"J'tiens plus en l'air, t'aurais pas une bricole à grignoter ? ", lance Olivier à l'attention du serveur. La réplique déclenche l'hilarité de la tablée... Et l'incompréhension du garçon. Pour qui connaît un peu l'histoire du cinéma, la phrase résonne. Elle évoque les cultissimes Tontons Flingueurs de Georges Lautner, dialogues de Michel Audiard, film réalisé il y a tout juste cinquante ans. Cela fait maintenant plusieurs mois qu'Olivier, Axel, Pierre et quelques " occasionnels " ont pris l'habitude de ces déjeuners qui commencent à midi et se terminent rarement avant 18 heures. Au programme, de la bonne bouffe, façon bistrot, glanée dans des brasseries populo et des restaurants de quartier. Le critère ? " Que le patron ne nous mette pas dehors après le dessert... Car c'est à ce moment-là que ça commence. C'est pour nous une sorte de trou normand qui relance la machine. Il n'est pas rare que l'on recommande un plat après le digestif ", précise Axel. Loin d'être anecdotiques, ces repas où l'on " becquette pour de vrai " sont le signe d'un changement de paradigme dans le goût du jour. Si jusqu'ici l'époque évoluait sur un socle de plaisirs gastronomiques raffinés hérités de la nouvelle cuisine, quelques foodies avant-gardistes sont en train d'opérer un virage à 360 degrés. En cause, un ras-le-bol généralisé pour la gastronomie spectacle, nourrie à coups d'émissions de téléréalité et de chefs starisés. Comme l'analyse Pierre, " cuisiner, ce n'est pas s'affronter, c'est tout sauf se livrer à une compétition... La nourriture, c'est le partage ".
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