C'est une bonne nouvelle pour les allergiques aux musées : les artistes n'ont jamais autant fait le mur qu'aujourd'hui, s'échappant des cloisons à air-conditionné pour humer l'espace urbain. Au printemps dernier, Mons le prouvait en inaugurant sa première biennale L'art habite la ville. Chez nos voisins, durant tout l'été, Nantes donne la réplique avec Le Voyage, tandis qu'Annecy propose Paysages. Même Paris s'y met : jusqu'en octobre, on y flâne les yeux levés entre les tours de ...

C'est une bonne nouvelle pour les allergiques aux musées : les artistes n'ont jamais autant fait le mur qu'aujourd'hui, s'échappant des cloisons à air-conditionné pour humer l'espace urbain. Au printemps dernier, Mons le prouvait en inaugurant sa première biennale L'art habite la ville. Chez nos voisins, durant tout l'été, Nantes donne la réplique avec Le Voyage, tandis qu'Annecy propose Paysages. Même Paris s'y met : jusqu'en octobre, on y flâne les yeux levés entre les tours de la Défense avec la deuxième édition des Extatiques qui présente une dizaine d'installations artistiques aériennes dans le célèbre quartier d'affaires. Un décor pour le moins inattendu, où Philippe Ramette met les objets en lévitation, où Fujiko Nakaya fait écho au fameux nuage de la Grande Arche avec sa Fog Sculpture, et où Tadao Cern tire le portrait des passants en " soufflant " leur visage avec un ventilateur surpuissant. Des oeuvres perchées - au sens propre -, entre balançoire, voiture ou poulpe suspendus. Objectif de ces bulles d'oxygène créatives : inviter les quidams à regarder la ville - que ce soit la leur ou non - avec un oeil nouveau. Mais aussi les supplier de faire un pas de travers, voire de stopper leur marche face à un concept qui questionne. C'est le cas en Suisse, où la sixième édition de Lausanne Jardins a démarré en juin dernier avec la ferme intention de transformer ses quartiers en havres de poésie et de réflexion. L'événement, qui n'a lieu que tous les cinq ans, déploie une trentaine d'installations imaginées par des architectes, des paysagistes, des designers et des esprits inventifs du monde entier. Un parcours traversant la capitale du Vaud d'est en ouest, s'aventurant dans la " pleine terre " pour en faire émerger ce que nos yeux ne voient jamais. Un toboggan géant symbolisant la galerie souterraine des lombrics, un immense jet d'eau interrompant la circulation routière pour rappeler la présence de l'or bleu sous le bitume, des dessins muraux montrant une fillette qui prend soin des herbes folles s'échappant de la pierre, ou même une séance de cinéma en mode drive-in sur une zone 100% verte... A l'heure où l'on nous assure que, bientôt, nos villes seront végétales ou seront irrespirables, l'art offre la petite éclaircie qui cache la forêt.