Elle est haute comme trois pommes, à peine 14 centimètres. Sous sa coiffe en plumes, elle s'offre un corps d'argent ceint d'une étoffe de laine de camélidé maintenue par une petite ceinture et un " tupu ", cette épingle en métal qu'affectionnaient les humains de son temps. Elle est péruvienne, de culture inca, doit avoir entre 486 ans et 568 ans et quelque chose à voir avec le rite sacrificiel de la " capacocha ". Elle est le signe, troublant et sublime, q...

Elle est haute comme trois pommes, à peine 14 centimètres. Sous sa coiffe en plumes, elle s'offre un corps d'argent ceint d'une étoffe de laine de camélidé maintenue par une petite ceinture et un " tupu ", cette épingle en métal qu'affectionnaient les humains de son temps. Elle est péruvienne, de culture inca, doit avoir entre 486 ans et 568 ans et quelque chose à voir avec le rite sacrificiel de la " capacocha ". Elle est le signe, troublant et sublime, qu'à l'époque précolombienne, le textile servait certes à se vêtir mais permettait aussi de plaire aux divinités, de marquer son appartenance sociale et d'être le cadeau parfait pour les échanges diplomatiques. On comprend que les Espagnols qui débarquèrent sur les terres de l'actuel Pérou en 1521 s'émerveillèrent devant tant de beauté et de savoir-faire, devinant peut-être que la richesse de l'étoffe ne tenait pas à la coupe mais à la qualité de la fibre, à la puissance de son ornementation, à la géniale diversité des couleurs et des symboles représentés. Il se fait que dans les Andes, le textile était un art majeur, apparu dès le début du vie millénaire avant J.-C., qui influença tout, de la céramique à l'architecture. Il se fait aussi que le Musée Art & Histoire de Bruxelles en possède l'une des plus vieilles et des plus riches collections ethnographiques. Elle date des années 40 et n'avait pratiquement jamais été montrée - il était temps d'enfin la mettre à l'honneur, avec Inca Dress Code, aux côtés de près de 200 objets et autres merveilles, tels cet Unku de plumes, ces sandales en cuir et laine de lama ou ces ornements d'oreilles en or et cuivre, provenant de musées européens et de collectionneurs privés. En trois chapitres, l'exposition entend expliquer le processus de tissage, depuis l'origine des fibres, donner à voir chronologiquement et géographiquement les productions textiles et les parures des Andes puis prouver la pérennité de la tradition précolombienne malgré l'époque coloniale et postcoloniale, car aujourd'hui encore, on tisse là-bas comme auparavant, n'oubliant guère l'héritage de cette civilisation qui savait parer les corps et les âmes.