Lorsque Nadège Vanhee-Cybulski nous rejoint dans le vaste showroom de la maison, on est d'abord saisi d'un léger doute. A-t-on vraiment pris le bon rendez-vous ? Baskets, tee-shirt blanc et allure cool d'une fraîche étudiante aux beaux-arts... Voilà qui contraste avec l'image attendue d'une nouvelle directrice artistique au sein d'Hermès, l'un des postes les plus convoités pour une marque qui - rappelons-le - pesait tout de même quelque 4 milliards d'euros en 2014. Et pourtant ! Avec la nomination de cette créatrice de 37 ans, aussi respectée du milieu qu'inconnue du grand public, Hermès a fait preuve de flair, distinguant sans doute la valeur montante la plus proche de cette élégance discrète et absolue érigée en philosophie par la maison. Diplômée de l'école d'Anvers, cette Lilloise d'origine oeuvre dans l'ombre pour les très minimalistes Martin Margiela et Céline, avant de rejoindre The Row, la griffe des soeurs Olsen, tout aussi sobre et radicale. Conceptuel et avant-gardiste, son style s'est néanmoins toujours enrichi du passé, et l'on ne doute pas qu'elle ait trouvé son bonheur dans la richesse des archives Hermès. La preuve avec cette première collection... Tous les codes sont là, transcendés, métabolisés, mais elle a également émaillé l'ensemble de touches très personnelles, avec des matières inédites ou des incursions dans l'univers du soir. Première femme à occuper ce poste depuis vingt ans - succédant à Martin Margiela, Jean Paul Gaultier et Christophe Lemaire -, Nadège infuse également la mode Hermès d'une nouvelle féminité, plus libre, plus sensuelle, aussi. Et l'aventure ne fait que commencer...
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