C'est la première promenade à faire - 1 754 mètres au total, huit portes, trois poternes, trois bastions et de nombreuses tours - pour découvrir la cité dans toute son ampleur.
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Reliée à la terre ferme par une simple bande de sable, la cité intra-muros de Saint-Malo a déjà les fondations dans la mer. Fief des plus riches armateurs et des corsaires les plus téméraires, elle a envoyé des bateaux sur toutes les mers du monde. Aujourd'hui, la ville reste blottie derrière ses remparts du Moyen Age remaniés au XVIIIe siècle par Garangeau, nommé par Vauban ingénieur en chef et directeur des fortifications de Saint-Malo. C'est la première promenade à faire - 1 754 mètres au total, huit portes, trois poternes, trois bastions et de nombreuses tours - pour découvrir la cité dans toute son ampleur.Les grandes demeures bourgeoises en granit qui longent l'enceinte témoignent des fortunes amassées par les armateurs. Mais aussi par les corsaires, dont le plus célèbre, Robert Surcouf, habita près de la Porte de Dinan. Fortune faite, ceux qui désiraient quitter les murs de Saint-Malo allaient se construire des malouinières dans la campagne environnante. Outre ses belles maisons anciennes, Saint-Malo est aussi fière de ses forts posés en avant-poste, souvent sur des îles à plusieurs kilomètres de la cité. C'est qu'il fallut longtemps défendre le royaume des invasions hollandaises et anglaises. Aujourd'hui, seuls le vent et les embruns partent encore à l'assaut des murs mythiques de la belle Bretonne.Puissamment fortifiée, suspendue en balcon au-dessus de la mer, les pieds dans l'eau et la tête au soleil, Dubrovnik offre une remontée dans le temps immédiate dès que l'on franchit l'une de ses trois portes. Au Moyen Age, la ville s'appelait Raguse et sa flotte de commerce - qui alignait près de 200 navires au XVIe siècle - rivalisait avec celle de Venise. Palais, églises, couvents, tout provient en droite ligne de cette époque. Après avoir flâné dans ses ruelles, il ne faut pas oublier de grimper sur les remparts. D'en haut, la vue change tous les dix mètres. Ces fortifications plutôt massives ont nécessité deux cents ans de travaux mais n'ont, finalement, pas coûté grand-chose. Les annales rapportent en effet que les marchands qui déposaient une pierre lors de leur entrée en ville étaient exonérés de la taxe commerciale !Difficile en tout cas d'imaginer le dur siège et les bombardements serbes de l'hiver 1991 - 1992 qui restent pourtant dans les mémoires de tous les habitants. " La liberté ne se vend pas, même pour tout l'or du monde " : jamais, sans doute, la devise de la cité ne s'était autant justifiée que durant ces quelques mois. Grâce à un élan de solidarité international, la restauration fut rapide. La ville de Toulouse offrit par exemple des milliers de tuiles. Certes peut-être un rien plus roses que celles d'origine. Et dès 2000, les premiers visiteurs revenaient admirer la " perle de l'Adriatique ". Qui, hormis quelques éclats de balles sur la pierre, ne garde aucune séquelle de son martyre.Puissamment fortifiée au XVIe siècle, La Valette s'étage en multiples terrasses de pierre blonde. Sa position d'avant-poste de la chrétienté face au monde musulman en a fait l'une des places fortes les plus incroyables d'Europe. Tout a commencé avec le Grand Siège mené par les Turcs en 1565. Chassés de Rhodes, les chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem ont fait de Malte leur nouvelle base. Ulcéré par les attaques des corsaires de l'Ordre, Soliman envoie une armée pour en finir. A l'époque, les défenses de l'île sont faibles mais les chevaliers vont en tirer le meilleur parti, principalement au fort Saint-Elme. Et remporter la victoire après des mois de siège.Le grand maître de l'Ordre, Jean de Valette, décide alors de lancer des travaux titanesques. En vingt ans, la première ville d'Europe à être construite entièrement