On peut dire que Rihanna maîtrise l'art de faire languir, et après tout quoi de plus normal quand il s'agit de parler sous-vêtements. Le 10 septembre dernier, alors qu'elle présentait, à la Barclays Arena de Brooklyn, la collection automne-hiver de sa marque de lingerie Savage X Fenty, lancée cette année, l'artiste reconvertie en businesswoman intimait au gratin de peoples présent de garder les smartphones en poche. Pas question de partager sur la Toile des clichés de ce défilé aux allures de méga spectacle de danse, qui serait dévoilé à tous les fans de la planète en même temps, dix jours plus tard, en streaming, sur Amazon Prime. L'idée derrière tout ça : créer un buzz mondial évidemment, mais également faire un joli pied de nez aux anges filiformes de Victoria's Secret, privés cet automne de leur traditionnel passage sur catwalk. Une conséquence des affaires qui, dans le sillage du mouvement #metoo, entachent ce label véhiculant une image éculée de la silhouette féminine prétendue parfaite.

Des campagnes poilues, capitonnées et sans complexes dans lesquelles la diversité s'érige en mantra.

A contrario de cette vision supposée sexy mais devenue archaïque, la Barbadienne défend, elle, une gamme adaptée à toutes les morphologies et les carnations. Une approche inclusive du secteur qu'elle mettait en avant lors de son super show à grands renforts d'invités prestigieux : aux côtés des abonnées des podiums que sont Cara Delevingne ou les soeurs Hadid, se déhanchaient entre autres l'actrice transgenre Laverne Cox ou la top doublement amputée des jambes Lauren Wasser. Clairement un splendide coup de pub.... mais aux airs de manifeste néanmoins. Car aujourd'hui, à l'heure de l'empowerment et de la dénonciation de tout ce que le passé a fait endurer au corps de la femme, les soutifs et slips sont devenus des armes de lutte. Le push-up a vécu, les bonnets D ont pris d'assaut les rayons, et les modèles qui respectent les formes sans les contraindre sont légion. Un vent de liberté souffle sur ce marché et offre l'opportunité à de petites maisons indépendantes de prendre la parole à coups de campagnes poilues, capitonnées et sans complexes dans lesquelles la diversité s'érige en mantra. On pense à la ligne britannique Neon Moon et son " badass underwear for badass women ", des articles en fibre de bambou qui " soutiennent sans forcer ". Ou encore à Love Disfigure et Nünude qui, en décembre dernier déjà, organisaient une manifestation devant les boutiques Victoria's Secret - encore - en dessous nude et sans honte des bourrelets... Dans ce débat crucial autour du body positivism, les filles ont définitivement décidé de porter la culotte, et elles ont bien raison.