D'où vous vient la passion de l'écriture ?

De la lecture. La solitude m'a longtemps habité, tant j'étais un enfant effacé. Craignant la foule, je trouvais que le monde ne me correspondait pas. Le désir d'écrire vient de l'envie de créer un univers à soi.
...

De la lecture. La solitude m'a longtemps habité, tant j'étais un enfant effacé. Craignant la foule, je trouvais que le monde ne me correspondait pas. Le désir d'écrire vient de l'envie de créer un univers à soi. Quand j'écris, je suis au Paradis. Ce roman incarne le jardin le plus fleuri qui soit, parce qu'il est peuplé par mes parents, que je souhaitais immortaliser. Il est un hymne à une époque lointaine, mais formidable. Un goût de nostalgie, d'évasion, d'aventure et d'errance. La capitale économique du Congo se trouvant au bord de l'océan, elle incite au voyage et à l'ailleurs. L'émerveillement, parfois le désespoirà et une multitude de questions restées sans réponse. Grandir. Grâce à l'écriture, j'ai pu rester celui que j'étais. Chaque livre est un âge, une pierre que je pose pour continuer à grandir. L'album Tintin au Congo m'a beaucoup amusé. A mille lieues de la polémique qu'il suscite, je savais que le Noir n'est pas celui qu'il décrit. Martin Luther King, qui portait le rêve d'un nouveau monde tolérant ainsi que Mohammed Ali qui refusait l'injustice de la prétendue infériorité noire. Étant enfant unique, c'était un refuge fragile. Or, j'avais l'impression d'être protégé par la voix grave de mon père et la voix adulée et mélodieuse de ma mère. Geneviève, la femme de mon grand frère adoptif. Simple, disponible et généreuse, elle me tendait toujours la main pour que je puisse traverser le pont de la vie sans tomber. Lorsqu'elles sentent l'immensité de l'amour dans vos yeux, il n'est pas nécessaire de le leur dire. Faire semblant qu'on aime. C'est une erreur de penser que l'amour est un jeu, parce qu'en amour, il est dur de jouer la comédie. J'hésiterais avant d'ouvrir la porte, mais dans la vie, il faut tout essayer ( rires) ! La joie de vivre. On n'a pas à l'acheter, ni à trouver de dealer, il suffit de la respirer. Issu du pays de la sape, j'ai un goût éclectique, entre décontraction et sérieux. La casquette est essentielle. Plutôt une nature. Derrière le personnage sympathique se cache la gravité des chosesàJ'aurais pu être un grand avocat ou magistrat, mais j'aurais été malheureux. Loin de cette réalité factice, il me fallait du rêve. La route interminable de l'enfance, qui ne s'arrête jamais. Demain j'aurai vingt ans, par Alain Mabanckou, Gallimard, 383 pages.KERENN ELKAÏM Grâce à l'écriture, j'ai pu rester celui que j'étais.