Bruxelles: La rue des Chartreux , créative et vintage

Après la rue Antoine Dansaert et la rue de Flandre, c'est au tour de la rue des Chartreux d'incarner l'esprit arty du downtown bruxellois. Schéma classique : dès qu'une rue se " gentryfie ", ce sont les artères satellites qui reprennent le flambeau du hype. C'est le cas de Dansaert, dont les prix exorbitants dissuadent aujourd'hui les jeunes créateurs. Ceux-ci se mettent alors à chercher ailleurs, parfois juste à côté.
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Après la rue Antoine Dansaert et la rue de Flandre, c'est au tour de la rue des Chartreux d'incarner l'esprit arty du downtown bruxellois. Schéma classique : dès qu'une rue se " gentryfie ", ce sont les artères satellites qui reprennent le flambeau du hype. C'est le cas de Dansaert, dont les prix exorbitants dissuadent aujourd'hui les jeunes créateurs. Ceux-ci se mettent alors à chercher ailleurs, parfois juste à côté. Lorsque l'on y arrive depuis la Bourse, les rues Dansaert et des Charteux forment les deux branches d'un Y, manière d'obliger le curieux à faire un choix. Soit l'artère consacrée et reconnue, soit un pas vers la jeune création. Direction la génération montante. Sur le chemin, après avoir jeté un £il sur la peinture murale signée Yslaire, on croise des shops de tout premier ordre. Il y a bien sûr, tout au bout de la rue, sur le Marché aux Fleurs, la mythique boutique Own. La magnifique façade 1900 qui domine cette place - digne d'un village - abrite le store de Thierry Rondenet et Hervé Yvrenogeau. Depuis 2004, le tandem signe une mode subtile, bien que compatible toutefois avec la vie quotidienne, conçue pour déjouer les pièges du total look. Côté mode, on s'arrête également chez Shampoo & Conditioner, un autre duo de stylistes, féminin celui-là, dont la mode glamour puise son inspiration au c£ur de contes pour enfants remixés façon Tim Burton. On pointe ensuite Le Vestiaire, un projet né de la rencontre de deux stylistes : Céline Collard (Haute Ecole Francisco Ferrer) et Caroline Foulon (La Cambre). Dans un espace réduit, elles présentent leurs lignes respectives ainsi que le travail d'autres créateurs ou même des concerts de rock. Dernière venue, Louise Assomo s'est installée dans le second tronçon de la rue. Un choix audacieux pour cette fashion designer prometteuse qui propose une mode colorée dans une micro-boutique joliment mise en scène. Le design figure aussi à l'ordre du jour grâce à Espace Bizarre, un lieu à la fois pionnier et must. Au programme : du mobilier de marques prestigieuses façon Moroso, Gervasoni, Casamilano... La rue des Chartreux fait également place au vintage. Outre AM Sweet, un salon de thé rétro et sucré comme l'enfance, l'ex-styliste Nicolas Dehon a ouvert Lucien Cravate un magasin en forme de caverne d'Ali Baba rempli d'objets des années 1950 à 1970. Mention également pour Gabriele, une institution du vêtement de seconde main. Les vrais fashionistas savent que, tout au fond, l'antre abrite un boudoir dédié aux robes griffées. De nouveaux talents y sont aussi régulièrement exposés. Quel est la particularité des Chartreux ? C'est Gabriele du shop éponyme qui livre la clé : " Ici les créateurs sont dans leur boutique, le contact est privilégié ." Mais devant la montée en puissance de la rue, cette donne pourrait changer. Pour preuve, Bellerose, avec beaucoup de flair, vient d'y inaugurer un nouveau store. Sobre et low profile, il est totalement en phase avec l'esprit mode des lieux. Idem pour L'Atelier des Chefs, un concept de cours de cuisine venu de Paris. L'espace comprend un commerce d'accessoires de cuisine mais aussi une section où mettre la main à la pâte en compagnie de chefs pro. Quand il s'agit de débusquer les bonnes adresses à Namur, un quartier s'impose comme une évidence : celui du Vieux Namur. Avec ses magnifiques demeures historiques, ce piétonnier accumule les enseignes trendy. Notre " parcours à suivre " emprunte plusieurs rues et trace un fil rouge au travers des nouveaux concepts à suivre. Clin d'£il amusant, il se déroule tout au long de l'itinéraire historique des pèlerins du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. C'est donc tout logiquement à partir de la rue Saint-Jacques - celle qui fait place aux marques reconnues façon MaxMara ou Lacoste - que l'on plonge dans la rue de l'Ouvrage par laquelle s'ouvre cette balade hip. Premier stop chez Cult. La pièce qui accueille les tringles plante une ambiance de concept-store, bien sentie, sous le haut patronage d'un luminaire créé par les Gantois de Dark. Côté marque, là aussi, les jeunes patrons, Stéphanie et René, visent l'originalité : Cashmere, De- signers