Avez-vous déjà pensé au mariage à durée déterminée ? En Allemagne, en proposant à la rentrée un projet de loi pour un mariage reconductible tous les sept ans, Gabriele Pauli (CSU), la députée bavaroise de l'Union sociale-chrétienne, a jeté un rocher dans la marre de l'union sacrée. Provocation ou réelle (r)évolution, dans notre société occidentale où le divorce est en perpétuelle augmentation, l'idée, a priori loufoque, mérite malgré tout d'être étudiée. Avec en question de fond : " comment jurer fidélité ad vitam, alors qu'on vit de plus en plus longtemps ? " Dans son dernier ouvrage - Amours (1), qui retrace le polymorphisme des relations entre hommes et femmes - Jacques Attali consacre un chapitre entier à l'agonie du mariage. " Cet engagement est une idéologie collective construite pour faire accepter un certain modèle de civilisation, épingle-t-il. Et le couple monogame durable est une invention presque artificielle de celle-ci. " Les statistiques confirment la difficulté de partager sa vie entière avec la même personne : en Occident, un mariage sur trois se termine par un divorce ; un mariage sur quatre est un remariage ; et la durée moyenne d'un mariage belge ne dépasse pas douze ans (2). La réalité est bien loin des contes de fées.
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Avez-vous déjà pensé au mariage à durée déterminée ? En Allemagne, en proposant à la rentrée un projet de loi pour un mariage reconductible tous les sept ans, Gabriele Pauli (CSU), la députée bavaroise de l'Union sociale-chrétienne, a jeté un rocher dans la marre de l'union sacrée. Provocation ou réelle (r)évolution, dans notre société occidentale où le divorce est en perpétuelle augmentation, l'idée, a priori loufoque, mérite malgré tout d'être étudiée. Avec en question de fond : " comment jurer fidélité ad vitam, alors qu'on vit de plus en plus longtemps ? " Dans son dernier ouvrage - Amours (1), qui retrace le polymorphisme des relations entre hommes et femmes - Jacques Attali consacre un chapitre entier à l'agonie du mariage. " Cet engagement est une idéologie collective construite pour faire accepter un certain modèle de civilisation, épingle-t-il. Et le couple monogame durable est une invention presque artificielle de celle-ci. " Les statistiques confirment la difficulté de partager sa vie entière avec la même personne : en Occident, un mariage sur trois se termine par un divorce ; un mariage sur quatre est un remariage ; et la durée moyenne d'un mariage belge ne dépasse pas douze ans (2). La réalité est bien loin des contes de fées. La faute à qui ? " Aux hormones, dixit Lucy Vincent, neurobiologiste et auteur, notamment, de Où est passé l'amour ? (3). Parce qu'on ne choisit pas de tomber amoureux. C'est neurologique et hormonal, nous dit la scientifique. Lorsqu'on tombe amoureux - et là, on risque de désacraliser le mythe -, notre cerveau reçoit une foule de messages chimiques. On est inondé de phényléthylamine (une hormone proche des amphétamines), d'endorphines et de dopamines, les neurotransmetteurs du plaisir, d'où l'euphorie, les papillons dans le ventre et le sourire béat des premiers mois. En même temps, notre production de vasopressine (l'hormone de la " réactivité ", celle qui nous informe des dangers) est en chute libre. Ce qui nous permet de gommer allègrement tous les défauts de l'être aimé. Comme le dit l'adage " l'amour est aveugle ". Seul hic : l'effet de ces hormones qui nous font voir la vie en rose ne durent qu'un temps. " Trois ans approximativement, le temps nécessaire à la reproduction ", écrit Lucy Vincent. Ensuite, les messages chimiques s'inversent. Et le réveil est brutal. " Ceux qui ne connaissent rien à la neurobiologie et croient que la folie de l'amour peut durer toute la vie éprouvent alors un immense sentiment de désillusion, voire de tromperie, poursuit la neurobiologiste. Au lieu de se dire qu'ils ne voyaient pas l'autre tout à fait objectivement en raison de l'état amoureux qui régnait dans leur cerveau, ils se mettent à l'accuser d'avoir dissimulé ses mauvais penchants ou changé de façon d'être. Ils ont l'impression d'avoir été floués. Ils se disent que, finalement, contrairement à ce qu'ils croyaient, ils n'ont toujours pas trouvé la bonne personne. " D'où un pic de divorces en Belgique dès cinq ans de vie commune... Et la probabilité d'enchaîner les " échecs " amoureux. Révolu alors le temps de l'amour " à la vie à la mort " ? Pas nécessairement, rassure Lucy Vincent : " L'amour entre deux personnes bien assorties peut durer toute une vie, mais il y aura obligatoirement remise en question(s) entre la phase automatique qui ne nécessite aucun effort et la deuxième phase qui demande, elle, un regard averti et de nombreux compromis pour être un succès." À la fin de l'euphorie démarre l'amour à long terme. Plus complexe à assurer. Mais là aussi la neurobiologie peut donner un coup de pouce pour favoriser la pérennité : " les caresses, les longues conversations, les baisers, les massages et l'acte d'amour stimulent la