C'est toujours simple avant de devenir compliqué. Nous avons du mal à l'admettre. Parce que cela pourrait changer nos vies. Nous préférons crier au génie que travailler en silence. Les éclairs magiques nous fascinent, alors que la marche incomprise des électrons nous rebute. C'est bien connu : Mozart entendait l'entièreté...

C'est toujours simple avant de devenir compliqué. Nous avons du mal à l'admettre. Parce que cela pourrait changer nos vies. Nous préférons crier au génie que travailler en silence. Les éclairs magiques nous fascinent, alors que la marche incomprise des électrons nous rebute. C'est bien connu : Mozart entendait l'entièreté de ses oeuvres dans sa tête. Un ou deux coups de plume sur la partition faisaient le reste. Nous adorons les mythes car ils guident nos pas. Et Dieu créa le monde en une semaine. Bien sûr. L'étonnant album Patterns of Consciousness de l'Italienne Caterina Barbieri se plaît à nous rappeler le contraire. Tout démarre d'une ligne simple et pure, quoique légèrement balbutiante, presque trébuchante. Et cette ligne se répète, d'abord à l'identique, ensuite en se divisant, se ramifiant par touches discrètes. Au plus les mesures (le Temps) avancent, au plus la ligne devient complexe, se parant d'échos qui rebondissent. Puis, elle devient figure, la figure devient corps, le corps devient paysage, le paysage devient monde et le monde devient univers. C'est lumineux. Et Caterina va plus loin en dévoilant la part d'ombre qui habite ses pièces, en les déconstruisant, en les ralentissant. Chacune possède ici son double trouble, tourmenté, méandreux. Non seulement cette demoiselle nous rappelle l'ordre des choses, mais en plus, elle explore la dualité qui habite chaque chose dont notre monde, vous et moi, est fait. Et cela avec la grâce et la sophistication dont l'Italie semble avoir le secret. A l'écoute, cela paraît si simple. En fait, c'est compliqué avant de devenir simple. Jérôme Mardaga