Los Angeles, on ne peut pas dire qu'il s'en soit jamais fait un film. Son rêve américain, c'est à New York que Peter Philips l'a vécu - " been there, done that " comme on dit là-bas -, pendant onze ans, avant de se poser à Paris, dans le quartier du Marais. Se poser, façon de parler : volant sans cesse d'un avion à l'autre, le directeur de la création et du maquillage Dior mène une vie de courant d'air. " J'ai cessé de compter mes miles, sourit-il. Avec eux, je pourrais faire plusieurs fois le tour du monde, si je le voulais. " Depuis peu, les allers-retours Paris-L.A. se sont multipliés, preuve que la place de la mégalopole sur le planisphère fashion a changé. L'effet tapis rouge sans doute, cette autre manière de montrer la mode qui, clics et likes à la clé, vaut toutes les couvertures de Vogue. Ce n'est pourtant pas en coulisses des grandes premières ou des Oscars que le Belge pratique son art - pas que ça ne lui dirait pas, c'est le temps qui manque plutôt. Il y a quelques semaines d'ailleurs, c'est bien d'acteurs et d'actrices qu'il était question, un portfolio pour l'édition annuelle spéciale Performances de W Magazine. avec des stars à toutes les pages, vingt-neuf en tout, sublimées par les soins de son tour de main et de son kit Dior.
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Los Angeles, on ne peut pas dire qu'il s'en soit jamais fait un film. Son rêve américain, c'est à New York que Peter Philips l'a vécu - " been there, done that " comme on dit là-bas -, pendant onze ans, avant de se poser à Paris, dans le quartier du Marais. Se poser, façon de parler : volant sans cesse d'un avion à l'autre, le directeur de la création et du maquillage Dior mène une vie de courant d'air. " J'ai cessé de compter mes miles, sourit-il. Avec eux, je pourrais faire plusieurs fois le tour du monde, si je le voulais. " Depuis peu, les allers-retours Paris-L.A. se sont multipliés, preuve que la place de la mégalopole sur le planisphère fashion a changé. L'effet tapis rouge sans doute, cette autre manière de montrer la mode qui, clics et likes à la clé, vaut toutes les couvertures de Vogue. Ce n'est pourtant pas en coulisses des grandes premières ou des Oscars que le Belge pratique son art - pas que ça ne lui dirait pas, c'est le temps qui manque plutôt. Il y a quelques semaines d'ailleurs, c'est bien d'acteurs et d'actrices qu'il était question, un portfolio pour l'édition annuelle spéciale Performances de W Magazine. avec des stars à toutes les pages, vingt-neuf en tout, sublimées par les soins de son tour de main et de son kit Dior. Si cette ville foutraque qu'il faut apprendre à aimer se laisse, au fil de ses voyages, enfin apprivoiser, Jennifer Lawrence y est sûrement pour quelque chose. Parce que dans ce métier, il faut toujours avoir un coup d'avance, il travaillait déjà sur un projet de " laque en stick ", objet de maquillage hybride comme il aime les inventer, lorsqu'il a rencontré la jeune femme, fraîchement appointée comme égérie de la maison, sur le shooting de leur première collab'. " La lumière ici est tout simplement sublime, les couleurs aussi sont si particulières ", souligne-t-il. Des pastels délavés des couchers de soleil sur la plage de Santa Monica aux néons flamboyants des diners, ces cafétérias semblant restées dans les sixties, toute la palette de Los Angeles se retrouve dans les quatre familles du nouveau Lacquer Stick Dior Addict. " Les noms aussi me sont venus en référence à ce que j'avais vécu là-bas, poursuit le directeur de la création et de l'image du maquillage de la maison parisienne. Très vite, il était clair pour moi que la muse de cette collection serait une L.A. girl, tour à tour bohemian chic et glamour selon les circonstances. Quel que soit son look, le make-up pour elle est comme une seconde nature. Une sorte de marqueur féministe, libératoire. " Une vision parfaitement en phase avec celle de Maria Grazia Chiuri, qui dirige la mode de la maison parisienne aujourd'hui. Rien d'étonnant finalement à ce que pour son premier défilé Croisière, l'Italienne ait choisi de