1. L'audace des couleurs

Parmi les 76 défilés parisiens et les 60 shows milanais, on a bien vu que la couleur était de mise. Cet été l'avait déjà prônée, elle persiste et signe pour l'automne-hiver 19-20. Une manière tape-à-l'oeil de dire sa différence. Faites votre choix, entre l'orange sanguin, le rouge carmin, le vert gazon, le bleu Klein, le jaune fluo. En total look, c'est mieux.
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Parmi les 76 défilés parisiens et les 60 shows milanais, on a bien vu que la couleur était de mise. Cet été l'avait déjà prônée, elle persiste et signe pour l'automne-hiver 19-20. Une manière tape-à-l'oeil de dire sa différence. Faites votre choix, entre l'orange sanguin, le rouge carmin, le vert gazon, le bleu Klein, le jaune fluo. En total look, c'est mieux. Mini, mini, mini Elle porte des jupes-culottes ou plissées, d'une longueur raisonnable. Elle noue sagement sa lavallière autour du cou. Ne sort guère sans sa cape. Ne semble jamais avoir entendu parler du streetwear. Et n'oublie pas que la révolution est passée par elle. On a beau être à la saison fraîche, le souvenir des fleurs résiste. Pour Dries Van Noten, " a rose is a rose is a rose is a rose ". Placée sous le signe de cette phrase signée Gertrude Stein, la collection du créateur belge explore cet " emblème de beauté, de puissance dans la délicatesse ". Surtout si elle est à la veille de s'étioler. Il a choisi de photographier les fleurs de son jardin, dont ses cinquante variétés de roses, et leur ombre délicate. Il les a imprimées et les a posées exactement là où il fallait, sur un col, un pan de veste, une épaule à peine accentuée, des leggings à enfiler sous une robe et des bottes satinées. D'autres aussi ont voulu le dire avec des fleurs, et toujours sans romantisme niais. Pour ne pas se prendre la tête. En version superposée ou mélangée. Agrandis, déformés ou tartan classique. Sur voiles fluides ou tissus masculins. Surtout ne pas traverser dans les lignes. Façon années 50, en hommage à la robe que monsieur Christian Dior dessina pour la princesse Margaret, qui en jeune femme rebelle décida de porter celle-là et pas une autre pour le portrait officiel de ses 21 ans par Cecil Beaton. C'était en 1951. Ou plus débridée, chez Y/Project, qui sait décidément ce que couture veut dire. Voire plus dramatique pour Olivier Theyskens, qui s'y connaît en romantisme. Quoi qu'il en soit, grand soir. These boots are made for walking. Elles n'ont jamais quitté la scène, les eighties. Pour ceux qui n'étaient pas nés alors, elles ont ceci d'excitant qu'elles permettent tous les fantasmes pré-xxie siècle : working girl, dominatrix, carrures larges, disco finissant et mélanges improbables. Ils sont sortis en droite ligne de l'imagination fertile d'Alessandro Michele, directeur artistique de Gucci. Ses freaks masqués posent la question de l'apparence, car le vêtement sert à camoufler et à dévoiler tout à la fois. En une métaphore appuyée, il a posé sur les visages de ses mannequins des masques à piques, inspirés des armures canines du xvie siècle. Si on n'est pas forcé d'adopter, il n'est cependant pas interdit de se replonger dans l'histoire de la mode, avec arrêt du côté des punks no future, ni de s'abîmer dans la réflexion, en lui emboîtant le pas. Il n'est d'ailleurs pas le seul à convoquer des " monstres " à ses côtés, Rick Owens et Miuccia Prada en ont invité aussi. Si Frankenstein monte à l'assaut de notre vestiaire, c'est que l'époque et la société engendrent de tels Prométhée modernes.