Remix Collection, Grifoni, Mariona Gen, Velvet, Acquaverde... Plus loin, on s'arrête à hauteur de la Cour Saint-Loup qui recèle deux labels belges reconnus qui ont fait preuve de flair en s'installant dans une superbe maison de maître : Pierre Marcolini et Delvaux. La balade reprend jusqu'à Elisa Simplement. Deux tempos pour cette boutique inspirée : le très habillé, façon mariage et cocktails, et le sport chic. L'adresse est connue à Namur pour distribuer en exclusivité Natan+ et Natan Collection. On y trouve également les griffes Armani et Armani Jeans. Ensuite, il faut suivre la rue du Président où quelques arrêts sont nécessaires. D'abord, Laureen, une belle boutique multimarques misant entre autres sur Chine et Mer du Nord. Après, c'est au tour de Présidence doublé des Précieuses. Deux adresses en une pour une variation intéressante autour de la chaussure au féminin à Namur. Si Présidence envisage le pied au quotidien avec des marques comme Vic Matié, Janet Janet et Guess, l'espace attenant - Les Précieuses - se consacre à la version habillée de cette partie de l'anatomie avec Gianmarco Lorenzi Renzi en guest-star. Il est alors temps d'emprunter la rue Saint-Jean. C'est là que se trouve Cedryc, le coiffeur dont on parle en ce moment - il vient d'ouvrir un troisième salon à Bruxelles. Même esprit de nouveauté et concordance au goût du jour avec La Petite Fugue, le restaurant de Pascal Pirlot. Totalement rénové, il fait valoir une gastronomie inventive dopée par une carte des vins imposante. Dernier tronçon de l'itinéraire, la rue de la Halle fait place à Philippe Malarme, un autre néocoiffeur installé dans un micro-boudoir qui à l'étage fait place à un institut de beauté très well-being. On termine avec Maya, une adresse inédite logée dans une maison du xviie siècle et dédiée à une bijouterie ainsi qu'à une horlogerie pointue émanant de designers internationaux mais surtout scandinaves. En vrac, on épingle des noms comme Niessing, Georg Jensen ou encore Lapponia Jewelry, mais aussi de jeunes créateurs tels que Nico Taeymans (Anvers), Caroline Swolfs (Bruxelles), Patrice Fabre (Paris)... Des collections que l'on découvre confortablement installé dans de belles chaises Verner Panton. Le destin de la rue En Neuvice n'est pas banal. Il s'agit d'un passage étroit présentant une âme véritable. Historiquement, il s'agit du premier piétonnier de Liège. Dans les années 1970, on s'y bousculait pour se frayer un chemin vers les petites enseignes populaires du quartier - de celles que l'on se transmet de père en fils. Son sacre remonte au 17 février 1989 lorsque Georges Simenon himself accepte " la présidence d'honneur du 25e anniversaire de ce piétonnier ". Motif invoqué : " en souvenir de son adolescence ". On n'en saura pas plus. Malheureusement, après les fastes, la rue sombre dans l'oubli sous les coups des enseignes de la grande distribution. De surfréquentée, En Neuvice devient d'abord désuète, ensuite délabrée. Conséquence classique de cette situation, le prix des loyers baisse en flèche. Aujourd'hui, une jeune génération de créateurs est en train de redorer le blason de la rue. Elle s'affiche désormais comme un laboratoire, un champ de possibles. Attirés par les petits prix d'un axe situé entre le c£ur historique de la ville et le marché de La Batte, ces créatifs font souffler un vent de nouveauté. Aucune enseigne internationale, il s'agit ici d'une scène alternative en plein devenir. Meilleur exemple de ce mouvement : l'art shop Arqontanporin. Imaginé par Bruno Le Boulengé et Katia Marchiori, cet espace fait se cotoyer atelier, galerie et habitation privée. " Ce que nous voulions, c'est pouvoir proposer de l'art sans l'intermédiaire d'un galeriste, un contact direct entre le créateur et l'acheteur... Avec en ligne de mire, la possibilité de baisser les prix pour démocratiser notre travail, répandre l'art ", explique Bruno Le Boulengé, artiste autodidacte. L'idée prometteuse s'est répandue comme une traînée de poudre dans la rue. Plus loin, c'est le sculpteur Eric Laurent, un autodidacte modeste et génial, qui propose ses bas-reliefs contemporains selon le même principe. On pointe encore Artishock, un autre lieu dédié à l'art. En Neuvice s'apprête également à accueillir sous peu d'autres artistes alléchés par le concept : Purkï Design et le peintre Boon. Côté mode, la rue s'est dotée d'une jeune modiste qui monte, Swenna. Ses chapeaux et couvre-chefs 100 % artisanaux sont vendus dans les plus grandes maisons de haute couture de Bruxelles. Elle met un point d'honneur à travailler les matières bio et à revendiquer " un esprit frondeur à la Montmartre " pour qualifier la rue qui abrite son