mettre le cap sur Los Angeles, le 11 mai dernier (lire par ailleurs). En backstage, Peter Philips était bien sûr de la partie. Pouvait-il rêver plus beau décor pour fêter son anniversaire que l'autre ville qui ne dort jamais..." J'adore travailler à Los Angeles car ici les choses les plus folles sont possibles pour un maquilleur. Mais je ne pense pas que j'aimerais y vivre pour autant. Car on ne peut rien y faire à pied ! Pour quelqu'un qui, comme moi, est originaire d'Anvers, qui a vécu onze ans à New York et maintenant à Paris, c'est quasiment impensable. Du coup, comme je viens toujours pour le boulot, je me fais conduire et j'ai énormément de mal à m'y retrouver. Surtout que c'est une ville qui garde bien ses secrets. Et qui ne paye pas de mine. C'est très difficile de deviner ce qui se cache derrière les façades. Quand vous roulez la nuit sur Sunset ou sur La Cienega, les lumières camouflent beaucoup de choses, ça fait illusion, un peu comme à Las Vegas. Mais pendant la journée, ça peut avoir l'air un peu cheap, tous ces immeubles en préfabriqué alors que parfois c'est un spa de luxe qui s'abrite derrière la porte ou une boutique ultrapointue qui ne vend que des marques japonaises. C'est une ville qui demande du temps, il faut apprendre à la connaître pour l'apprécier. Lors de mon prochain voyage là-bas, c'est décidé, je vais me donner une semaine pour la visiter. " " C'est la première chose que je vois lorsque j'atterris à l'aéroport de Los Angeles. C'est un bâtiment incroyable en forme de soucoupe volante (NDLR : ouvert en 1961, il abritait un restaurant jusqu'en 2013. C'était le rendez-vous des familles qui venaient là pour manger en regardant s'envoler les avions. Comme il se trouve avant la zone de sécurité, la clientèle l'a peu a peu déserté. Mais l'observatoire est toujours accessible au public le week-end). J'adore son architecture futuriste. C'est devenu comme une sorte de rendez-vous, un point de repère. Je passe une grande partie de ma vie dans l'avion, je connais presque toutes les hôtesses d'Air France. Je pourrais quasiment laisser une valise en permanence dans les coffres à bagages et me faire broder une couette à mon nom ! Heureusement pour moi, j'aime ce moyen de transport. C'est le seul moment où je peux véritablement regarder des films sans que l'on me dérange. Je viens enfin de voir Jackie avec Natalie Portman. Quand je suis en route pour Los Angeles, j'essaie de visionner des longs-métrages qui parlent de l'âge d'or des grands studios. Mes derniers coups de coeur ? Café Society de Woody Allen. Et Dalton Trumbo de Jay Roach, qui retrace la vie d'un scénariste blacklisté parce qu'on le croyait communiste. Fantastique ! " " C'est une petite boutique boudoir sublime, une niche de luxe où l'on trouve tout ce qui touche au maquillage. Le concept est génial : les propriétaires demandent aux make-up artists le top 5 de leurs produits préférés, les choses qu'ils utilisent vraiment en backstage ou sur les shootings. Il y a bien sûr des marques pro mais pas que : on peut y trouver des palettes de luxe et des crèmes qui sont vendues en pharmacie. Ce qui est intéressant justement, c'est que tout est regroupé. La dernière fois que j'y suis allé, j'étais fier de voir qu'il y avait des produits Dior, certains d'ailleurs qui se retrouvent aussi dans mon kit perso. "" C'est le bâtiment Art déco où travaillait Max Factor, l'inventeur du maquillage moderne ! Il abrite maintenant le Hollywood Museum. Toute une partie est d'ailleurs consacrée au travail de celui qui a vraiment été le premier make-up artist des stars. C'est délicieusement kitsch, on a l'impression d'être dans un vieux grenier. Ça sent la poudre de riz, la poussière. J'y suis resté trois heures ! C'est rempli d'accessoires, de costumes, de photos d'acteurs et d'actrices. Au rez-de-chaussée, les pièces sont agencées selon la couleur de cheveux des filles. On y apprend comment Marilyn Monroe est devenue blonde et Lucille Ball rousse, avec bien sûr pour chacune le type de maquillage adapté. "" Ils font partie du paysage de Los Angeles, un