Jury Prize Martin Margiela

S'il y en a bien un qui marque encore et toujours la mode de son empreinte, c'est Martin Margiela, malgré son départ de la maison qui porte son nom en 2009, après vingt ans de géniale inventivité. Depuis, son travail n'a cessé d'inspirer. Et son style, fait de volumes oversized, de vêtements unisexes, de recyclage et de revalorisation, est plus pertinent que jamais. On en veut pour preuve les défilés et les collections d'aujourd'hui.
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S'il y en a bien un qui marque encore et toujours la mode de son empreinte, c'est Martin Margiela, malgré son départ de la maison qui porte son nom en 2009, après vingt ans de géniale inventivité. Depuis, son travail n'a cessé d'inspirer. Et son style, fait de volumes oversized, de vêtements unisexes, de recyclage et de revalorisation, est plus pertinent que jamais. On en veut pour preuve les défilés et les collections d'aujourd'hui. " Créateur invisible " à l'époque des créateurs vedettes, de la logomania et des supermodels, Martin Margiela a inventé ses propres codes. Pas d'étiquettes, mis à part quatre fils blancs, des mannequins au visage caché et lui-même volontairement hors champ. Le Belge a réduit la mode à son essence. C'est sans doute aussi pour cela que ses créations restent étonnamment contemporaines. Seuls comptaient pour lui les vêtements et la manière dont ils étaient réalisés. Il les montrait à l'envers, souvent même en cours de fabrication : une emmanchure non terminée, une couture en voie de finition. Des éléments beaux dans toute leur apparente imperfection. Ou très purs et parfaits, comme ceux des lignes qu'il signa pour Hermès, de 1997 à 2003. Dans des formes équilibrées et de nouveaux matériaux, portés sur catwalk par des femmes de tous âges. Car c'est cela qui caractérise le style Margiela : un vestiaire ni jeune ni vieux, ni masculin ni féminin mais fait pour celui ou celle qui l'habite.L'an dernier, vous avez été submergé de prix et d'éloges. Ressentez-vous de la pression ? A vrai dire, je ressens moins de stress aujourd'hui. Les dernières années ont été intenses : mettre ma propre empreinte sur Y/Project, profiler une marque avec une identité claire, élaborer une notoriété, passer d'une petite équipe de quelques collaborateurs à une team de 25 personnes, renforcer les ateliers... Aujourd'hui, nous sommes plus forts sur tous les fronts et il s'agit surtout d'instaurer une stabilité. Les projets de développement de la marque ne manquent pas mais je souhaite procéder pas à pas ; il ne faut pas se brûler les ailes. Votre rôle a-t-il changé au fil du temps ? Jusqu'à l'an dernier, je travaillais comme le fait un designer indépendant : je dessinais et décidais tout moi-même. Il n'y avait pas un bouton ou une fermeture Eclair qui n'avait pas retenu mon attention ; la structure était tellement petite qu'il m'était impossible de déléguer. A mesure que les collections ont grandi et que nous avons pu spécialiser l'équipe - tricot, sur-mesure, accessoires... - je suis devenu davantage un directeur de création. Chaque saison, je fournis les concepts et compose la collection finale, mais la phase de mise en oeuvre ne me revient plus. Si l'on veut évoluer, il faut donner de l'autonomie aux gens et croire en leur créativité, pour construire ensemble. Le succès et la croissance de Y/Project ont-ils un impact sur la créativité ? Cet aspect ne me préoccupe pas. La polyvalence et l'approche expérimentale sont les fondements de notre identité. Dans une collection, nous allons du streetwear et du denim à la haute couture et au sur-mesure - une réflexion sur la diversité que l'on trouve aussi dans la rue - et nous faisons de chaque pièce une affirmation créative. C'est également ce que notre public attend de nous. D'ailleurs, une pensée purement commerciale et la création d'un blazer basique, par