"Comme je travaille au service Culture de la Ville de Bruxelles, je sais depuis longtemps combien les artistes, techniciens et autres acteurs du secteur culturel mènent une existence précaire, explique Pauline Duclaud-Lacoste. Lors du premier confinement, j'ai eu connaissance de nombreux témoignages poignants. Bon nombre de ces travailleurs précarisés ne pouvaient pas bénéficier d'une prime Corona, et plus la situation se prolongeait, plus il est apparu qu'a...

"Comme je travaille au service Culture de la Ville de Bruxelles, je sais depuis longtemps combien les artistes, techniciens et autres acteurs du secteur culturel mènent une existence précaire, explique Pauline Duclaud-Lacoste. Lors du premier confinement, j'ai eu connaissance de nombreux témoignages poignants. Bon nombre de ces travailleurs précarisés ne pouvaient pas bénéficier d'une prime Corona, et plus la situation se prolongeait, plus il est apparu qu'aucune initiative supplémentaire ne leur viendrait en aide." Pauline a dès lors décidé de lancer en juin dernier sa propre initiative: Feed the Culture, une épicerie gratuite qui dresse ses tentes tous les samedis dans les anciennes casernes d'Etterbeek. Chaque semaine, septante à nonante ménages viennent y chercher pour 90 euros de denrées alimentaires en moyenne: artistes de rue, créateurs de mode, écrivains, metteurs en scène... "Chacun doit s'inscrire d'avance et déclarer sur l'honneur qu'il travaille dans le secteur culturel, créatif ou événementiel, mais nous ne demandons pas de documents officiels, poursuit Pauline. Nous permettons ainsi à ces personnes de garder toute leur dignité et nous atteignons les plus précarisés." Feed the Culture recourt uniquement à des surplus alimentaires invendus obtenus auprès de supermarchés, de boulangeries, de restaurants... "Certaines banques alimentaires et le CPAS achètent des produits de longue conservation avec lesquels ils composent des colis normalisés, mais je n'avais pas les moyens de procéder de cette façon. Chez nous, les gens n'ont pas non plus l'impression de faire appel à la charité: ils font tout simplement leurs courses, tout en participant à la lutte contre le gaspillage. Nous n'avons aucun contrôle sur les produits que nous recevons chaque semaine, mais en travaillant avec plusieurs fournisseurs et en échangeant des produits avec d'autres banques alimentaires, nous arrivons à proposer une offre variée." Entre-temps, plus de trente bénévoles ont rejoint le bateau. "Je crains que des initiatives comme la nôtre ne soient nécessaires pendant longtemps, y compris ailleurs, mais plus que jamais, les gens souhaitent unir leurs forces et apporter leur aide. Il n'a jamais été aussi facile de faire bouger les choses", conclut Pauline. facebook.com/feedtheculturebrussels