" Après 130 kilomètres de piste, vous n'aurez plus l'impression d'être au xxie siècle ", affirmait notre guide Bernard, lui qui connaît le sud de l'Afrique comme sa poche. Détaillant l'itinéraire à suivre pour rejoindre la région du lac Bangweulu, il avait également évoqué la possibilité de retrouver les sensations des grands explorateurs mythiques comme Stanley ou Livingstone. Il ne se trompait pas. Ce coin de Zambie, proche de la frontière congolaise, étire ses paysages de brousse à perte de vue. Ici et là surgissent des habitants qui se précipitent hors de leurs huttes pour venir saluer des étrangers plutôt rares sous ces latitudes.
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" Après 130 kilomètres de piste, vous n'aurez plus l'impression d'être au xxie siècle ", affirmait notre guide Bernard, lui qui connaît le sud de l'Afrique comme sa poche. Détaillant l'itinéraire à suivre pour rejoindre la région du lac Bangweulu, il avait également évoqué la possibilité de retrouver les sensations des grands explorateurs mythiques comme Stanley ou Livingstone. Il ne se trompait pas. Ce coin de Zambie, proche de la frontière congolaise, étire ses paysages de brousse à perte de vue. Ici et là surgissent des habitants qui se précipitent hors de leurs huttes pour venir saluer des étrangers plutôt rares sous ces latitudes. Arrivé au lac, la fatigue du long voyage s'efface instantanément devant tant de beauté. L'immense dépression qui constitue le Bangweulu et les marais qui l'entourent se profile comme une sorte de delta de l'Okavango sans la pression touristique. Le biotope étant tellement fragile, la voiture y est bannie. Le voyage s'effectue alors à pied ou en barque traditionnelle propulsée à l'aide d'un bâton enfoncé dans la vase. Après avoir sillonné d'étroits canaux de terre et d'herbes hautes, on accoste sur une petite île pour passer la nuit sous la tente. Une nuit éclatante due à la pleine lune et qui nous permet d'assister à un spectacle unique d'ombres chinoises : des centaines d'antilopes galopant dans les marais et faisant résonner l'obscurité de leurs sabots. Véritable paradis naturel, la région de Bangweulu attire les ornithologues comme un aimant. Guêpier à collier bleu, dendrocyne veuf, grue caronculée, oie de Gambie, héron crabier, sarcelle hottentot, ibis falcinelle, vanneau à face blanche... les espèces rares se comptent par dizaines grâce à cet environnement soigneusement préservé. Pouvoir observer le mythique bec-en-sabot (" shoebill " en anglais), volatile à l'allure préhistorique pesant jusqu'à 6,7 kilos est certes l'un des grands moments d'un voyage en Zambie. Mais cet oiseau diurne solitaire est bien difficile à approcher en raison d'un tempérament excessivement farouche. L'expédition débute par un long prélude en barque dans les hautes herbes. Deux pisteurs locaux, Patson et Steve, dirigent l'embarcation dans ce dédale indescriptible. Le silence absolu est requis ; le moindre éclat de voix pouvant réduire à néant des heures de patience. Après le bateau, il faut marcher au travers de la végétation baignée d'eau tiède. Au programme : sangsues et herbes acérées comme des lames de couteau. On progresse avec difficulté. Soudain, un doigt se tend. Quelques centaines de mètres plus loin, la surprise est de taille car on se trouve face à deux becs-en-sabot en train de pêcher des silures, sortes de poisson-chat sans écailles. Le spectacle dure de longues minutes et l'on est totalement absorbé par la contemplation de ces deux volatiles semblant venir de la nuit des temps. Malheureusement, le spectacle prend brutalement fin : un craquement malencontreux a donné le signal d'alerte. En quelques secondes, les becs-en-sabot déploient leurs grandes ailes et disparaissent. Peu importe, le miracle a eu lieu ! Patson et Steve, eux-mêmes, se congratulent, trop heureux d'avoir accompli leur difficile mission. Le retour au camp est des plus palpitant. L'attention est sans cesse mobilisée par les nuées d'oiseaux qui se succèdent dans le ciel. Au milieu de cette belle nature, on jouit d'une paix totale. C'est encore plus frappant avec le jour qui s'achève et le vent frais qui se lève. Le cuisinier allume un feu dont la lueur orangée et les crépitements poétisent un peu plus encore la fraîche nuit zambienne. Anciennement Rhodésie du Nord, la Zambie n'a jamais vraiment attiré les colons. L'accès difficile et l'aridité de ses sols ont contribué à la préserver des intérêts étrangers, si du moins l'on excepte la " Copper Belt ", région riche en gisements de cuivre sur la frontière avec le Congo. Aujourd'hui, cet isolement est en passe de devenir la force et l'intérêt de ce pays proposant un tourisme exclusif. Après le lac Bangweulu, cap sur le parc de Kasanka. Relativement petit (420 km2), il déploie une grande variété de végétation, allant de la plaine sèche à la forêt tropicale, sans oublier rivières et marais. Cet endroit quasi vierge de toute civilisation est parfait pour une approche très relax de la faune. Au lieu-dit de Fibwe, un superbe Mopane (un arbre exotique) surplombe la plaine en offrant un panorama à 180 °. Armé d'une paire de jumelles, on peut y rester des heures à observer les allées incessantes des oiseaux et des antilopes. Le parc de Kasanka est aussi réputé pour sa diversité de mammifères ruminants comme le guib harnaché, le cob de fassa ou encore le bubale de Lichtenstein. Sans parler d'une espèce très rare, le sitatunga, une timide antilope des marais. A recommander aussi, en Zambie : un séjour du côté du parc du Sud Luangwa qui fait partie de la grande Vallée du Rift, épine dorsale du continent africain. Cette réserve qui recèle quelques magnifiques lodges permet de goûter aux joies d'un safari plus classique qui n'a rien à envier à d'autres destinations. Le Mfuwe Lodge donne la pleine mesure de la nature en organisant une série d'activités telles que déjeuner dans le bush, safari à pied - un privilège rare -, ou encore safari nocturne en 4 x 4. Lions, éléphants, hyènes, crocodiles, léopards et girafes peuvent être observés à loisir. La réserve compte également la plus grande population d'hippopotames de toute l'Afrique. " Chez nous, la faune ne se donne pas spontanément, il faut aller la chercher, précise Manda, le guide du Mfuwe Lodge. Les animaux ont ici un comportement normal, pas comme dans certaines réserves où ils ne réagissent même plus à la présence humaine. En Zambie, on ne dit pas "aujourd'hui je veux voir tel animal". Il faut une certaine humilité, on prend ce que la nature a décidé de bien vouloir nous donner. Le plaisir n'en est que plus grand. "Parmi les autres curiosités de la réserve du Sud Luangwa, il faut mentionner le Chichele Presidential Lodge où la Zambie prouve qu'elle peut également s'afficher en version 5-étoiles. Le lodge - qui appartenait au premier président zambien - offre un vrai raffinement tout britannique et, luxe suprême pour une région aussi éloignée de tout, possède l'électricité sans groupe électrogène. Le tout avec un souci du détail rare : les câbles électriques ont été enterrés sur plusieurs centaines de kilomètres afin de ne pas nuire au " genuine feeling of Africa ", le sentiment véritable de l'Afrique, prôné ici. Petite confidence : l'endroit a été honoré de la présence de la reine Elisabeth II. Carnet de voyage en page 85.Michel Verlinden