exemple, ne me conviendraient pas. Trouvez-vous le temps de vous occuper d'autre chose ? Je n'ai jamais voulu m'enfermer dans la mode. Mes amis travaillent dans d'autres secteurs et constituent un contrepoids. Et lorsque je ne suis pas au studio, je cherche à me détacher de la scène fashion. Dans les villes marquées par la mode comme Londres et New York, il est inévitable que l'on passe beaucoup de temps à entretenir des contacts pro, mais le week-end, je retourne souvent à Bruges, ou je me rends en Normandie, en Ecosse... Là-bas, je suis tranquille. www.yproject.fr 1983 Naît à Bruges. 2008 Diplômé de l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers après des études en architecture d'intérieur à Gand. 2012 Lance son label à son nom. 2013 Reprend la direction artistique de Y/Project au décès de son fondateur. 2017 Remporte l'Andam Fashion Award. Depuis le début de sa formation à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers en 1989, où il s'essaiera d'abord à la mode pendant une année avant de bifurquer vers la photographie, Willy Vanderperre a parcouru un sacré chemin. Lors de ses études, il rencontre le styliste Olivier Rizzo - qui deviendra son compagnon - ainsi que le make-up artist Peter Philips. Le trio est prolifique dans de nombreux magazines internationaux pointus à l'instar de The Face, Dutch, Another Magazine, Vogue, etc. et est à la manoeuvre de multiples campagnes de pub pour les plus grandes marques, Givenchy et Dior Homme en tête. Willy Vanderperre travaille aussi avec Raf Simons, dès 1999 puis, lorsque celui-ci est nommé directeur artistique, chez Jil Sander. Cette intense collaboration se poursuivra chez Dior et Calvin Klein. Parmi ses autres faits d'armes, le photographe shootera Miranda Kerr pour Victoria's Secret, Pedro Almodovar pour Prada, et la poétesse américaine Tracy K. Smith, gagnante du prix Pulitzer, pour Gant. Il publiera également un recueil avec ses photos Instagram. Son année 2018 est marquée par son exposition solo, chez The Store X à Londres. www.willyvanderperre.be Olivia Borlée et Elodie Ouedraogo faisaient partie de la dream team qui remporta l'or aux 4x100 mètres aux jeux Olympiques de Pékin en 2008, en portant le record belge à 42 secondes 54 centièmes. Un temps dont elles ont baptisé leur marque d'athleisure. Depuis 2016, les deux athlètes forment un duo soudé : Olivia a suivi, en parallèle de sa carrière sportive, une formation en stylisme ; Elodie a étudié la communication et travaillé pour le magazine ELLE Belgique. " Avec notre label, nous combinons nos passions, le sport et la mode, des domaines qui présentent de nombreuses similitudes, dit Olivia. La mode est un business compétitif, le rythme y est élevé et il faut être prêt à tout pour atteindre son objectif. Outre la créativité et la qualité, il faut avoir un bon business plan, pratiquer une politique de prix correcte, être présent dans les points de vente ad hoc... Nous nous faisons entourer de personnes qualifiées. " Si 42I54 défend aussi nos couleurs à l'étranger, notamment en travaillant avec le fabricant de tissus Liebaert et le spécialiste du tricot Cousy, les ambitions ont été internationales pratiquement depuis le départ. " La mode belge est appréciée hors de nos frontières, surtout en Asie. Nous avions la chance de pouvoir signer chez Tomorrow, une agence qui possède des showrooms à Milan, Londres et Paris, où nous avons eu, pour la première fois, un lieu de présentation pendant la Fashion Week. Actuellement, nous avons une vingtaine de points de vente au total, entre autres chez Lane Crawford à Pékin et à Hong Kong. " Et pour l'avenir, à quoi rêvent-elles ? " De pouvoir, dans les cinq ans, vendre notre collection à l'échelle mondiale et ouvrir un flagship store. Ce prix nous rend très heureuses. Une jeune start-up comme la nôtre doit se battre tous les jours. Cela fait du