Fin 2001, Amanda Sanchez frappait à la porte de Chanel... et très rapidement la jeune Brésilienne fut engagée à temps plein comme mannequin cabine. Depuis, elle a passé un nombre incalculable d'heures avec Karl Lagerfeld puis avec Virginie Viard et a participé à tous les défilés de la maison, une exception dans le milieu. Alors que les modèles d'essayage sont longtemps restés dans l'ombre, elle a même accédé à une certaine notoriété. Son compte Instagram n'y est sans doute pas étranger, où elle partage gaiement des selfies pris au boulot - dans les miroirs du studio, sur l'escalier de secours... - et des clichés de son appartement du Marais, à Paris, de son chat et de son fils de 13 ans. " Je dévoile aussi bien cet univers - celui de mon travail chez Chanel -- que ma vie quotidienne, explique-t-elle. On peut bosser dans un monde hors normes tout en menant une vie parfaitement normale. Parfois, les gens m'arrêtent dans la rue pour me dire qu'ils trouvent mon chat adorable. "
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Fin 2001, Amanda Sanchez frappait à la porte de Chanel... et très rapidement la jeune Brésilienne fut engagée à temps plein comme mannequin cabine. Depuis, elle a passé un nombre incalculable d'heures avec Karl Lagerfeld puis avec Virginie Viard et a participé à tous les défilés de la maison, une exception dans le milieu. Alors que les modèles d'essayage sont longtemps restés dans l'ombre, elle a même accédé à une certaine notoriété. Son compte Instagram n'y est sans doute pas étranger, où elle partage gaiement des selfies pris au boulot - dans les miroirs du studio, sur l'escalier de secours... - et des clichés de son appartement du Marais, à Paris, de son chat et de son fils de 13 ans. " Je dévoile aussi bien cet univers - celui de mon travail chez Chanel -- que ma vie quotidienne, explique-t-elle. On peut bosser dans un monde hors normes tout en menant une vie parfaitement normale. Parfois, les gens m'arrêtent dans la rue pour me dire qu'ils trouvent mon chat adorable. " Vous avez commencé votre carrière de mannequin en Espagne...J'ai grandi à São Paulo. A 16 ans, j'ai eu l'occasion d'aller étudier à Barcelone, mais je n'étais pas le genre de fille qui rêvait de devenir mannequin. De quoi rêviez-vous, alors ?Je voulais être journaliste, voyager... et puis un jour, quelqu'un m'a suggéré de chercher du travail comme mannequin, étant grande et mince. J'ai donc fait quelques boulots et j'ai rapidement pris conscience que cela me permettrait d'assouvir mes envies d'ailleurs. J'ai parcouru la planète trois ans sans interruption, de 18 à 20 ans. J'ai vécu au Japon, à New York... je ne voulais pas revoir deux fois le même endroit. Paris, c'était la toute dernière étape de mon itinéraire, une ville qui me semblait froide et dure. Alors que je n'avais eu aucun mal à me faire des amis à New York ou à Milan - même si les rapports restaient sans doute superficiels -, à Paris, cela m'a demandé beaucoup plus d'énergie. Là, il faut vraiment prendre le temps d'apprendre à connaître les gens. Combien de temps vous a-t-il fallu pour vous y sentir chez vous ?La première fois, j'y suis restée six mois, qui ont été très durs. Je suis ensuite partie pour l'Australie, qui m'attirait beaucoup. Sydney était une ville formidable, mais j'ai fini par revenir à Paris à la veille de Noël. Chanel cherchait quelqu'un pour les essayages d'une collection de haute couture, c'était une mission d'un mois. J'ai fait plusieurs castings. La première personne que j'ai rencontrée chez Chanel, c'était Virginie Viard. Je n'ai vu Karl (NDLR : Lagerfeld) que deux ou trois jours plus tard. Cela m'a semblé une éternité : les contretemps se succédaient, alors que j'étais sur des charbons ardents ! Bien sûr, l'avis de Virginie ou de la première d'atelier était important, mais c'était lui qui devait trancher. Et manifestement, il a dit oui...Cette première rencontre a été très impressionnante. Vous attendez depuis si longtemps et vous entrez enfin dans ce