En quittant la côte de granit au nord, la route se perd rapidement dans un dédale de rochers avant de doucement grimper. Le paysage s'élargit ensuite et dévoile un autre visage : de larges vallées tantôt arides, tantôt couvertes de chênes. Ici ou là, un village. Mais aussi d'étranges monuments faits de pierres tellement gigantesques qu'ils semblent avoir été élevés par des géants. La Sardaigne compte près de 8 000 de ces " nuraghi ", vestiges d'une civilisation demeurée jusqu'ici inconnue. Souvent perdues dans le maquis, ces constructions massives et coniques faites de blocs parfaitement enchâssés les uns dans les autres, sans mortier, caracolent à plus de vingt mètres de hauteur. Les plus grandes ressemblent à de véritables châteaux forts, percées de couloirs et de grandes salles voûtées. Invariablement, un escalier longe la paroi jusqu'au sommet et s'ouvre sur une terrasse. Temple, habitation ou forteresse ? Et surtout, comment ont-ils réussi à assembler et enchâsser des pierres de plusieurs tonnes ? Un mystère opaque plane sur ces édifices et sur ce peuple qui vécut ici entre 1800 et 500 avant notre ère. Le nuraghe Losa est l'un des mieux conservés de l'île. A quelques kilomètres de là, à côté d'Abbasanta, Pietro en possède un sur son domaine. Pas du tout gênant, au contraire : " Pour les Sardes, dévoile-t-il, ils ont des vertus magiques et sont réputés porter bonheur. " Chaque printemps, il le dégage des broussailles qui l'envahissent pour que les visiteurs de passage puissent y grimper...
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