Le coiffeur Mika Bassanelli aime travailler du ciseau, les plantes vertes et Bruxelles. Il coiffe toutes les têtes – des VIP de la cérémonie des Magritte du Cinéma aux mannequins, en passant par vous et moi… Mika Bassanelli est un peu thérapeute. Il ouvre son nouveau salon de coiffure, La chaise, à Bruxelles, sa ville de cœur. Il a beau être né dans le Luberon, il lui préfère la capitale belge, « c’est un peu Marseille sans la mer, avec ce côté bordélique et en même temps chaleureux ».
Ma marque de fabrique ?
Je n’ai pas un ego démesuré, du coup, je ne sais trop… La rigueur et l’écoute, c’est du moins ce que mes clients me disent. Ce métier est étrange : on est dans une relation intime, puisqu’on touche les gens et, souvent, on ne les connaît pas encore que d’emblée, ils vous disent : « Je vous fais confiance. » C’est rare quand même de donner autant sa confiance à quelqu’un qu’on ne connaît pas et qui a votre image entre ses mains.
Je fais une petite fixation sur les chaises
En tout cas pour le moment, avec l’ouverture de mon salon, La chaise. Si je l’ai appelé comme ça, c’est parce qu’en visitant cet endroit que je voulais louer, il y avait une vieille chaise en bois qui traînait au milieu… Et puis surtout, je n’aime pas les fauteuils de coiffure, j’ai donc cherché une alternative. Je suis plutôt éclectique dans mes goûts mais j’adore particulièrement les chaises italiennes Arrben – je les trouve très élégantes et elles sont très confortables alors qu’elles semblent ne pas l’être.

Le plus dur dans l’amour, c’est…
… la vie à deux.
Le meilleur conseil que j’ai reçu
C’était à mes débuts, à l’Isle-sur-la-Sorgue. Ma première patronne m’a conseillé de toujours rester curieux. Et de ne jamais être satisfait, c’est-à-dire d’aller sans cesse chercher plus loin. Quand on pense qu’on sait tout, on ne sait plus rien en réalité. C’est intéressant de repousser ses limites ou juste de tenter de faire mieux. Cela vous oblige à rester éveillé.
S’il fallait sauver un objet d’un incendie…
En réalité, je n’ai pas grand-chose à sauver parce que je ne suis pas très matérialiste. Or, bizarrement, j’adore chiner et collectionner… Mais si je casse ou que je perds quelque chose, c’est tant pis, ce n’est franchement pas grave.
Mon œuvre d’art préférée
C’est celle de Billie Mertens que j’ai reçue en cadeau. Je ne connais pas personnellement cette artiste belge, mais elle était exposée chez ma copine Charlotte qui tenait la boutique La Meute. J’avais flashé sur son travail.

Le meilleur endroit pour avoir une bonne conversation ici
C’est sur la terrasse d’en haut l’été, à l’heure de l’apéritif, avec le coucher de soleil. On ne peut y être qu’à deux… Ça se prête parfaitement à une conversation intime faite d’honnêteté et d’écoute.
Une belle façon de dépenser 20 euros ?
Des fleurs, à offrir et à s’offrir. Je n’en ai pas de prédilection mais je vais les chercher à La rose noire, à Ixelles.
La dernière fois que j’ai pleuré…
… en lisant Ce que je sais de toi d’Éric Chacour. C’est un premier roman qui se passe en Égypte – cela faisait le lien avec l’un de mes voyages que j’ai adoré. La narration y est vraiment intéressante et je l’ai trouvé tellement émouvant. La littérature est la seule à avoir ce pouvoir-là de me faire pleurer.

‘La littérature est la seule à avoir ce pouvoir de me faire pleurer’
Mon petit plaisir coupable?
Scroller le matin en restant au lit. Instagram et un peu n’importe quoi, sur mon téléphone et longtemps.
J’adorerais collectionner…
…les œuvres de Daniel Dewar et Grégory Gicquel, qui travaillent à quatre mains depuis 1998. J’ai déjà une édition limitée faite pour Triangle Books : une reproduction de trois statues en béton posées au bord de l’eau à Saint-Nazaire mais en gigantesque. C’est un pied, un pull, un système digestif et cela me fait penser au labeur humain : on fabrique beaucoup trop de choses, ça passe par l’intestin et après, ça va à la poubelle… En tout cas, moi, je le vois comme ça.
Mon magasin préféré?
Songes parfumés, une boutique de haute parfumerie au Châtelain, tenue par un couple de connaisseurs. Je l’ai découverte grâce à l’Instagram de Piffevinaigre, qui parle de parfum comme si c’était de la poésie. La première fois, j’y suis resté des heures et j’ai dû essayer au moins 25 parfums. J’y ai trouvé le mien, Last season de Meo Fusciuni, une promenade dans un sous-bois de forêt italienne l’été, il y a un côté humus et cuivre. Je me souviens de ce que mon grand-père, qui portait Chanel n°5, me disait quand j’étais enfant : « Si tu sens bon, c’est le raffinement, même en tee-shirt et jean. »
J’ai récemment redécouvert…
… le chou de Bruxelles. J’avais ce vieux souvenir de dégoût. Et puis je suis allé manger la semaine dernière au Fiskebar à Anvers. En accompagnement, on m’a servi des choux de Bruxelles et c’était délicieux.

Mon restaurant préféré?
Le Longue vie à Ixelles. C’est classique mais pas dans l’assiette. On en a tous ras-le-bol des plats à partager sauf que là, ils sont généreux. Il ne faut pas pas réserver quatre semaines auparavant et le staff est très chouette. On s’y sent bien et puis ça ne coûte pas une fortune.
L’endroit qui compte beaucoup pour moi
C’est la région de mon enfance, le Luberon. Pour la douceur de vivre, le ciel bleu, les odeurs… Je viens d’un hameau qui s’appelle Petit Palais, il n’y a pas de palais mais c’est vrai, c’est petit : une rue, une boulangerie, un bar et une école avec des classes mélangées. On est entre Robion, Cavaillon et L’Isle-sur-la-Sorgue, vraiment au milieu des terres, entouré de vergers et de pommiers. J’y retourne régulièrement. Mais de là à y finir mes jours, je ne crois pas ou alors à mi-temps, parce qu’il me faut la ville – je suis devenu urbain, je pense même que je l’ai toujours été.
La chaise, 86, Rue Africaine, à 1060 Bruxelles. Instagram : salonlachaise
Mika Bassanelli
• Il a 43 ans.
• Coiffe dans son propre salon bruxellois La chaise.
• Travaille également pour des agences de mannequins, des shootings mode, des défilés et la cérémonie des Magritte du Cinéma.