bureau... Karl Lagerfeld avait une présence formidable, ce n'était vraiment pas n'importe qui ! Quel âge aviez-vous ?J'avais 20 ans. Il a immédiatement donné son accord, en disant que j'étais très bien proportionnée. Quand Virginie l'a averti que je ne parlais pas français, il a répliqué : " Cela tombe bien, je ne dis rien de méchant. " Et dès le lendemain, j'ai commencé à travailler pour lui. Après la collection haute couture, on m'a proposé de rester pour le prêt-à-porter, puis pour la saison suivante... et dix-huit ans plus tard, voilà où nous en sommes. Vous participez aussi depuis le début aux défilés de la maison. Est-ce courant pour un mannequin cabine ?Je ne sais pas comment cela se passe ailleurs, je suppose que c'est moins fréquent, mais chez Chanel, c'est une tradition. Au fond, c'est un peu logique, c'est une marque de respect pour ce travail... sans compter que ces vêtements ont été littéralement modelés sur mon corps. Ce serait dommage de ne pas m'utiliser dans les défilés. A quoi pensez-vous lorsque vous pénétrez dans cet immense Grand Palais, là où se déroulent les défilés de la griffe ?Je trouve ça formidable, c'est toujours une nouvelle aventure. Derrière chaque show, il y a une histoire et un mois à six semaines de travail. Il y a aussi un peu d'appréhension. Je ne dirais pas que j'ai le trac, mais lorsque mon tour arrive, j'ai toujours un petit frisson. Ces dix-huit années de défilés, c'est un record ?Je n'ai jamais vérifié, mais sans doute. Je suis probablement aussi la femme qui a porté le plus de vêtements Chanel : dix-huit ans, cela en fait, des collections ! Comment se fait-il que vous travailliez ici depuis si longtemps ?Est-ce-que ça s'explique? Je ne pense pas. C'est peut-être un simple hasard, même si au fond je ne sais pas si j'y crois, au hasard. Il y a probablement eu une foule de facteurs. Les ateliers ont l'habitude de travailler avec mes mensurations, qui n'ont pas changé en dix-huit ans. Je suppose que ça aide. Cela ne vous met-il pas sous pression en permanence ?Pas du tout. Après avoir eu mon fils, j'ai repris le fil comme si de rien n'était. Si je devais faire des efforts pour garder la ligne, cela fait longtemps que j'aurais arrêté. Comment se passe une journée de travail chez Chanel ?Chaque jour est différent, même si les horaires sont classiques. Je commence à 10 heures, mais pour le reste, je ne sais jamais à quoi m'attendre. Je reste disponible toute la journée pour les essayages dans les ateliers, avec Virginie, et je passe beaucoup de temps à attendre. Je m'occupe en lisant dans ma petite pièce à côté du studio, en faisant le tour des bureaux, en traînant dans les ateliers. On papote. C'est devenu ma deuxième maison, ma deuxième famille. Les premières d'atelier savent tout de ma vie, ce sont des femmes avec qui je partage énormément de choses, des confidentes. Quel souvenir avez-vous de Lagerfeld ?Il y en a tant... Finalement, je l'ai vu pratiquement tous les jours pendant toutes ces années. (silence) Il m'inspirait énormément de respect, je l'appréciais beaucoup et je pense que c'était réciproque. J'ai adoré travailler avec lui et j'ai vraiment eu une chance extraordinaire de faire partie de ce petit cercle. Il était généreux et drôle, et l'homme le plus intelligent que j'aie jamais rencontré. Karl, c'était une véritable bibliothèque, il lisait tout sur tout et avait toujours une anecdote à raconter. Y a-t-il eu des évolutions majeures depuis que Virginie Viard lui a succédé ?Les changements radicaux, ce n'est pas le genre de la maison. Il y a une évolution, mais elle se fait naturellement et tout en douceur. Aujourd'hui, c'est une femme qui dessine Chanel, une femme qui crée des vêtements pour femmes, et cela fait une différence. Virginie porte les codes de Gabrielle Chanel dans son coeur, cela ne lui demande pas d'efforts, mais sa touche personnelle n'en est pas moins clairement présente. Cela ne se voit peut-être pas tellement de l'extérieur, mais je retrouve sa personnalité dans ses créations.