libération d'ocytocine qui est responsable du sentiment de bien-être que l'on ressent près de son partenaire ". Rassurant. Le tandem traditionnel n'est donc pas encore mort. Mais chez nous, le mariage risque de devenir, dans un futur proche, structurellement provisoire. " Il ne faudra plus divorcer pour se séparer, mais se remarier pour rester ensemble, comme c'était le cas dans certaines sociétés anciennes et dans certains villages indiens de la région de Piparsod, au Madhya Pradesh ", souligne Jacques Attali. L'auteur ne voue pas le couple à la disparition, mais insiste sur son évolution : " Il n'y aura plus une seule sorte d'amour. De nouvelles formes d'amour vont apparaître. L'amour sera de plus en plus transparent, libre et sincère. Mais il faudra vivre avec le fait que la sincérité implique la précarité."Selon Jacques Attali, deux révolutions fondamentales sont en train de s'opérer. " La première est déjà en marche : l'amour est plus important que le lien. La seconde, qui viendra plus tard mais qui n'en sera pas un substitut, sera de reconnaître le droit d'aimer plusieurs personnes en même temps. L'amour ne sera plus nécessairement exclusif. Comme l'amour d'un père pour ses enfants n'est pas réservé à un seul. " C'est ce qu'il nomme le " netloving ", par analogie au " networking " : les hommes comme les femmes pourront avoir des relations sentimentales et/ou sexuelles simultanément, transparentes et contractuelles, avec plusieurs partenaires qui en auront eux-mêmes plusieurs, lesquels ne seront pas nécessairement ceux du premier. Rien à voir avec la polygamie, vu qu'ici, personne n'appartiendra à personne. Un amour affranchi. Les freins actuels au " netloving " ? " Les mêmes que ceux qui existaient pour le divorce ou le mariage homosexuel auparavant : la société ne l'accepte pas encore. Aujourd'hui, on considère qu'aimer deux personnes à la fois est contre nature ". Mais d'ici à une cinquantaine d'années, " notre regard aura changé, et le netloving tendra à se généraliser ", prédit Jacques Attali. Faisant fi des barrières sociales, certains ne se sont pas empêchés de vivre leurs amours plurielles depuis longtemps. Dans le Paris des années 1920, le couple avant-gardiste Sartre-de Beauvoir ouvrait la marche en scellant un pacte sentimental : parallèlement à leur " amour nécessaire ", ils demeuraient libres de s'adonner à des " amours contingentes ". Le pacte, prévu pour deux ans, a perduré un demi-siècle... Jusqu'à la mort de Sartre ! Le " netloving " serait-il la recette du succès ? Plus proche de nous, le cas de Françoise Simpere est éloquent. Mariée, mère de deux enfants et auteur de Aimer plusieurs hommes (4), elle y explique comment elle vit, comme son mari, ses passions avec d'autres amants ouvertement depuis trente ans. " Pourquoi serait-on heureux avec un seul partenaire dans sa vie, plutôt que plusieurs ?, nous interroge-t-elle. Personne n'est capable de donner une réponse à cette question toute simple. " Selon Françoise Simpere, le modèle monogame, dominant dans notre société, ne convient pas à tout le monde. Pour preuve, les fréquents cas d'adultère... À la différence que la tromperie se pratique en contrebande. " Ce n'est donc pas l'infidélité qui choque, mais la franchise, réplique l'auteur érotique. Mon mode de vie, lui, se traduit par plus de liberté et de respect de l'autre. Il ne s'agit pas de nier l'engagement du couple mais de conserver son autonomie. L'engagement en amour, c'est avant tout être attentif à l'autre, présent dans les moments difficiles, et se réjouir de son bonheur. "Pas facile toutefois de vivre hors norme. Françoise Simpere admet qu'il faut des épaules solides, de la confiance en soi et une sacrée dose d'humour pour vivre le mode de relation qu'elle a choisi. Mais selon elle, en matière de relations amoureuses, c'est à chacun de vivre de manière personnelle sa relation, selon le mode qui lui convient, et qui peut d'ailleurs changer au fil des années. L'erreur, c'est de vouloir qu'il n'y ait qu'un seul modèle pour tous ! L'avenir nous conduit donc à plus de tolérance... Que les libertins se réjouissent, grâce au " netloving ", le mot " adultère " devrait être rayé de notre vocabulaire, alors que d'autres feront leur apparition. Comme le " polyamour ", où chacun pourra avoir, en toute transparence, plusieurs partenaires sentimentaux séparés ; la " polyfamille ", où chacun appartiendra ouvertement à plusieurs foyers ; et la " polyfidélité ", où chacun sera fidèle à tous les membres d'un groupe aux sexualités multiples. Alors, faites-vos v£ux : amour trendsetter, couple uni pour la vie ou affection avec prolongation... Comment voulez-vous vivre votre amour aujourd'hui ? Voilà un débat qui risque de pimenter le tête-à-tête de la Saint-Valentin. (1) Editions Fayard ; (2) Une donnée plus au moins constante depuis vingt ans. © Direction générale Statistique et Information économique - Service démographie ; (3) Editions Odile Jacob ; (4) Editions La Martinière et Pocket. Propos recueillis par Alain Sousa.Valentine Van Gestel