" Ras le bol de " racisée " ", ronchonne une internaute. " Je ne comprends pas pourquoi elle se présente comme ça, ce mot me dérange ", renchérit une autre. Qui a donc osé se définir ainsi ? Rajae Maouane, nouvelle coprésidente du parti Ecolo, " Femme de 30 ans, féministe et racisée ", dit-elle d'elle-même. La première fois que j'ai entendu ce terme, il m'a un peu fait saigner les oreilles. On a bien appris que les races n'existent pas, alors pourquoi se coller un stigmate sur la tronche, me demandais-je, du haut de ma blancheur immaculée. Si la biologie invalide totalement la théorie des races, qui a servi à plus ou moins tout ce qu'il y a de plus vomitif sur cette terre (de l'esclavage au nazisme en passant par l'apartheid), il reste que le fait d'être racisé.e a des implications bien concrètes dans la vraie vie. Les chiffres de la discrimination à l'embauche et au logement, pour ne citer que ceux-là, le montrent très clairement : l'origine ethnique est le premier facteur de discrimination en Belgique. Alors ok, biologiquement, les races n'existent pas. Mais concrètement, beaucoup de gens continuent à faire comme si. La science dit " non ", la société dit " oui enfin bon, quand même un peu hein ! " Je trouve ça bizarre que ces discriminations existent à grand échelle, mais qu'en même temps on s'offusque que les personnes qui en sont victimes mettent un mot dessus, qu'elles nomment le facteur qui statistiquement leur offre des chances moindres dans la vie. Le terme est réducteur, parait-il, il nierait les individualités. Peut-être, mais le racisme aussi, non ? Si je suis discriminée parce que je suis noire et qu'en même temps on me refuse le droit de me définir comme telle, on se fout un peu de ma poire, vous ne trouvez pas ? Et comment espérer changer les choses si on ne les nomme pas ? Notez qu'il y a bien une manière de faire disparaitre un mot qui heurte, c'est s'assurer qu'il ne définisse aucune réalité. Et je ne voudrais pas être pessimiste mais ça me semble un peu tendu du slip dans le climat actuel.