Récit d’un road-trip en Namibie, entre dunes étoilées, guépards et douche dans le désert

Namibie
© Marue Wynants
Nathalie Le Blanc Journaliste

C’est une odyssée magnifique, presque initiatique, qui attend le voyageur prêt à s’aventurer parmi les décors brûlants de la Namibie. Récit d’un road trip envoûtant.

Les jeunes générations ont les yeux rivés sur l’Asie, ses villes lumineuses, ses technologies galopantes ou sa gastronomie rassembleuse. Bizarrement, l’Afrique, elle, reste sur le côté quand il s’agit de s’offrir un voyage au long cours. Un tort, tant ce continent méconnu a beaucoup à offrir. Son énergie, ses paysages, ses habitants.

C’est un père architecte qui nous a guidés vers la Namibie. Un père qui a longtemps travaillé là-bas et qui connaît les lieux comme sa poche. Ses arguments étaient imparables. Cette splendide contrée se prête à merveille à un road trip, notamment en raison de ses décors grandioses et de ses multiples possibilités de campement en cours de route.

En famille, nous avions déjà fait la connaissance du Botswana et de la Zambie. Nous avions même pagayé en canoë à travers un parc national abritant des hippopotames et des lions. Changement de décor, cette fois, pour une épopée fascinante entre dunes et déserts, en partant d’Omaanda pour arriver à Sonop.

Le sanctuaire des guépards

«Ce sont comme des gros chats», nous explique le guide du sanctuaire N/a’an ku sê, alors que nous marchons dans les herbes du plateau de Khomas, avec vue sur des montagnes escarpées, à la rencontre de trois guépards.

«Ils sont arrivés ici parce que leur mère a été tuée alors qu’ils étaient tout petits. Ils ont grandi au sanctuaire. Nous recueillons des animaux blessés et, une fois rétablis, nous les relâchons souvent dans la nature. Mais les guépards ne sont pas des tueurs nés. S’ils n’apprennent pas à chasser auprès de leur mère, ils ne survivent pas. D’autant plus s’ils n’ont pas peur des humains. Ceux-ci resteront donc ici toute leur vie, en sécurité, et nous faisons tout pour reproduire au mieux leur mode de vie naturel.»

Les promenades avec des humains n’ayant rien de naturel pour ces animaux-là, nous recevons des consignes très strictes: ne pas les toucher, ne pas les nourrir, ne pas courir ni se baisser. Ce sont eux qui choisissent, ou non, de venir vers nous, mais jamais l’inverse. Très curieux, ces trois grands félins… s’approchent aussitôt. Et autant le dire clairement: sentir un animal aussi impressionnant se frotter doucement sur nos jambes est une expérience bouleversante.

Le sanctuaire collabore avec Zannier Omaanda, où l’on passe la nuit au cœur de la savane, dans le centre de la Namibie, à une demi-heure à peine de Windhoek. Les chambres sont installées dans des bâtiments ronds inspirés des huttes traditionnelles de la région, avec vue de la terrasse sur les acacias, les montagnes et un petit lac. Artisanat africain, tons terreux, déjeuner au bord de la piscine, produits locaux à chaque repas : le luxe, ici, est à la fois synonyme de confort, de bon goût et de sérénité.

La panne parfaite

Nos véhicules nous emmènent à travers les dunes ensoleillées, et on en prend plein les yeux. On ne vient pas en Namibie pour le safari classique, mais pour ses paysages spectaculaires. Nous le constatons dès notre départ d’Omaanda après deux nuits, lorsque nous prenons la route via Windhoek et le col de Gamsberg vers la Namibs Valley.

Les décors sans fin, raison première de la venue de nombreux visiteurs, s’imposent dès que nous empruntons la C26, une large piste de gravier serpentant sur le plateau de Khomas en direction du Gamsberg. Cette montagne au sommet plat domine le paysage, et le col nous fait grimper entre pentes rocheuses, vallées profondes et vues sur la vallée de la Kuiseb.

