Le 24 avril 2013, l'immeuble du Rana Plaza, à Dacca, au Bangladesh, s'effondre et entraîne la mort de 1135 ouvriers et ouvrières textiles qui travaillaient là. On dénombre aussi plus de 2 000 blessés. La tragédie fait déclic. En tout cas dans les têtes des créatrices britanniques Carry Somers et Orsola de Castro. La première est une pionnière de la mode éthique : elle a fondé Pachacuti, en 1992, en faisant vivre des femmes d'Equateur. Le label, aujourd'hui dirigé par son mari, fabrique des panamas. La seconde dirigeait la maison de couture From Somewhere, aujourd'hui disparue, mais première à oser utiliser des chutes de tissus et à se tailler une place sur les tapis rouges. Toutes les deux décident de lancer le mouvement Fashion Revolution pour aller plus loin et inciter le secteur à prendre ses responsabilités et s'engager vers plus de transparence. Leur mot d'ordre est un hashtag brandi pour interpeller les géants de la mode : #whomademyclothe...

Le 24 avril 2013, l'immeuble du Rana Plaza, à Dacca, au Bangladesh, s'effondre et entraîne la mort de 1135 ouvriers et ouvrières textiles qui travaillaient là. On dénombre aussi plus de 2 000 blessés. La tragédie fait déclic. En tout cas dans les têtes des créatrices britanniques Carry Somers et Orsola de Castro. La première est une pionnière de la mode éthique : elle a fondé Pachacuti, en 1992, en faisant vivre des femmes d'Equateur. Le label, aujourd'hui dirigé par son mari, fabrique des panamas. La seconde dirigeait la maison de couture From Somewhere, aujourd'hui disparue, mais première à oser utiliser des chutes de tissus et à se tailler une place sur les tapis rouges. Toutes les deux décident de lancer le mouvement Fashion Revolution pour aller plus loin et inciter le secteur à prendre ses responsabilités et s'engager vers plus de transparence. Leur mot d'ordre est un hashtag brandi pour interpeller les géants de la mode : #whomademyclothes. Le mouvement essaime très vite, avec des organisations locales, dans près d'une centaine de pays. Chloé Mikolajczak, responsable de la cellule belge, explique qu'" en 2016, la campagne a généré plus de 800 événements dans 92 Etats. Le mot-clé a été utilisé plus de 156 millions de fois et 1 274 marques y ont répondu, y compris 372 griffes mondiales ". On modère à la vue des chiffres du premier Fashion Transparency Index réalisé par Fashion Revolution avec Ethical Consumer en avril 2016 : sur les quarante marques interrogées - parmi les plus gros noms du luxe, de la fast fashion ou du prêt-à-porter... et choisies en fonction de leur chiffre d'affaires - seules dix ont répondu aux questions des deux organisations concernant leur chaîne de fabrication. Fashion Revolution estime que sur 87 des plus grosses entreprises mode mondiales, moins de la moitié déclarent les pays où elles produisent leurs lignes ; 16 % ont une liste complète de leurs sous-traitants et moins d'un cinquième savent où sont usinés leurs boutons, tissus, fermetures Eclair et compagnie. Car c'est tout l'enjeu de ce mouvement : pouvoir tracer un vêtement du début à la fin. Hélène Sarfati-Leduc, consultante experte en mode, luxe et développement durable, et fondatrice de l'agence parisienne Le French Bureau, explique que " les entreprises ont compris qu'elles avaient intérêt à se lancer volontairement dans ces démarches éthiques plutôt que se faire taper sur les doigts. D'autant qu'avec les nouvelles lois sur le principe de vigilance qui se créent, elles peuvent avoir des amendes. Mais, surtout, l'impact en termes d'image et de réputation est considérable. De plus en plus de labels collaborent avec des organismes extérieurs de contrôle, avec des usines dans lesquelles les conditions de travail sont certifiées. Seulement, ces boîtes sous-traitent souvent... Et dans ces cas de double sous-traitance, il est rare qu'il y ait des vérifications ". Et de souligner que, dans cette vaste question de l'éthique et de la durabilité, l'impact environnemental est facile à mesurer, les groupes n'ont pas de mal à s'engager sur la sécurité, les heures supplémentaires, le travail des enfants... mais c'est toujours sur la problématique des salaires que le bât blesse. " Dans beaucoup de pays, il n'y a pas de montant minimum mais on sait, via les ONG sur place, quels sont les minimum vitaux, relève la spécialiste. Pourtant, sur un tee-shirt vendu 29 euros, celui qui l'a fait va toucher 0,18 euro. Tout le reste, c'est de la marge, du marketing, le transport... Autant dire que c'est aberrant car augmenter cette somme ne changerait drastiquement pas la donne et le prix du vêtement. " Le modèle à remettre en cause, c'est celui de la fast fashion : toujours consommer plus, pour moins cher. " Il y a une prise de conscience chez certains consommateurs informés, qui se traduit notamment par une réduction de la consommation et une réorientation des achats vers des marques plus engagées et des produits de meilleure qualité, raconte Chloé Mikolajczak. Mais on est loin du compte, surtout chez les jeunes, qui ont grandi avec la fast fashion comme modèle de consommation. " Pour Hélène Sarfati-Leduc, " il vaut mieux acheter un pull H&M chez Emmaüs qu'un tee-shirt H&M en coton bio. En donnant une seconde vie aux vêtements, on a un véritable impact. On ne parle plus d'effet de mode, le devoir de vigilance est acquis et les entreprises qui nous riaient au nez, il y a dix ans, sont conscientes qu'il faut réviser ces façons de produire et consommer. C'est sans doute la bonne nouvelle de la mondialisation : tirer les standards vers le haut ". Programme de la Fashion Revolution Week sur www.fashionrevolution.org, onglet events, puis Belgium.PAR AMANDINE MAZIERS" IL VAUT MIEUX ACHETER UN PULL H&M CHEZ EMMAÜS QU'UN TEE-SHIRT H&M EN COTON BIO. "