Alors que j'étais en reportage place du Tertre, à Montmartre, pour un article de ce magazine, j'ai soudain repensé au petit tableau que mon père m'avait ramené d'un séjour à Paris lorsque j'étais enfant. Dans ma mémoire, la fleur aux contours floutés qu'il représentait s'est parée de tons rouges et verts un peu dé...

Alors que j'étais en reportage place du Tertre, à Montmartre, pour un article de ce magazine, j'ai soudain repensé au petit tableau que mon père m'avait ramené d'un séjour à Paris lorsque j'étais enfant. Dans ma mémoire, la fleur aux contours floutés qu'il représentait s'est parée de tons rouges et verts un peu délavés, à la manière de ces filtres Instagram qui font paraître la vie plus belle. C'est ce procédé utilisé par Jean-Pierre Jeunet lors du tournage du Fabuleux destin d'Amélie Poulain, il y a vingt ans, qui rend ce "film doudou" si intemporel puisqu'il a les nuances des instants, même un peu tristes parfois, que l'on ne veut pas oublier. Des couleurs, Violette Serrat, en a aussi plein ses souvenirs, comme elle nous le révèle dans ces pages. Dès la maternelle, la jeune directrice de la création maquillage de Guerlain a joué du crayon pour surmonter ses craintes. A la manière d'Amélie, elle s'est raconté des histoires remplies d'arcs-en-ciel, rêvant de voir apparaître le rouge des chaussures de Dorothy sur la bouche des mamans à la sortie de l'école. Le pouvoir enchanteur du make-up, cette autodidacte mordue de pigments y croit, elle qui nous pousse à tout oser puisque dans son art rien ne dure. L'éphémère a du bon, surtout par ces temps de fêtes qui s'invitent à nouveau en pointillé. Il ne tiendra sans doute qu'à peu de choses - une virgule espiègle dessinée au coin des yeux, un cadeau qui fait mouche, un mot doux murmuré à l'oreille - pour qu'elles nous rendent un jour nostalgiques de cette étrange époque, sertie de la couleur de l'émotion.