"La psychologie, ça ne te mènera à rien ! ", avaient prophétisé les parents de Jean-Michel Briou, mais force est de constater que cela ne l'a pourtant pas empêché de mener une carrière riche et variée. Après quinze ans passés comme journaliste à la RTBF " dans des émissions scientifiques, celles que l'on ne regarde jamais ", il mène de front deux activités : la communication d'entreprise - " Je faisais des trucs chouettes, des films corporate qui expliquaient qu'on licencie les gens pour leur bien, que le nucléaire n'est pas dangereux et que l'industrie chimique ne pollue pas tant que ça " - et, en parallèle, le stand-up. Il travaille aussi dans la BD et ira jusqu'à monter le premier Salon de la bande dessinée, où se presse le gratin des auteurs, Morris, Giraud, Hergé - " Malgré le succès, il n'y eut qu'une seule édition parce qu'on s'est plantés au niveau fi...

"La psychologie, ça ne te mènera à rien ! ", avaient prophétisé les parents de Jean-Michel Briou, mais force est de constater que cela ne l'a pourtant pas empêché de mener une carrière riche et variée. Après quinze ans passés comme journaliste à la RTBF " dans des émissions scientifiques, celles que l'on ne regarde jamais ", il mène de front deux activités : la communication d'entreprise - " Je faisais des trucs chouettes, des films corporate qui expliquaient qu'on licencie les gens pour leur bien, que le nucléaire n'est pas dangereux et que l'industrie chimique ne pollue pas tant que ça " - et, en parallèle, le stand-up. Il travaille aussi dans la BD et ira jusqu'à monter le premier Salon de la bande dessinée, où se presse le gratin des auteurs, Morris, Giraud, Hergé - " Malgré le succès, il n'y eut qu'une seule édition parce qu'on s'est plantés au niveau financier. " Ensuite vient le carton de Vous permettez, Raymond, capsules TV devenues cultes, mettant en scène des marionnettes de Raymond Goethals et Salvatore " Escalvator " Adamo - " un échec flamand devenu un succès chez les francophones " - lors de la Coupe du monde 94, qui marque sa rencontre avec Bernard Melchior, doubleur de Raymond-la-Science, et toujours son complice aujourd'hui sur le Turpitour. " Ça m'a donné envie de faire des blagues ", dit-il pour expliquer la suite de ses tribulations, dont le cabaret d'actu humoristique Les nouvelles de l'Espace Delvaux, à Watermael-Boitsfort et, plus récemment, une autre histoire de marionnettes, Clochemerle, " un pays fictif, avec son roi Flop et ses deux communautés : les Clochons, qui ont un esprit de clocher, et les Merlans, qui parlent merlandais ". A ceux qui ne l'auraient pas encore compris : la belgitude, c'est son truc, à Jean-Michel. Né de parents ch'tis, il grandit en gardant sur notre pays un regard assez distancié. " Il fallait toujours tout expliquer aux cousins français : la formation alambiquée du gouvernement, les tensions linguistiques, l'accent bizarre... Ça a marqué ma pensée, ma vision satirique. " On en arrive enfin au Turpitour, dont l'idée commence à germer au cours d'un voyage à Washington, période Clinton, grâce à un " Scandal Tour " de la ville. Elle se précise dix ans plus tard, lors d'une escale à Aix-les-Bains, bourgade de province dont le petit train touristique glorifie les élus locaux pour des ronds-points et des parterres de tulipes. " Un exercice de propagande municipale comme je n'en ai jamais vu ", se remémore-t-il. L'éclosion du projet aura lieu juste après les attentats de 2016 : " Avec les attaques, le nouveau lockdown, les tunnels en ruine, le Brussels bashing, le ciel nous tombait sur la tête. Je me suis dit : " Il y a plein de trucs qui vont mal ? On va s'en moquer un peu, ça rendra la ville sympathique ". " Rapidement, le Turpitour prend forme, malgré les difficultés d'écriture inhérentes à un spectacle ambulant, forcé de composer avec les impondérables du trafic puisqu'il se donne dans un ancien car de transport scolaire. Jean-Michel épingle les étrangetés, les inepties, tout ce qui va de traviole, du palais de justice aux fresques porno, en passant par le buste kidnappé de Léopold ii et autres monuments... de bêtise. " Mais il fallait que ça reste marrant, pas moraliser ou tomber dans le " tous pourris " ", précise Jean-Michel Briou. Dès sa mise en service, le bus se remplit, " avec un engouement phénoménal " : en sept mois d'activité réelle, il dépasse les 3 000 voyageurs, avec la bénédiction de l'office du tourisme bruxellois, plutôt fair-play sur ce coup-là. " Le Turpitour a un côté décongestionnant : on devrait en pleurer, mais autant en rire ", résume notre guide. Pour la deuxième saison, il prévoit des visites en néerlandais, un parcours revu et actualisé - " avec la crise du gouvernement, les gilets jaunes, le Brexit et les élections, la matière ne manque pas " -, et même une formule avec lunch inclus une fois revenu à quai. Et que retrouve-t-on au menu ? Des boulettes, évidemment !