L'écriture est-il une joie ou une douleur pour vous ?

Tout ce qui a trait à la création est lié à la joie, que je préfère au mot jeu, mais ce n'est pas forcément joyeux.
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Tout ce qui a trait à la création est lié à la joie, que je préfère au mot jeu, mais ce n'est pas forcément joyeux. Ça me semble une bonne politique. On n'est pas maître des choses, mais du sens qu'on leur donne. C'est mon secret d'éternel optimiste. Devenir Empereur à Bruxelles (rires) ! Mon père m'a rétorqué : " Oui, mais quand ? " Rien ne semblait dès lors impossible. Continuer à écrire sans mener une vie publique. Tous ces ballets d'ego sont absurdes. Quand j'écris, je suis dans le sens des choses. Un sens de l'illimité. L'amour n'est pas aimé. Les romanciers parlent de la déchirure avec un cynisme nauséeux. Le bonheur n'a pas bonne presse, alors que nous y aspirons. Si on rate l'amour, que reste-t-il ? Rien ne me plaît plus que la gourmandise et l'enthousiasme au féminin. Toutes les actrices ont cela en elles : Ma sorcière bien aimée, Brigitte Bardot et Liza Minnelli. Investir une quantité de temps exorbitante, alors que les hommes désarment vite lorsqu'ils sont éconduits. Mon éditeur, Jean-Paul Enthoven, y met tout son génie, mais je dirais mon papa. Je le voyais si follement séduisant, que c'était irrattrapable ! La baignoire et toutes les pièces de la maison, quand les enfants ne sont pas là (rires). Le fait d'abdiquer ; l'usure de soi. Il faut beaucoup de courage pour rester une personne vivante. Quand on cesse de naître, on cesse d'inventer son être. J'ai du mal à accepter les compliments car je me sens toujours insuffisant. D'avoir raté mon premier mariage. D'avoir reconnu, en ma deuxième femme, celle dont je rêvais petit et que je craignais de ne jamais rencontrer. Une politesse minimale. Avec ma femme et quand j'écris. Je me sens moins vulnérable car je suis dans la vérité. La fragilité vient de nos faux-semblants. L'amour des livres. J'ai monté l'association Lire et faire lire qui fête ses dix ans. Désormais, 12 000 retraités volontaires s'occupent de 250 000 enfants. Je rêve d'un pays de lecteurs. Quinze ans après, par Alexandre Jardin, Grasset, 354 pages. PAR KERENN ELKAIM Si on rate l'amour, que reste-t-il ?