" La femme découvre qu'en 2019, une fois 50 ans passés, elle a moins la cote qu'une fille de 25 ans (...) Langue de bois quand tu nous tenais ", tweete, très sûr de lui, un type dont la mère ne doit pas dépasser la cinquantaine et dont on comprend aisément qu'il se plaise à jouer au docteur avec des gamines de sa classe. Ce début d'année, sur les réseaux sociaux, aura encore été riche en n'importe quoi. Je vous résume : un écrivaillon frança...

" La femme découvre qu'en 2019, une fois 50 ans passés, elle a moins la cote qu'une fille de 25 ans (...) Langue de bois quand tu nous tenais ", tweete, très sûr de lui, un type dont la mère ne doit pas dépasser la cinquantaine et dont on comprend aisément qu'il se plaise à jouer au docteur avec des gamines de sa classe. Ce début d'année, sur les réseaux sociaux, aura encore été riche en n'importe quoi. Je vous résume : un écrivaillon français raconte, dans une interview, qu'il les préfère toutes jeunes parce que le corps d'une quinqua " n'est pas extraordinaire ". Il ne pourrait, dit-il, les aimer à cet âge. Tout ce que Twitter et Facebook comptent comme masculinités bancales nous a alors expliqué qu'il a le droit d'aimer ce qu'il veut, qu'il ne fait que dire la vérité et qu'il faut lutter contre le retour du puritanisme des hypocrites gaucho-féministes. Blablabla. Alors, qu'un gars un peu blet penche pour les corps jeunes et élastiques, c'est bien son problème. Mais quand il le déclare publiquement, il en fait le nôtre. Nous ne sommes pas des yaourts. C'est insultant de parler de notre date de péremption. Ça ne nous a pas échappé, nous vivons dans une société qui a déclaré que les hommes bonifient avec le temps et que les femmes se fanent. Ce postulat de base, outre le fait qu'il est complètement ridicule, engendre chez nous douleur et complexes qui servent de moteur à un marché de plusieurs milliards d'euros. Il faut se maintenir, ne pas se laisser aller, lutter contre le relâchement cutané, masquer ses cheveux gris, contenir ses capitons. On se ruine en produits, en soins, en opérations. On dépense une énergie dingue à ne pas s'aimer, enfermées dans des enveloppes corporelles dont on nous fait comprendre qu'elles sont inesthétiques. Sérieusement, a-t-on déjà vu une chenille s'endetter pour ne pas devenir un papillon ? Un lapereau s'infliger des régimes absurdes pour ne pas devenir lapin ? Un lionceau se faire tirer la peau des babines pour éviter la fameuse ride du lion ? Lâchez-nous les ovaires, laissez-nous vivre, grandir, vieillir. Nous ne sommes pas des yaourts (dont tout le monde sait, de toute façon, qu'ils restent délicieux des semaines après la date limite de consommation).