sur plans, constellée d'un réseau de murs et de forts, est debout et porte à juste titre le nom de son fondateur. Ont oeuvré les plus grands architectes et ingénieurs militaires, financés par les cours d'Europe craignant le retour des Ottomans. Résultat : une ville parfaite et des ouvrages de défense parmi les plus impressionnants de la planète.Au XIIIe siècle, les Danois bâtissent un fort sur la colline de Toompea, jetant les bases d'une ville nouvelle. S'élève ensuite une première forteresse en bois, puis en pierre. Qui sera constamment renforcée au siècle suivant. Au Moyen Age, Tallinn - qui signifie ville danoise - était l'une des villes les mieux fortifiées de la Baltique. Très prospère aussi, de par son statut de port libre conféré par la Hanse. L'apparition des armes à feu au XIVe siècle obligea à de nouvelles transformations. Deux siècles plus tard, Tallinn était protégée par une enceinte de 2,35 kilomètres, rythmée de quarante tours et percée de six portes. Chacune était encore précédée d'une ou deux portes extérieures, sortes d'avant-postes.Le contraste est frappant entre les rues tranquilles et bordées de palais de la ville haute, sorte de ghetto où ne séjournaient autrefois que les familles nobles, et le grouillement de la ville basse, dominée par la silhouette effilée de la tour de l'hôtel de ville. Que l'on pourrait confondre avec un minaret : l'architecte qui la dessina au XIVe siècle revenait d'un périple en Orient. Miracle de l'histoire, Tallinn nous est restée presque intacte, avec ses ruelles tortueuses bordées de maisons colorées et un peu moins de 2 kilomètres de remparts et 20 tours.De ce port jadis appelé Mogdura - petite forteresse - transitaient depuis les temps les plus anciens les produits d'Afrique subsaharienne. Au XVIe siècle, les Portugais y commercent la canne à sucre et construisent un fort. Deux siècles plus tard, un sultan ambitieux mandate le Français Théodore Cornut, élève de Vauban, pour y construire " une ville magnifique ". L'homme s'inspira alors de Saint-Malo pour dessiner la future Es Saouira, la " bien dessinée". Les deux villes maritimes sont aujourd'hui jumelées et présentent en effet le même type d'architecture militaire. Trois ans de travaux furent nécessaires pour édifier la Skala de la kasbah et la Skala du port, plateformes fortifiées qui protègent toutes les parties de la ville.Bien vite, celle qui porte encore le nom de Mogador s'impose comme une halte essentielle pour le négoce entre l'Europe et l'Afrique : sucre, sel, or, plumes d'autruche ou ivoire... C'est en quelque sorte le port de Tombouctou. Aujourd'hui encore, les fortifications enserrent les trois quartiers de la ville et, sous des dehors sévères, ajoutent à l'atmosphère envoûtante et poétique de cette cité maritime où s'entremêlent le blanc des terrasses et des maisons, le bleu des volets et de l'océan et l'ocre des remparts.Classée par l'Unesco au patrimoine mondial, Carthagène est considérée comme la plus belle ville d'Amérique du Sud. Ses quartiers historiques s'entourent toujours d'une interminable ceinture de fortifications - Las Murallas - longue de plus de 13 kilomètres, édifiée et complétée durant plus de deux siècles, au point de n'avoir été achevée que 25 ans avant l'indépendance de la Colombie. Cartagena de Indios, de son nom complet, doit sa beauté aux richesses venues de toutes les colonies espagnoles d'Amérique qui y affluaient avant d'être embarquées dans les galions en direction de la métropole.Ici transitaient aussi les esclaves africains destinés à travailler dans les plantations de l'intérieur. Des siècles durant, cette route maritime enrichit l'Espagne mais attira aussi les convoitises des pirates et des puissances rivales. Rien qu'au XVIe siècle, Carthagène fut assiégée cinq fois... Derrière ses remparts, on s'émerveille toujours d'un labyrinthe de ruelles pavées, de bâtiments chamarrés et de balcons croulant sous les bougainvilliers.