Traitant d’un sujet moins anodin qu’il n’y paraît, le sociologue Jean-Claude Kaufmann signe Petite philosophie de la chaussette.
Pourquoi dédier un traité entier à l’humble chaussette?
Je prends des choses toutes simples de la vie quotidienne, et je creuse pour découvrir ce qu’elles cachent, dont parfois des questions d’une ampleur insoupçonnée. La chaussette est banale comme l’est un caleçon ou un mouchoir. Mais elle peut aussi déclencher une série d’émotions et de situations négatives.
Elle ne serait donc pas si anodine que ça?
A la différence d’autres choses banales, que l’on se contente d’ignorer, on va masquer la chaussette. L’homme qui la porte la dissimulera complètement sous le pantalon et choisira des couleurs passe-partout. La femme qui ramasse les chaussettes qui traînent de sa moitié ne rêve que d’une chose: qu’elles disparaissent enfin de ses pensées et n’aggravent pas sa charge mentale.
Est-ce pour cela que vous militez pour une «chaussette libre»?
A une époque où les couples ont le droit de divorcer, la chaussette est condamnée à vivre toute sa vie avec son double. Cela a des inconvénients écologiques et financiers, quand on jette une chaussette en bon état parce que sa consœur est trouée. Et pour la santé mentale, quand on ne parvient pas à reconstituer les paires. Pourquoi ne pas accepter enfin de mettre des chaussettes dépareillées? Libérer la chaussette nous libérerait nous-mêmes!
