Elles sont toutes-là, alignées le long des murs roses du palais El Badi, à l'affût du moindre filet d'ombre, protégées par d'immenses parapluies blancs qui leur servent d'ombrelle. Pour l'heure, le soleil au zénith n'est pas l'ami du podium qui s'étire de part et d'autre du plan d'eau posé au beau milieu de l'esplanade. Le soir venu, des bougies par centaines donneront à son reflet assombri par la nuit des allures de voie lactée. Pour cette répétition technique, les vêtements de la collection Croisière 20 sont restés en coulisse, les mannequins sont en jeans ou en peignoir de satin, tout au plus devine-t-on aux pieds de certaines l'une ou l'autre paire de chaussures qu'il vaut mieux apprendre à porter. Le maquillage, lui, s'offre un crash test en conditions extrêmes, difficile de rêver mieux pour mettre à l'épreuve ce make-up ultranaturel imaginé pour sublimer toutes ces beautés singulières. Le temps est encore long avant le show mais l'on sent bien que petit à petit la tension monte en backstage... Peter Philips pourtant, n'a rien perdu de ce flegme enjoué qui fait tout son charme. L'exercice il est vrai lui est familier. Autour du directeur de la création et de l'image du maquillage Dior s'attroupe une cour de journalistes pressés de lui soutirer les secrets de ce look pur et lumineux qui n'a l'air de rien mais qui a tout bon. Pour tout un tas de raisons. Démonstration.

© VINCENT LAPPARTIENT POUR CHRISTIAN DIOR PARFUMS

A quel moment du processus créatif, Maria Grazia Chiuri vous a-t-elle consulté pour imaginer le make-up idéal de sa future collection Croisière ?

Nous nous sommes vus une première fois un mois environ avant le show. Elle m'a montré des croquis, la collection je ne l'ai découverte, en partie, qu'il y a dix jours. J'avais besoin de savoir, au regard de l'inspiration de la collection, si elle souhaitait employer du henné ou du khôl mais elle a tout de suite refusé.

Parce que c'était trop " premier degré " ?

Elle ne voulait surtout pas que les modèles aient l'air déguisés. Un trait de khôl, cela peut être joli. Mais dans ce contexte particulier, cela pouvait porter à interprétation. Nous voulions éviter tout type d'appropriation culturelle. Un look littéral, c'est peut-être ce que qu'on aurait pu proposer il y a une dizaine d'années. Mais la mode a évolué. Tout comme le maquillage qui peut surligner ou même transformer ce que vous essayez de dire.

Quel challenge avez-vous rencontré pour ce look en apparence tout simple ?

J'étais face à 92 filles... et à une très large palette de carnations, de la plus pâle à la plus foncée. Heureusement, j'avais à ma disposition une palette de 40 nuances de fond de teint. Et un nouveau primer à toute épreuve, j'en profite pour faire un petit peu de placement de produit (il sourit). D'ordinaire, je ne suis pas fan des primers mais celui-ci est comme un soin visage hydratant doté d'un effet flouteur qui n'altère pas la couleur naturelle. Surtout il accroche le maquillage, ce qui est indispensable dans les conditions d'aujourd'hui.

Combien de temps faut-il pour finaliser un tel look ?

Tout dépend de l'état de la peau... et du temps que passe la fille sur son téléphone ! Plus sérieusement, il faut compter entre 15 et 30 minutes. Quelle que soit la complexité du maquillage, je demande à mes collaborateurs de reproduire à l'identique les gestes de ma main. Ici, c'est plutôt une question de maîtrise technique. La moitié de l'équipe est constituée de maquilleurs locaux. J'ai d'abord dû leur donner à tous un petit training. Car même si ils ou elles connaissent tous Dior, ils n'ont pas nécessairement travaillé avec nos produits.

Quel était le briefing finalement ?

Maria Grazia Chiuri s'adresse à des femmes fortes, déterminées. Son message est simple : sentez-vous bien dans la peau qui est la vôtre. Ce que nous avons voulu montrer en donnant l'illusion que les mannequins ne portaient pas de maquillage... Même si nous savons tous que ce n'est pas vrai, c'est même impossible dans le cadre d'un défilé, déjà rien qu'à cause de la lumière des spots. J'ai donc demandé à toute l'équipe de mettre sa peau à nu et de ressentir le look en se l'appliquant. L'art du maquilleur justement, c'est de créer l'illusion.

La lumière extérieure, comment la dompte-t-on ?

Ce sera un sacré challenge car la lumière naturelle des grands feux et des bougies va entrer en compétition avec celle des spots. En plus le soleil sera en train de se coucher ce qui veut dire qu'elle va changer du tout au tout entre le début et la fin du défilé. Je ne peux donc pas tout contrôler. J'ai pu m'en rendre compte lors de la répétition d'hier soir et adapter en fonction de ce que nous avions testé à Paris. En revanche aujourd'hui, tout le monde avait l'air grillé en plein soleil. Ce show, c'est un véritable test grandeur nature pour nos produits de la ligne Backstage qui démontrent ainsi qu'ils tiennent leur promesse.

Se permet-on plus ou moins de fantaisie selon que l'on crée pour un défilé de prêt-à-porter, de haute couture ou comme ici une ligne Croisière ?

C'est la collection qui définit l'histoire à raconter, c'est elle le point de départ, peu importe qu'il s'agisse de la Couture ou comme ici de la Cruise. Quand je crée pour un show, il faut surtout que le maquillage fonctionne sur toutes les filles. Chaque look a sa spécificité. Et ses obstacles propres. Mais ils ne me font pas peur, je fais ce boulot depuis assez longtemps maintenant, je gère. Et je ne suis pas seul heureusement, il y a toute une armée derrière moi, très réactive et très flexible, c'est un challenge constant.

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Maquillage Dior créé et réalisé par Peter Philips © VINCENT LAPPARTIENT POUR CHRISTIAN DIOR PARFUMS
Croisière 20, Dior show Backstage © CHRISTIAN DIOR