Pour comprendre la personnalité de Constantin Poulgouras, il faut décoder l'ADN de son père, un Athénien, de la race des serial-entrepreneurs. Parti de Grèce pour échapper à la misère, il se reconstruit une situation au Congo. L'homme ne manque pas d'audace. Outre des activités plus classiques d'import-export, il signe un contrat avec Pingouin et devient, là-bas, le distributeur exclusif de pelotes de laine. " Il a créé un marché à lui tout seul, les 30 °C qui régnaient en permanence ne l'ont pas empêché de lancer la mode des pulls à tricoter. " Les affaires prospèrent mais la " zaïrisation " voulue par Mobutu est en marche. " Un matin neigeux, on a été largués sur le tarmac de Zaventem par un avion militaire. Mon père avait tout perdu. Une fois de plus. "
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Pour comprendre la personnalité de Constantin Poulgouras, il faut décoder l'ADN de son père, un Athénien, de la race des serial-entrepreneurs. Parti de Grèce pour échapper à la misère, il se reconstruit une situation au Congo. L'homme ne manque pas d'audace. Outre des activités plus classiques d'import-export, il signe un contrat avec Pingouin et devient, là-bas, le distributeur exclusif de pelotes de laine. " Il a créé un marché à lui tout seul, les 30 °C qui régnaient en permanence ne l'ont pas empêché de lancer la mode des pulls à tricoter. " Les affaires prospèrent mais la " zaïrisation " voulue par Mobutu est en marche. " Un matin neigeux, on a été largués sur le tarmac de Zaventem par un avion militaire. Mon père avait tout perdu. Une fois de plus. "À Bruxelles, au début des années 70, le paternel pointe les limites de la ville en matière d'hébergement. Avec ses maigres moyens, il achète deux bâtiments sur la chaussée de Charleroi, le futur hôtel Manos Premier. " Au départ, l'activité ressemblait plus à une maison d'hôtes qu'à un véritable hôtel. Sa facilité pour les langues et son sens de l'accueil ont fait le reste. "En 1984, après avoir raté sa deuxième année à l'école de commerce Solvay et fait le tour du monde, Constantin Poulgouras décide d'emboîter le pas du patriarche. Jeune et plein d'ambition, il désire développer l'affaire. Sans brûler les étapes. Il veut se maintenir dans le créneau d'un " family owned hotel ", une étiquette qui s'en prend à l'impersonnalité et à la froideur de certains grands groupes hôteliers. D'abord, Constantin achète un second établissement, le Manos Stéphanie. " J'y ai tout fait : la réception, porter les valises et même nettoyer. " Une fois l'hôtel sur les rails, il entreprend de donner plus d'envergure au Manos Premier. De deux bâtiments, il passe à quatre. En pleine mouvance lounge, il signe avant, et mieux que les autres, un bar et un restaurant d'atmosphère. L'adresse devient la coqueluche des Parisiens. Nicola Sirkis du groupe Indochine - un autre Grec - compte parmi les fidèles. Boosté, Poulgouras fils en veut plus. Il repère alors un immeuble des années 20 à l'abandon, du côté de la gare du Midi. Si le quartier n'a rien de glamour, il fait pourtant le pari d'y loger un hôtel design - " Ça n'existait pas à Bruxelles en 2003 " - mais " avec le plaisir de se passer de la signature d'un designer célèbre ". L'idée de départ vient d'un voyage en Afrique du Sud où le noir et le blanc se sont imposés comme les couleurs du lieu. La belle décoration, qui flirte avec les seventies, est conçue par Poulgouras et son épouse. Ensemble, ils engloutissent les kilomètres pour dénicher - " surtout en Italie " - un mobilier stylé. Le résultat, " à la fois contemporain, très belge et intemporel ", est à la hauteur des espérances. Très vite, le succès du be Manos est au rendez-vous. Beaucoup de Français s'y pressent, comme Pascal Obispo qui ne descend jamais ailleurs. Aujourd'hui, l'hôtelier voit déjà plus loin et planche sur un projet de niche implanté en périphérie bruxelloise. S'il passe la majeure partie de son temps à Bruxelles, Constantin Poulgouras n'en a pas moins un attachement très fort à la Grèce. " C'est ce qu'il y a de plus beau en Europe en matière de mer et de plage. " Il y passe toutes ses vacances en famille, avec ses deux enfants à qui il apprend la langue. " Je tiens à leur faire passer mes racines, c'est quelque chose qui est inscrit en moi. J'ai été élevé par mes grand-mères qui m'ont nourri à la Grèce dès mon plus jeune âge. " Pour entretenir le goût de ce pays " où celui qui parle le plus fort a raison " et " où on ne connaît pas trop la crise cardiaque ", cet entrepreneur au nez fin s'est créé un réseau hellénique. " Mon avocat, mon couvreur, mon prof de tennis, tous sont grecs. J'ai aussi mes adresses pour acheter des pistaches par sacs entiers, du vin blanc grecà autant de madeleines gorgées de soleil pour moi. "Carnet d'adresses en page 40.Michel verlinden Le plaisir de pouvoir se passer de la signature d'un designer célèbreà