Les panoramas sont presque irréels: on les doit notamment à ce qu’on appelle là-bas le « desert varnish », cette patine sombre naturelle qui donne aux rochers une teinte noir profond, accentuée par les herbes jaunies.Plus loin, la route se fait plus étroite, et le gravier impose une conduite lente, ce qui laisse le temps d’observer tranquillement les environs. Un rythme doux qui, à certains moments, nous sauve peut-être la vie: un kilomètre après le col, un énorme bruit retentit et nous perdons brièvement le contrôle du véhicule avant de finir en travers de la route. Une roue s’est détachée. Si cela était arrivé dans le col, l’histoire aurait sans doute été différente. Grosse frayeur, quand on y repense.

Heureux hasard: nous tombons en panne à un kilomètre de Solitaire, un village aussi minuscule que célèbre. Un garage, une boutique, un café et une boulangerie, rien de plus. Pourtant, tout le monde s’y arrête pour une raison simple: le hameau se trouve au carrefour de deux axes majeurs traversant des déserts infinis, et abrite la seule station-service à des kilomètres à la ronde.

Nous reprenons nos esprits autour d’une part de tarte aux pommes de la mythique McGregors Bakery, avant de contacter la société de location pour la réparation de la Jeep. Pour nous remettre de nos émotions, nous décidons de réserver deux nuits au Dead Valley Lodge, à Sesriem.

Dunes aux étoiles

Lors d’un road trip en Namibie, il se passe toujours quelque chose. Les imprévus font partie intégrante du voyage. Quelques crevaisons. Un ou deux jours d’immobilisation, le temps qu’une pièce arrive. Mais disons qu’à Sossusvlei et Deadvlei, ce n’est pas une punition. Ce parc national est l’un des plus beaux du pays. La célèbre Dune 45, nommée d’après sa distance de… 45 km depuis l’entrée de Sesriem, nous semble trop fréquentée. Nous préférons éviter la foule.

Sur les conseils du guide, nous optons donc pour la Dune 40. Le réveil sonne à 4 heures. Puis c’est parti pour une petite heure de route, et une ascension ardue dans le sable lourd. Au sommet, un lever de soleil somptueux nous attend : le sable devient rouge sombre, l’effet est magistral. Des dunes comme un enfant les dessinerait, façonnées d’un sable fin sculpté en lignes élégantes.

Ce désert, le plus ancien du monde, est composé de dunes dites « étoilées », formées au fil des siècles par des vents venant de toutes les directions. En redescendant, le petit-déjeuner nous attend. En Namibie, le temps s’écoule autrement. La nature impose son rythme, et il n’y a rien de plus apaisant.

Nous poursuivons vers Deadvlei, garons le 4×4 et suivons les flèches vers les arbres fossilisés. Noirs comme du charbon, encore plus sombres par contraste avec la cuvette d’argile blanche et les teintes sablées des dunes environnantes. Cela pourrait être un brin lugubre, mais curieusement, ça ne l’est pas du tout. Ici, se trouvait autrefois une oasis alimentée par la rivière Tsauchab. Lorsque le climat a changé et que les dunes ont isolé la cuvette, tout s’est asséché.

‘On ne vient pas en Namibie pour le safari classique, mais pour ses paysages spectaculaires’

En arrière-plan, se dressent Big Daddy et Big Mama, des dunes impressionnantes de près de 300 mètres de haut. À midi, la lumière crue éclaire tout. Une vision étonnante, puisque la plupart des images « connues » de la Namibie sont prises à l’aube ou au crépuscule, quand les couleurs se réchauffent et que l’atmosphère s’adoucit.

Vu du ciel

Grâce à notre roue cassée, nous disposons de temps supplémentaire et réservons un vol au-dessus de Deadvlei et de la Skeleton Coast. À quatre dans un petit avion, le spectacle commence dès le décollage. Si les dunes étaient déjà imposantes à pied, vues d’en haut, on comprend leur immensité : elles s’étendent à perte de vue, certaines dessinant des motifs étranges.

Les dunes «polkadot», explique le pilote, présentent des cercles en raison des anneaux d’herbe de cinq à huit mètres de diamètre qui s’y forment. C’est du moins une hypothèse parmi d’autres : les scientifiques débattent encore de l’origine de ces motifs.

