Peut-on encore parler de tendance lorsque ce que l'on observe lors des défilés truste les catwalks, imperturbablement, saison après saison ? A la manière du jeans, un jour pièce incongrue, passée au rang de basique respectable de toute garde-robe masculine digne de ce nom, le pantalon de training, le jersey de base-ball et le short de basket sont une bonne fois pour toutes sortis des salles et des terrains de sport pour entrer dans la vie...

Peut-on encore parler de tendance lorsque ce que l'on observe lors des défilés truste les catwalks, imperturbablement, saison après saison ? A la manière du jeans, un jour pièce incongrue, passée au rang de basique respectable de toute garde-robe masculine digne de ce nom, le pantalon de training, le jersey de base-ball et le short de basket sont une bonne fois pour toutes sortis des salles et des terrains de sport pour entrer dans la vie civile. Au moins jusqu'à l'été prochain, si l'on en croit les collections Homme présentées à Londres, Milan et Paris, la capitale française venant de consacrer, à la tête de Louis Vuitton et Dior Homme, Virgil Abloh et Kim Jones, deux champions toutes catégories de ce nouvel art de la sape. Chez Marni, on pouvait même parler de " multisportswear " avec des silhouettes arborant les attributs combinés de plusieurs disciplines. Alors que Philipp Plein faisait défiler sa ligne Plein Sport autoproclamée " unique marque de sport de luxe " sur un terrain de tennis synthétique, c'est dans un gymnase que Massimo Giorgetti mettait en scène pour MSGM un match de volley opposant symboliquement les équipes de Milan et de Rimini. Stella McCartney, pour sa part, avait prévu une garden party sur fond de grand écran footballistique, histoire de ne pas mettre son show en concurrence avec la rencontre Angleterre-Tunisie. Au-delà du décorum inhérent à l'exercice même du défilé, il est permis de s'interroger sur ce qui pousse ainsi les hommes à faire de leurs tenues de sport le nouvel uniforme de leur quotidien. On a longtemps imputé la mode aux rappeurs mais l'analyse tient moins la route lorsqu'il s'agit de s'afficher à la ville en short de tennis ou en veste technique de randonnée. La vague hygiéniste qui balaye notre décennie, emportant tout goût pour l'excès autre que la pratique intensive du yoga, y est sans doute pour quelque chose. L'obligation de faire du sport - à raison de 40 minutes minimum par jour si l'on en croit l'ex-noceur Frédéric Beigbeder devenu chantre de la vie saine dans son dernier roman - a tout d'une religion dont il est bien vu d'exhiber les symboles d'appartenance. Preuve que l'on adhère au culte de la personnalité bien portante.