enseigne. Swenna propose aussi des bijoux ethniques venus d'Afrique et des accessoires mode. Tout près, la librairie Le Comptoir s'inscrit dans l'esprit des lieux en proposant des livres issus du monde de l'édition indépendante ainsi qu'une galerie exposant des artistes en devenir. Celle-ci est chronologiquement la première à s'être installée dans la ruelle. Poétique, la rue En Neuvice cultive les lettres avec bonheur : certaines vitrines déclinent des citations d'auteurs variés, entre Guy Bedos et Patrick Süskind. On notera également que certains des vieux commerces d'antan ont résisté contre vents et marées et parsèment la rue de touches nostalgiques. C'est ainsi vrai pour la vieille boucherie Colson mais surtout pour Fragrances, un salon de thé délicieusement bohème, où l'on vient siroter des breuvages exquis, entre thé glacé, café d'Ethiopie et thé des Cigales. En Neuvice est en connexion directe avec d'autres rues dont elle partage l'esprit alternatif. C'est d'abord la rue des Mineurs qui la prolonge. On y trouve la galerie d'art et l'ASBL D'une certaine gaieté de Michel Antaki, l'instigateur du Cirque Divers. C'est aussi l'artère de Design Retro, une belle adresse vintage offrant mobilier et luminaires, et de Mini Midi, une néocantine joliment mise en scène qui sert une petite restauration fraîche et saine. Plus loin, l'axe se prolonge sur la gauche en devenant la rue des Palais. Arrêt obligatoire chez Pinky Pintus, architecte d'intérieur et styliste, que l'on connaît entre autres pour ses bidons de Soupline recyclés et son mobilier décalé salués hors de nos frontières. Juste à côté, on trouve les Kinanimos, un projet de bestiaire imaginaire en papier mâché signé par la créatrice Kina. Et quelques pas plus loin et l'on tombe sur l'atelier de Delphine Quirin, la modiste-star de Liège. Mais c'est déjà une autre histoire, déjà écrite celle-là... Difficile de trouver artère plus prisée que la Kammenstraat en ce moment à Anvers. On assiste à une véritable OPA sur ce périmètre se situant à quelques pas seulement du c£ur historique de la ville. Underground et contestataire au début de son histoire, le profil de la Kammenstraat a totalement changé sous la pression de la spéculation. Pas un mois qui ne passe sans qu'une nouvelle griffe jette son dévolu sur l'une des maisons qui la composent... Des labels décalés, basés sur un marketing très urbain, aimant jouer avec des codes qui égratignent la consommation de masse. Le tout pour un positionnement intermédiaire entre les adresses de créateurs - clin d'£il amusant : la Kammenstraat croise la Nationalestraat à hauteur de la boutique de Dries Van Noten - et les griffes internationales du prêt-à-porter de masse. L'exemple le plus frappant en est donné par Gsus, la marque néerlandaise déjantée, qui se loge dans la boutique Heavens Playground. Sa collection hiver 07-08 donne le ton : l'esprit des Amish y rejoint celui des Vikings pour un contraste étonnant entre la douceur et la force. Autres labels à avoir investi la Kammenstraat, G-Star et Diesel s'affichent dans des boutiques spacieuses dont les proportions donnent le vertige. Idem pour Pepe Jeans et Lee qui se déclinent aussi en grand et en large. Des lieux devenus incontournables qui seront rejoints - dès septembre - par un énorme point de vente Levi's. Parmi les exclusivités de la Kammenstraat, l'une est de taille : la rue anversoise abrite le seul concept-store Adidas de Belgique. Dans la foulée, on trouve plusieurs shops orientés vers une clientèle plus jeune comme XX by Mexx, Fornarina, une marque italienne qui monte, Be. You(K), un label français, ou Who's That Girl, une griffe belge. De façon étonnante, il existe aussi quelques adresses qui ont gardé l'esprit contestataire du début. Ainsi du mythique Fish & Chips, un store dédié aux streetwear. L'adresse fait face depuis dix ans à un espace décliné sur deux niveaux où s'alignent en vrac Bronx, Carhartt, T.U. K, Etnies... mais aussi bonbonnes de couleurs spéciales tags ! Dans le même registre, on citera également Fans et Vaudeville, deux enseignes néopunks. Essentiellement dominée par la mode, la Kammenstraat se voit depuis peu investie par la scène food. On doit cette initiative aux deux frères Sanchez-Peña du Comocomo de la rue Antoine Dansaert à Bruxelles. Ensemble, ils ont ouvert coup sur coup deux enseignes inspirées par la cuisine espagnole, la première, Comocomo, propose un fast-food basque à base de pintxos comme à Bruxelles, tandis que la seconde, Nada en la Nevera, toute nouvelle sous nos latitudes, fait la part belle à la cuisine catalane. Le tout emballé dans un décor frais et trendy. Carnet d'adresses en page 176.Michel Verlinden