" Femelles hystéries ! ", s'écrie un inconnu, sur Facebook, en réaction à la proposition d'une politicienne. Peu importe la suggestion, quand bien même elle se serait promenée seins nus et aurait arrosé de son sang menstruel le tapis de fleurs de la Grand-Place de Bruxelles, l'exclamation ne repose sur rien. Laissez-moi vous emmener dans le monde magique de l'hystérie. Les vieux Grecs en toges en étaient sûrs : c'était la fa...

" Femelles hystéries ! ", s'écrie un inconnu, sur Facebook, en réaction à la proposition d'une politicienne. Peu importe la suggestion, quand bien même elle se serait promenée seins nus et aurait arrosé de son sang menstruel le tapis de fleurs de la Grand-Place de Bruxelles, l'exclamation ne repose sur rien. Laissez-moi vous emmener dans le monde magique de l'hystérie. Les vieux Grecs en toges en étaient sûrs : c'était la faute à ce satané utérus qui ne faisait rien qu'à se balader dans tout le corps (c'est bien sûr ! ) Au Moyen Age, on brûlait ces femmes. Radical. Et puis à la fin du xixe siècle, Jean-Martin Charcot, neurologue français, veut soigner la maladie, mais aussi en capturer les symptômes. Il va photographier ses patientes, principalement Augustine. La photo, à l'époque, c'était autre chose qu'aujourd'hui. Entre la mise en place du bazar et le temps d'obturation, il fallait qu'elle pose longuement pour que les clichés puissent se faire. Rien à voir, donc, avec la capture d'un moment de crise, c'était totalement mis en scène. Et ces images de crises " jouées " ont fait le tour de la presse et marqué les esprits. Encore aujourd'hui, elles inspirent les artistes. Les divas italiennes des années 20 s'exerçaient à reproduire les mimiques d'Augustine et rares sont les films d'horreur dont les héroïnes hurlantes ne rappellent pas le travail de Charcot. Faut avouer, c'est graphique, l'hystérie. Le souci, c'est qu'elle n'existe pas. Elle a été retirée il y a bien longtemps de la liste " officielle " des maladies mentales. Les symptômes sont réels, certes. Pour faire court, on pourrait parler d'accès d'angoisse. Un truc qui n'est pas spécifiquement féminin, on trouve des hommes " hystériques " plein les hôpitaux militaires après la Première Guerre mondiale. Mais pendant des siècles, la manière dont les femmes ont été exploitées, enfermées, empêchées de vivre a forcément eu des conséquences sur leur santé mentale. Et puis surtout, imaginer une maladie de l'utérus, c'est vachement pratique pour discréditer une femme et la faire passer pour folle quand on n'est pas d'accord avec ce qu'elle dit, par exemple.