Certaines graines possèdent de nobles ascendances. Ainsi de la moutarde à laquelle il est fait allusion dans le Nouveau Testament. "Si vous aviez la foi grosse comme un grain de sénevé, vous diriez à la montagne "Déplace-toi d'ici à là" et la montagne se déplacerait. Rien ne vous serait impossible", consignent Matthieu et Luc au Ier siècle de notre ère. Peu usité, le terme "sénevé" désigne la plante de moutarde dont, à l'époque, les graines passent pour les plus petites qui soient. Piquant: un peu moins de deux millénaires plus tard, les graines de moutarde ont toujours partie liée avec le fait de déplacer les montagnes. Surtout si l'on ambitionne de relocaliser ce produit qui nous arrive désor...

Certaines graines possèdent de nobles ascendances. Ainsi de la moutarde à laquelle il est fait allusion dans le Nouveau Testament. "Si vous aviez la foi grosse comme un grain de sénevé, vous diriez à la montagne "Déplace-toi d'ici à là" et la montagne se déplacerait. Rien ne vous serait impossible", consignent Matthieu et Luc au Ier siècle de notre ère. Peu usité, le terme "sénevé" désigne la plante de moutarde dont, à l'époque, les graines passent pour les plus petites qui soient. Piquant: un peu moins de deux millénaires plus tard, les graines de moutarde ont toujours partie liée avec le fait de déplacer les montagnes. Surtout si l'on ambitionne de relocaliser ce produit qui nous arrive désormais du Canada, de Russie, d'Ukraine ou des Etats-Unis. En Belgique? Les plantes de sénevé connaissent souvent un destin malheureux: les agriculteurs les font pousser uniquement pour amender les sols. Une fois à maturité, elles sont coupées et vouées à se désagréger tel un engrais vert. Arthus de Bousies, entrepreneur de 38 ans à la tête de la marque Natura, a décidé de faire bouger les lignes. En décembre 2019, il rachète l'entreprise familiale Bister connue en Wallonie pour L'Impériale, popularisée par son emblématique pot à facettes. "Son goût distinctif et son packaging en forme de grenade ont pénétré l'imaginaire des Belges", explique cet homme issu d'une famille d'agriculteurs installée en Flandre et qui a le goût du terroir inscrit en lui. Quand il se met à rêver d'"une moutarde fabriquée à partir de graines belges", il sait que le défi est de taille. Pour le relever, il fait appel à Farm for Good, une société qui se veut une boîte à outils pour "aider les agriculteurs à réussir collectivement leur transition agro-écologique". Cinq fermes condruziennes acceptent de tenter l'aventure. Soit 11 hectares qu'il n'était pas question d'aborder n'importe comment. "Tant qu'à faire local, il fallait faire bon et bien. Nous avons opté pour une approche culturale biologique et régénérative. Cela implique de ne pas utiliser de pesticides et d'avoir une démarche très respectueuse du sol. Le but est d'y remettre de la vie et d'éviter la formation d'une semelle de labour, une couche compacte à l'opposé d'une terre vivante. La moutarde n'a plus été cultivée en Belgique depuis des années, il a fallu se réapproprier ce savoir-faire", détaille Arthus de Bousies. Plantées en avril et récoltées en septembre, les graines font vivre à l'entrepreneur six mois riches en émotions. "Trois vagues d'insectes, l'apparition d'adventices, l'obligation d'en passer par un triage optique... Autant d'épisodes qui ont mis les nerfs à rude épreuve." Le tout pour une matière première (3,5 tonnes) achetée cinq fois plus chère que si elle avait été glanée, par exemple, en Ukraine. Tel est le prix à payer pour renouer avec le circuit court. Idem pour le consommateur qui paiera son pot 1,79 euro, là où la version classique de L'Impériale s'affiche à 1,25 euro. Emballée sous couvercle vert, la petite nouvelle s'est taillé une place à part sur le marché. Fabriquée exclusivement à partir de graines jaunes (à mille lieues des graines "noires" de la version gantoise Tierenteyn-Verlent) mêlées entre autres à l'eau et au vinaigre à la faveur d'une recette confidentielle, cette Bister douce et lisse possède un piquant subtil qui en fait un pot familial par excellence.