" Double bind ". L'expression désigne un rapport psychologique opérant dans la vie de tous les jours. Il consiste à soumettre un quidam à deux pressions contradictoires ou incompatibles. Ce registre peut être transposé en restauration. Arrêtons-nous sur le cas de cette ...

" Double bind ". L'expression désigne un rapport psychologique opérant dans la vie de tous les jours. Il consiste à soumettre un quidam à deux pressions contradictoires ou incompatibles. Ce registre peut être transposé en restauration. Arrêtons-nous sur le cas de cette Piola Pizza. L'adresse a tout pour plaire. Qu'il s'agisse du décor un peu brut qui joue les gueules d'atmosphère sur fond de carrelages optiques (Vasarely ne les aurait pas reniés) et de grosses poutres en bois. Mais surtout, des pizzas, la nourriture autour de laquelle le lieu est articulé, qui sont aussi napolitaines qu'imparables. On en veut pour preuve la " basilicola " (13 euros), une focaccia à l'os reposant sur une géniale trilogie : parmesan, feuille de basilic et lard de colonnata. On se damnerait pour cette pâte à la fois tendre et croquante. Sans parler de la bière, le breuvage officiel des pizzerias, qui est proposée, c'est rare, en version qualitative (l'excellente Zinnebir). La double contrainte réside dans le fait qu'il ne faut rien attendre du service. Pas de philanthropie : vous entrez, choisissez vite, payez et sortez. L'accueil est rugueux, à moins de faire miroiter une grosse addition - tant pis si vous êtes seul - ou d'être un fidèle de la maison.