" Ça profite d'une promotion canapé, puis des années après ça vient crier au viol pour avoir des sous ! " commente une dame en dessous d'un article qui relaie les accusations d'une actrice contre un réalisateur. J'imagine que Micheline était dans la pièce quand ça s'est passé, elle a l'air bien informée. D'autres personnes se défoulent sur le physique et la filmographie de la victime. " Tout ça pour qu'on parle d'elle. " J'espère qu'elle ne lit pas les commentaires, c'est ignoble. C'est chaque fois pareil quand une femme prend son courage à deux mains et déclare publiquement avoir été violée. Quand des hommes ont révélé, des décennies après les faits, les viols et attouchements commis par des prêtres, est-ce qu'on a parlé de " promotion canapé ", de " jalousie ", de " soif de gloire " ? On peut retourner le problème dans tous les sens, quand il s'agit de la gent féminine, tous les voyants sont au rouge. Et partout dans le monde. On est moins payées, plus violées, plus battues, mutilées sexuellement, harcelées, vendues, mariées de force. Et moins écoutées. Que ce soit dans les protocoles de détection de l'autisme, créés sur la base des symptômes des garçons, ou le traitement de l'AVC, plus fréquent chez les femmes qui sont pourtant peu représentées dans les essais cliniques, ce monde est encore fait par et pour ces messieurs. J'ai adoré avoir l'opportunité d'être fâchée ici, dans ces pages. Le magazine évolue, la formule change, j'irai me fâcher ailleurs. Et j'aurai toujours de quoi. En 2018, le Forum économique mondial avait fait les calculs : pour atteindre l'égalité mondiale entre les sexes, il faudrait attendre 99 ans dans le domaine de la politique et 217 ans pour que les opportunités économiques soient les mêmes pour les femmes que pour les hommes. Alors oui, je reste fâchée. Et j'espère que vous aussi. Car franchement, trouvez-moi une seule avancée, un seul progrès social qui s'est produit parce que les gens étaient super contents.