Y repenser, c'est convoquer ces cambuses populo où l'on saigne les fûts pour remplir les verres de "vermut". Moules à la crudité béante, banderilles miniatures sur lesquelles s'empalent poivrons-cornichons-oignons, anchois terrés dans des olives... L'addition de ces portions païennes se rédige à la craie sur le comptoir. A dire vrai, on n'a pas rêvé une seule seconde pouvoir croiser un jour un peu de cette corrida gastronomique sous nos latitudes policées. Erreur.

Manolo Bocata, cantine où l'on peut à peine manger sur place, encorne sans façon le déjeuner dans un décor nu où les tapas du moment s'écrivent noir sur carrelages blancs. Cette arène de poche fait poser les genoux dans le sable en raison de ses bocadillos (8 euros), des sandwichs hésitant entre la foccacia et la pitta (un pain exemplaire signé par la boulangerie Lefranc à Bois-de-Villers), servis chauds et envoyés par une femme torero. Fourrés de joue de cochon mijotée avec du piment, de pluma cuit minute, de chair de chorizo, de crème de manchego, voire de sauce tomate, ces délices de rue assènent le coup de grâce.

Manolo Bocata, 14, rue du Bailly, à 5000 Namur. Tél.: 0477 90 61 01.