Si Baudelaire avait peint le spleen, cela aurait sûrement ressemblé au ciel sale et humide de ce jeudi matin à Bois-de-Villers, dans la province namuroise. Le contraste est d'autant plus agréable en entrant dans l'ambiance chaleureuse de l'Atelier d'Arnauld Delheille. Dans son pop-up store, le regard est choyé par les lumières dorées, les bouquets de fleurs et la couleur réconfortante des murs en argile. Derrière le comptoir, le petit prodige de la fleuristerie belge nous accueille, sourire gêné. Après un premier contact visuel, ses yeux s'arrêtent directement sur l'appareil photo qui nous accompagne. " Pour le portrait par contre, j'ai été abîmé hier... Je me suis pris une écharde dans l'oeil en démontant une installation ", rigole-t-il, fébrilement. En regardant de plus près, c'est vrai que l'oculaire gauche est amoché mais on le suspecte plutôt de vouloir se défiler à l'exercice. ...

Si Baudelaire avait peint le spleen, cela aurait sûrement ressemblé au ciel sale et humide de ce jeudi matin à Bois-de-Villers, dans la province namuroise. Le contraste est d'autant plus agréable en entrant dans l'ambiance chaleureuse de l'Atelier d'Arnauld Delheille. Dans son pop-up store, le regard est choyé par les lumières dorées, les bouquets de fleurs et la couleur réconfortante des murs en argile. Derrière le comptoir, le petit prodige de la fleuristerie belge nous accueille, sourire gêné. Après un premier contact visuel, ses yeux s'arrêtent directement sur l'appareil photo qui nous accompagne. " Pour le portrait par contre, j'ai été abîmé hier... Je me suis pris une écharde dans l'oeil en démontant une installation ", rigole-t-il, fébrilement. En regardant de plus près, c'est vrai que l'oculaire gauche est amoché mais on le suspecte plutôt de vouloir se défiler à l'exercice. Intuition confirmée quelques minutes plus tard devant l'objectif. " C'est affreux, je n'aime pas du tout prendre la pose. " Etonnant pour quelqu'un qui a réussi à attirer 15 000 abonnés sur sa page Facebook en un an seulement, des confrères plus connus en ont moins. Il le dit souvent, le réseau social l'a beaucoup aidé à se faire connaître et à décrocher des contrats. Car ne vous y trompez pas, derrière les apparences modestes de sa boutique éphémère, ce Spadois de naissance a déjà un long C.V. A 18 ans, après son apprentissage au Château Massart, un centre de formation professionnel à Liège, il tente sa chance chez Ortos, un grand fleuriste de la Cité ardente. " Je voulais absolument y travailler, mais les ouvriers sur place m'ont refusé à trois reprises, c'est finalement le patron qui m'a accepté. " Il se perfectionne sept ans dans cette ville, dont il garde aujourd'hui l'accent. Boulimique de travail, il multiplie les concours, gère ses réseaux sociaux d'une main de maître, organise des workshops, est demandé sur des projets en France, en Flandre, en Wallonie, collabore avec des grossistes et sort un livre. Mais bizarrement, ce qui lui vaut le plus de jalousie, c'est d'être l'un des rares ambassadeurs de la marque Oasis, pas la boisson mais la mousse verte qui sert aux créations florales. " Ça fait peur parfois, parce que j'ai l'impression d'avoir déjà touché à tout ; alors qu'est-ce que je vais pouvoir faire après... de drôle ? " Avide de nouveautés, l'homme n'apprécie pas de faire du surplace. Pourtant, sur son avenir, il reste discret. " Je préfère ne pas trop en parler, sinon les gens posent des questions. " Et il y a une chose qu'il déteste, c'est de décevoir les attentes.Si vous ne l'aviez pas encore remarqué, Arnauld est un curieux mélange d'assurance et de vulnérabilité. " Je suis hyperstressé lors des événements. Moniek Vanden Berghe m'a beaucoup touché d'ailleurs, parce qu'elle disait qu'elle vivait la même chose. J'étais rassuré, je me suis dit que je n'étais pas le seul à vivre ces angoisses. " Moniek Vanden Berghe ? Devant notre regard interrogatif, il nous renseigne. " C'est une grande fleuriste flamande, quelqu'un que j'admire beaucoup et qui a écrit la préface de mon livre. " En parlant bouquin, il a pensé le sien pendant un an, mais l'a réalisé en seulement trois jours, le temps de préparer les compositions et de les immortaliser sur papier glacé. Le tout s'accompagne d'instructions pour qui veut répéter chez soi. " On a voulu faire des choses simples. Ce n'est pas du tout un livre prétentieux, je veux partager un savoir-faire avec les gens qui me suivent. Je ne l'ai pas fait pour des professionnels, ils sont déjà bien formés, on va dire... ", s'amuse-t-il. Il envisage peut-être une deuxième expérience, " mais alors je le ferai avec ma jumelle ". Car oui, chez les Delheille, les pétales, c'est génétique. La vocation s'est d'abord réveillée chez lui, mais la soeur n'a pas tardé à suivre ses pas. Un amour transmis aux enfants par la mère, grande amatrice de bouquets, qui les prenait souvent avec elle pour en acheter.