S'il fallait trouver l'endroit exact où tout a commencé, on pourrait situer cela sur ces coordonnées géographiques qui, traduites en lettres, disent " Rue de Bretagne, Paris ". Car c'est là, il y a quatre ans et demi, qu'Alexandra Senes tomba en arrêt devant une chemise ancienne, qui n'était que l'avant-garde d'un lot de 400 a...

S'il fallait trouver l'endroit exact où tout a commencé, on pourrait situer cela sur ces coordonnées géographiques qui, traduites en lettres, disent " Rue de Bretagne, Paris ". Car c'est là, il y a quatre ans et demi, qu'Alexandra Senes tomba en arrêt devant une chemise ancienne, qui n'était que l'avant-garde d'un lot de 400 autres du même acabit, l'uniforme d'antan des artisans en orfèvrerie. Comme elle en porte depuis toujours, de préférence en lin, en chanvre ou en ortie, parce que sa mère l'a initiée à la beauté des vêtements de travail, la journaliste française les prend de ce pas " comme une page blanche, une toile de peintre, un canevas " et les fait broder - dessus, quinze destinations qui sont pour elle " les nouveaux Aspen, Brooklyn ou Saint-Paul-de-Vence ", l'avenir lui donnera raison. Son vestiaire élégant vient de naître, elle l'a baptisé Kilomètre, elle en a confié la réalisation patiente et minutieuse à des brodeuses mexicaines, qui signent leur oeuvre-ouvrage. Elle a aussi pensé à faire tisser et broder d'autres chemises en Inde et confié des pièces uniques à d'étonnants voyageurs qui l'inspirent, d'Isabel Marant à Rabih Kayrouz, en passant par Keren Ann et Ora-ïto. Elle a aussi élargi son propos et son vestiaire slow made, imaginé que rien ne serait vendu sans un guide gracieux qui raconte le lieu et les gens et que 20 % des bénéfices seraient reversés à Zellidja, une association qui permet à des jeunes gens qui n'ont jamais voyagé de transcender les frontières. Du corps à l'âme, son unité de longueur a la délicatesse de ne pas seulement mesurer les distances terrestres.