Autre moment mémorable, pour ne pas dire totalement saisissant: plus loin, les dunes se jettent dans la mer bleu azur de la Skeleton Coast, où les dauphins et les otaries nagent en jouant. Les pilotes descendent pour mieux observer. Les couleurs, les ondulations du sable et de l’eau, mais aussi le vide. Somptueux et impressionnant: il n’y a pas d’autres mots pour décrire cette expérience qui est un véritable privilège.

Au rythme du soleil

Une fois notre jeep récupérée, nous reprenons la route. Après une journée de pistes sablonneuses, de marche et de changements de pneus, on continue à savourer notre bonheur. Les jeeps sont parfaitement équipées: une kitchenette coulissante permet de préparer rapidement des pâtes avec un oignon et un peu de sauce tomate. Il y a une douche escamotable, mais aussi un système à suspendre à un arbre, qui permet au soleil de chauffer l’eau puis de se laver sous les branches.

Même si la bière n’est pas notre boisson favorite, celle que nous ouvrons en fin de journée, face à ce paysage grandiose, a un goût unique. Comme souvent, à ce moment-là, on se demande ce que la journée suivante peut bien nous réserver.

Mais on n’en sait rien, et c’est très bien comme ça. Alors on se contente de profiter du décor à couper le souffle et de partager ces instants précieux avec nos parents. Avantage collatéral de toutes nos crevaisons : nous sommes désormais capables de changer un pneu en vingt minutes.

‘Le temps s’écoule autrement. La nature impose son rythme, et il n’y a rien de plus apaisant’

Dans la vie de tous les jours, on est en quête incessante de jolies choses et de confort. Ici, au bout du monde, on se plaît à laisser tout cela derrière soi et à savourer les plaisir simples, comme le montage de sa tente. En l’occurence, des tentes de toit, qu’il s’agit surtout de déplier. Une révélation.

Chaque nuit, nous tombons comme des pierres en même temps que le soleil, après avoir dîné et admiré les étoiles. Puis nous nous réveillons à l’aube, quand le soleil choisit également de commencer sa journée. Paradoxalement, la nuit dans la savane n’est pas silencieuse, mais profondément apaisante.

Les rois du désert

Étape suivante: une colline sur laquelle dix tentes-suites forment un joli campement situé entre d’imposants rochers de granit semblables à d’énormes galets. L’intérieur des logements s’inspire du style britannique des années 1920, et toutes offrent une vue sublime sur le désert alentour.

La région du Hardap est difficile d’accès, et cela se ressent immédiatement: le silence règne, et l’isolement est total. Du glamping à l’état pur, entièrement alimenté à l’énergie solaire. Au lever du soleil, quelqu’un ouvre les parois de la tente, et une fois de plus, on s’éveille avec la lumière naissante. La journée commence par un bain avec vue, dans un calme absolu, seulement troublé par le murmure de l’eau. Nous avons beaucoup voyagé, mais rares sont les endroits au monde qui égalent cette magie. La journée se termine tout aussi bien, en regardant un film sous les étoiles, au bord de la piscine.

Sur le chemin du retour vers Windhoek, nos pensées se bousculent et dansent avec nos merveilleux souvenirs. Les conversations, la nature splendide, le rythme lent auquel on ne peut échapper, le petit-déjeuner sur la cuisine de camping : voilà ce qui restera à jamais gravé dans nos esprits. Preuve ultime de notre état de détente profond durant cette épopée : on aura même eu le temps de terminer un livre…

En pratique

Se loger En plus des campements, nous avons logé dans les établissements Zannier, qui possèdent un hôtel à Omaanda, non loin de Windhoek, proposant 15 huttes luxueuses avec vue. Son hôtel de Sonop, lui, se dresse sur une colline en plein désert, où l’on séjourne dans des tentes nichées entre les rochers. zannierhotels.com

Formalités Un passeport international est requis, ainsi qu’un e-visa à demander à l’avance depuis peu, pour environ 80 €.
Période idéale La Namibie se visite toute l’année. De janvier à juin, c’est la basse saison. De juillet à décembre, la haute saison. Chaque mois a ses atouts, mais avril et mai sont les plus prisés, notamment parce que le paysage est alors le plus verdoyant.

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