Madame Grès a toujours fait partie de son panthéon. Depuis qu'elle coud - elle n'était encore qu'une enfant -, Carine Gilson a clairement choisi son camp : celui du geste, de la main, de la dentelle et de la soie, de la couture qu'elle n'envisage pas autrement que haute. Son rêve devenu réalité s'incarne dans cette robe de mariée, la première, qu'elle a pris soin de plisser à la main, des jours durant. Au départ, ce n'était ...

Madame Grès a toujours fait partie de son panthéon. Depuis qu'elle coud - elle n'était encore qu'une enfant -, Carine Gilson a clairement choisi son camp : celui du geste, de la main, de la dentelle et de la soie, de la couture qu'elle n'envisage pas autrement que haute. Son rêve devenu réalité s'incarne dans cette robe de mariée, la première, qu'elle a pris soin de plisser à la main, des jours durant. Au départ, ce n'était qu'une tentative, un essai nourri de ses recherches et de son savoir-faire, mais à force de passer devant le buste Stockman dont elle l'avait garni, elle a fini par se promettre qu'un jour elle réaliserait une pièce avec ce plissé de toute beauté. " Je voulais le coudre moi-même, raconte-t-elle, chaque petit pli est fait à la main, j'avais tellement envie d'en passer par là, de reprendre l'aiguille, cela faisait longtemps. Il vient sur le corsage, posé, épinglé et ensuite piqué à la main, pour pouvoir obtenir un résultat final qui réponde à mes attentes. C'est vraiment du travail de haute couture, quel plaisir de le faire ainsi... " Sa dentelle Chantilly arachnéenne, sérigraphiée par un fin voile de paillettes discrètes, déploie son motif fougère sur une robe en soie qu'elle voulait " unique " et " d'exception " et qu'elle ferme dans le dos avec une multitude de boutons, une cinquantaine, recouverts eux aussi de soie et posés à la main, " la touche magique ". Comment cacher sa joie ? Carine Gilson n'essaie même pas. Dans un an, sa maison aura 30 ans, riche de sa lingerie intemporelle, de sa ligne couture, de son automne-hiver inspiré par la Tubéreuse Cassée (1807) du peintre flamand Jan Frans Van Dael, de ses écrins à Paris et à Londres, de ses envies d'ailleurs moyen-orientaux et de sa nouvelle boutique du boulevard de Waterloo, à Bruxelles, pensée harmonieusement par les architectes beyrouthins David/Nicolas et inaugurée dans la joie en mai dernier. Il était alors question d'envol, la créatrice a déployé ses ailes, si elle les a choisies comme emblème raffiné, ce n'est pas seulement un heureux hasard.