C'est une contingence domestique commune à celles et ceux qui ont plusieurs filles en bas âge. Alors que dans les autres familles on trie le linge à laver en " blanc " ou " couleurs " - avec les variantes " foncé " et " jeans " pour les puristes -, les heureux parents de jeunes demoiselles peuvent consacrer des lessives entières au " rose ". Entre les serviettes de toilette, les housses de couette et les vêtements, tout se passe comme si, dès la maternité, les gamines étaient vouées à être immergées dans un océan dont les nuances vont du...

C'est une contingence domestique commune à celles et ceux qui ont plusieurs filles en bas âge. Alors que dans les autres familles on trie le linge à laver en " blanc " ou " couleurs " - avec les variantes " foncé " et " jeans " pour les puristes -, les heureux parents de jeunes demoiselles peuvent consacrer des lessives entières au " rose ". Entre les serviettes de toilette, les housses de couette et les vêtements, tout se passe comme si, dès la maternité, les gamines étaient vouées à être immergées dans un océan dont les nuances vont du dragée au magenta. Souvent sans que le papa ou la maman y ait contribué, ni même que les principales intéressées l'aient réclamé. Après, au contact du groupe, la volonté de se fondre dans la masse joue à plein, amplifiant encore le phénomène. Avec, à la clé, une sorte d'injonction morale qui voudrait que naître avec des chromosomes XX donne automatiquement le ton... My Favourite Colour Was Yellow, un livre photo dédié au sujet paru en février dernier, dénonce cette stigmatisation via une série de portraits auxquels leur auteure confère une portée politique, celle de combattre les stéréotypes sexués. La Britannique Kirsty Mackay y rappelle également combien la duplication de ces derniers se fait la plupart du temps à notre insu. Un constat qui ne s'arrête d'ailleurs pas aux poncifs associés au genre. Il en va de même des diktats liés au culte du bien-être qui s'imposent désormais aux adultes, et que nous ne pouvons nous empêcher de reproduire auprès de nos rejetons. Nourriture saine, chasse aux sucres et aux graisses, traque aux acariens, aux produits d'entretien potentiellement toxiques ou aux particules fines : notre société a érigé la santé au rang de valeur sacrée et le petit d'Homme n'échappe pas à la règle. Son épanouissement psychique, lui aussi, est devenu un impératif. Une excellente chose en soi mais gare au parent qui n'en ferait pas la priorité de son éducation, au point, parfois, de voir l'enfant comme un " capital à faire fructifier, un investissement qu'on n'est pas censé laisser dormir ", regrette le sociologue Nicolas Marquis. Méditation, Brain Gym, sophrologie, mind mapping... quasiment toutes ces disciplines se déclinent dès lors aujourd'hui en version junior. Or, si ces outils sont précieux, il ne faudrait pas en oublier pour autant qu'être bien dans son corps et dans sa tête est un objectif louable, en faire une obsession beaucoup moins. Voir la vie en rose d'accord, mais pas à n'importe quel prix.Retrouvez chaque vendredi Delphine Kindermans dans l'émission Pop & Snob de Fanny Guéret sur www.rtbf.be/auvio et sur Pure FM à 15 h 30. Des diktats que nous ne pouvons nous empêcher de reproduire auprès de nos rejetons.