Yves Saint Laurent regrettait de ne pas être l'inventeur du jeans. Une déception révélatrice de l'exigence dont il faisait preuve envers lui-même ; un autre se serait en effet largement satisfait d'avoir fait entrer dans le dressing Femme le caban, le smoking ou le jumpsuit, pièces désormais iconiques. Idem de la saharienne, illustration de sa relation passionnelle avec le continent noir. Celui de son enfance passée à Oran, dans cette Algérie qui était alors un département français puis dut être quittée dans la précipitation. Mais surtout celui de son premier séjour à Marrakech, en 196...

Yves Saint Laurent regrettait de ne pas être l'inventeur du jeans. Une déception révélatrice de l'exigence dont il faisait preuve envers lui-même ; un autre se serait en effet largement satisfait d'avoir fait entrer dans le dressing Femme le caban, le smoking ou le jumpsuit, pièces désormais iconiques. Idem de la saharienne, illustration de sa relation passionnelle avec le continent noir. Celui de son enfance passée à Oran, dans cette Algérie qui était alors un département français puis dut être quittée dans la précipitation. Mais surtout celui de son premier séjour à Marrakech, en 1966, quand Pierre Bergé et lui y acquirent une maison qui se transforma vite en point de chute incontournable pour leurs proches, des Rolling Stones à Marianne Faithfull en passant par Catherine Deneuve ou Andy Warhol. Par la suite, le couple rachètera l'atelier, le logement et les jardins du peintre Jacques Majorelle, non loin desquels sera inauguré, en octobre prochain, un des deux musées consacrés au couturier, l'autre prenant ses quartiers à Paris. En attendant, ce second rendez-vous avec l'Afrique le marque tellement qu'il lui dédie son printemps-été 1967. Si la fameuse saharienne, piquée au vestiaire masculin et rendue ultrasexy, est une transposition directe de cette rencontre, elle est loin d'être la seule. Chignons-plateaux, jupes en raphia, perles de bois ou coquillages cauris, les emprunts sont légion. Un parti pris révolutionnaire dans une époque où l'on n'a pas l'habitude de valoriser ce qu'on appelle sans complexe l'art nègre, et qui ne se limitera pas à un défilé. " Au Maroc, j'ai compris que mon propre chromatisme était celui des zelliges, des djellabas et des caftans, dira celui qui fut formé par Christian Dior. (...) Cette culture est devenue la mienne, mais je ne me suis pas contenté de l'importer, je l'ai annexée, transformée, adaptée. " Rien de littéral, et c'est là son génie, mais un mix and match qui n'en porte pas encore le nom et qui fait toujours sens aujourd'hui. Il suffit de se pencher sur les tendances de cet hiver 2017-2018, où s'entrecroisent broderies ethniques, références folks et urbaines ou tons vifs pour être convaincu du tournant imprimé par cette collection à l'ensemble de la mode. Et, avant tout, à celle du créateur qui auparavant avait fait du noir sa signature. " C'est ce qu'il y a de plus pur, de plus chic, de plus graphique ", confie Anthony Vaccarello dans l'interview exclusive qu'il nous a accordée. " Mais puisqu'il faut des couleurs, je les ai voulues violentes et tranchées ", enchaîne immédiatement le Belge, qui a repris la direction artistique de la griffe en 2016. Ou comment magnifier un héritage sans s'en sentir prisonnier.Retrouvez chaque vendredi Delphine Kindermans dans l'émission Pop & Snob de Fanny Guéret sur www.rtbf.be/auvio et sur Pure FM à 15 h 30.DELPHINE KINDERMANS RÉDACTRICE EN CHEFUN MIX AND MATCH QUI N'EN PORTE PAS ENCORE LE NOM ET QUI FAIT TOUJOURS SENS AUJOURD'HUI.