bien de voir qu'un jury pro croit en nous. " www. 4254sport.com" L'Aventure (avec un grand A) a débuté réellement en 2012, lorsque la distribution de notre marque a commencé à prendre forme en Belgique et à l'étranger. On s'est lancées sans trop réfléchir et puis c'est devenu notre métier. FAP s'est rapidement installée comme une marque outsider, à travers son style, ses partis pris d'attitudes et cette habitude de confronter les univers opposés, entre luxe convenu et culture underground. Des collections construites sous forme de mix & match, plutôt détonantes à l'époque. Rapidement, on a vécu de belles surprises avec des célébrités qui nous ont soutenues en portant nos créations : Anna Dello Russo, Chiara Ferragni, Cara Delevingne, Bella Hadid, Hailey Baldwin, Beyoncé ou Marion Cotillard. C'est génial, cela nous donne de la crédibilité et de la visibilité au-delà des frontières. Bien évidemment, derrière cette jolie vitrine, il y a un travail effréné - sortir des collections de 70 silhouettes passant par de la maille, du tee-shirt, du denim, du cuir, du chaîne et trame et des maillots de bain tous les six, voire quatre mois, cela ne se fait pas tout seul... Il faut s'entourer d'une bonne équipe dans notre atelier de Liège, continuer à se battre pour la production de petites quantités et améliorer sans relâche les finitions. Puis, trouver les points de vente. Bref, c'est un métier très euphorisant et très (parfois trop) intense. Suite au succès de nos tee-shirt et sweat iconiques TOMBOY en 2013, pour lesquels nous ne cessons d'avoir des demandes, nous avons lancé une capsule streetwear sous cette signature emblématique. Elle est disponible depuis septembre dans une sélection de boutiques et sur notre nouvelle plate-forme digitale. Parallèlement à cette ligne, nous continuons le prêt-à-porter FILLES A PAPA chaque saison. La collection été 19, baptisée The Pool, sortira en décembre prochain. " https://shop.fillesapapa.com et www.tomboy.shop3 RAISONS D'AIMER FEDERICA ET SA COLLECTION " RITA " Parce que la jeune créatrice, née à Palerme en 1992 et formée à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers, signe une collection qui sonne comme un cri - de rage, de douleur, de compassion. Son vestiaire féminin prend racine en Sicile et dans la courte vie de Rita Atria (1974-1992), cette jeune fille née dans une famille mafieuse qui osa briser l'Omerta, confia ses carnets de route au juge Paolo Borsellino et se défenestra lorsque La Pieuvre assassina celui-ci - " Je me suicide, pour que la preuve demeure. " Parce que Federica Di Leo traduit en vêtements d'une féminité exquise - mais qui ne lâchent rien - la beauté âpre de sa terre natale et la violence qui la gangrène. Sur ses tissus, elle a peint les chardons de son enfance, ces " spinazza di campagna " qui représentent exactement ce qu'est la Sicile pour elle : " Un endroit magnifique où surviennent des choses laides. " Si la signification profonde est grave, l'imprimé est sublime. Et son sens des couleurs aussi. Parce qu'elle aime draper, et cela se voit. " C'est un tel challenge. On se sent comme un dieu : d'abord il n'y a rien et puis on donne forme à la réalité. C'est un vrai travail d'artisan. " Sur lequel elle n'oublie pas d'écrire sa colère, en majuscules : " La mafia è une montagna di merda " qu'elle répète à l'envi avant de graffiter sa paire de boots d'un " No Mafia " impétueusement courageux. @federicadileo1Cette année encore, le grand public avait l'occasion de désigner sa marque belge préférée parmi les 20 qui avaient retenu l'attention du jury en raison de leur actualité en 2018. Pour cela, il suffisait de voter sur le site www.belgianfashionawards.be. Et c'est le label est-flandrien Terre Bleue qui a remporté les suffrages, plus particulièrement pour sa collection capsule réalisée en collaboration avec Le Vif Weekend et Knack Weekend !