peu comme les puits de pétrole que l'on voit le long de la route qui relie la ville à l'aéroport. Il arrive que l'on tourne certaines campagnes de pub dans ces énormes hangars jaunes de la MGM ou de la Warner dans lesquels des décors entiers sont encore construits à l'ancienne. C'est extraordinaire d'arriver là le matin et de déambuler dans les backlots, c'est exactement comme ce que l'on voit dans les films, avec les petits voitures de golf tout autour. " " L'un de mes souvenirs les plus forts à Los Angeles, c'était pour un éditorial mode pour AnOther Magazine. A peine arrivé, je me suis retrouvé assis sur l'un des O du Hollywood Sign en train de faire une retouche sur la joue de Kate Moss. C'est Craig McDean qui prenait les photos. Avant de débarquer là, nous avions dû dégringoler de la colline avec tout notre matos. C'était une sacrée aventure car en prime, la styliste était enceinte. Je ne me rendais pas bien compte de ce qui m'arrivait, la faute au jetlag sans doute. A un moment quand même, je me suis dit : "C'est sympa la vue qu'on a d'ici." C'était tout simplement unique en fait. Je dirais même hallucinant quand j'y pense aujourd'hui. " " Au fil du temps, c'est un peu devenu mon camp de base, même s'il m'arrive aussi de séjourner dans la Sunset Tower ou le Shutters on the Beach, à Santa Monica, quand les shootings se passent sur la plage. Ce qui me plaît vraiment au Château Marmont, c'est qu'il est resté dans son jus. La déco est carrément kitsch : quand on rentre dans sa chambre, on a l'impression de se retrouver dans un épisode d'I Love Lucy. La plupart du temps, je suis logé dans un petit appartement avec un grand frigo et une moquette pas du tout adaptée au climat californien ! C'est comme une plongée dans les fifties, les années de gloire du cinéma et de la télé, celles où l'on croyait encore au rêve américain. Je n'oublierai jamais l'un de mes shootings les plus épiques : c'était avec Tom Ford pour W Magazine, une série de photos de Steven Klein assez audacieuses qui le mettait en scène avec des poupées érotiques. On aurait dit des Barbie grandeur nature, en latex. Elles pesaient 60 kilos et avaient vraiment des têtes de putes ! On pouvait enlever le visage avec un Velcro pour changer la couleur des yeux. Quand je suis arrivé dans la chambre, j'ai trouvé sur le bureau une boîte remplie d'yeux et une autre avec les "peaux" des visages ! On se serait cru dans un remake de Hannibal Lecter ! J'ai ouvert la porte du placard et là, je suis tombé sur l'une des poupées sans visage posée dans une chaise roulante car c'était le seul moyen de la déplacer ! Mon job, c'était de "remaquiller" ces "filles" pour les rendre plus mode. J'ai passé une journée à chercher un produit capable de faire disparaître ce maquillage outrancier sans attaquer le latex. Dans la chambre à côté, Julien d'Ys, le coiffeur, se débattait avec les perruques. Loger au Marmont, c'est un peu faire partie de l'histoire de ce lieu où il se passe sans cesse des choses incroyables. " " C'est là que le tout-Hollywood est enterré, dans le plus ancien cimetière de Los Angeles. On peut y voir les tombes de Rudolph Valentino, Cecil B. DeMille ou Peter Lorre. Certaines sont d'ailleurs plutôt spectaculaires, de vrais mausolées. Ce n'est pas étonnant qu'il ait servi de décor à certains films. On y organise aussi des projections l'été. " " Il y a quelque chose de vraiment paisible dans ce lieu, ce qui le rend très agréable à visiter. Il est très américain dans le bon sens du terme car c'est un musée d'art contemporain qui n'est pas du tout intimidant. Sans doute parce que l'on passe sans cesse de l'intérieur à l'extérieur, c'est un peu comme une promenade. Les expositions temporaires valent souvent la peine mais les collections permanentes aussi sont agencées de manière à donner envie. J'aime beaucoup l'installation monumentale Urban Light de Chris Burden, qui se trouve en plein milieu de la cour extérieure, plus de 200 lampes anciennes des années 20 et 30 qui ont, pour la plupart, éclairé un jour les rues de Californie. " par Isabelle Willot